Fasciste !

« Ce que je veux, c’est L’ANARCHIE OBLIGATOIRE : tout ce qui sort du désor­dre serait sévère­ment puni ! Étonnez-vous après ça qu’on me trouve raciste et fas­ciste ! Fas­ciste et pourquoi pas ? Anarcho-fasciste. C’est dans le dra­peau noir que se tail­lent les plus belles chemises. Je crois bien avoir trouvé la join­ture de l’anarchie et du fas­cisme. Pour un anar­chiste, seul enseigne­ment: le fas­cisme. Moi il y a longtemps que je ne lis plus que de la lit­téra­ture la plus fas­ciste pos­si­ble… Ils ont tous peur de se deman­der pourquoi sys­té­ma­tique­ment, les plus grands écrivains vien­nent de l’extrême-droite absolue. Ça les effraie d’y deviner une causal­ité sul­fureuse ! Pau­vres cons ! Restez bien dans vos préjugés de gauchistes de merde !… Et l’extrême-droite est encore démoc­ra­tique. Le fas­cisme est beau­coup plus loin, hors de l’hémicycle. La gauche est main­tenant au cen­tre de la droite. Tout a dévié. Après l’extrême-gauche, il y a l’anarchie. Après l’extrême-droite, il y a le fas­cisme. Les plus forts sont ceux qui trem­pent en même temps leur plume dans les deux encres. C’est vrai que j’ai du fas­cisme dans mon com­porte­ment, mais pas plus qu’un autre. Je ne le terre pas, c’est tout. Il y a tou­jours de tout chez tous. Tout le monde est méchant, tout le monde est bête, tout le monde est intel­li­gent, tout le monde est généreux, égoïste: c’est l’histoire des paramètres.

Moi je n’attends pas de voir réap­pa­raître un cer­tain national-socialisme en France pour pren­dre con­science du fas­cisme intrin­sèque de tout indi­vidu. D’abord parce que je pour­rais atten­dre longtemps; ensuite parce que je me priverais de la lec­ture de grands textes qui, sous la car­i­ca­ture un peu démodée de la poli­tique, lais­sent entrevoir des richesses méta­physiques et éthiques d’une grande valeur lit­téraire. C’est facile de nég­liger les paramètres car­ac­tériels du fas­cisme. Tout le monde a peur de mélanger les car­ac­tères avec les idéaux poli­tiques. Se faire traiter de nazi parce qu’on donne une claque à son gosse, c’est un abus de lan­gage, d’accord. Heureuse­ment que le monde est plus sub­til que le lan­gage ! Il doit y avoir autant de pères démoc­rates qui foutent des paires de claques à leurs enfants que de fas­cistes. À la lim­ite, je peux même très bien imag­iner un fas­ciste qui embrasse ses enfants pen­dant qu’un père d’extrême-gauche lui fout une rouste mon­stre… Je voudrais sub­limer, décor­ti­quer, faire réson­ner le mot « fas­ciste » tel que le lieu com­mun l’a trans­formé en adjec­tif bouf­fon, déplaisant, arbi­traire, stu­pide et ridicule. Léon Bloy savait quelle reli­gion il y a à creuser des puits dans l’inconscient des clichés. Je suis per­suadé que le fas­cisme est un état d’esprit pro­fondé­ment ancré chez l’homme et que seuls les plus hon­nêtes met­tent sur la table. Le fas­cisme n’est pas grou­pus­cu­laire mais indi­viduel. »

Au régal des ver­mines, Marc-Édouard Nabe, 1985/2012.
Légende: In tuffo sulla città, Tul­lio Crali, 1939.

1 Commentaire

  1. Pour ne pas avoir peur de soi, je pré­conise matin, midi et soir une bonne dose de John Fante. C’est le seul qui a mes yeux, couche sur papier avec hon­nêteté les con­tra­dic­tions et névroses qu’on a en cha­cun de nous, en désacral­isant toute cette puan­teur de cul­pa­bil­i­sa­tion qui nous vient d’une édu­ca­tion “bien pen­sante” qu’elle soit religieuse ou com­mu­niste qu’on se trim­balle comme une croix depuis trop de temps.
    Il ne faut pas avoir peur de ses pro­pres mots, sinon ça croupit assez vite, mais vous êtes de nation fascite, ce qui con­duit à la fas­ci­na­tion, attention !

    Sylvie

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