Jean-Pierre Mocky: Machine à films

Il vient de sor­tir son XX film nommé “Le Men­tor”, il a encore qua­tre longs métrages dans ses tiroirs qu’il ne mon­tre pas parce que ça le fait mar­rer, il reste pro­lifique dans une époque où la quan­tité a ter­rassé la qual­ité, il boit du lait de jument et peut tenir encore 50 ans «si son pan­créas ne le lâche pas», et acces­soire­ment, Mocky porte à mer­veille le nom d’une machine increvable des­tinée à percer les tranchées comme la bien-pensance…

Qu’est qui n’a pas encore été dit sur lui ? Marié à 13 ans, l’ex petit mac niçois devenu dragueur parisien après la case Italia a tout connu du cinéma d’après guerre. Le cinéaste à moteurs mul­ti­ples doit être actuelle­ment le type avec le plus d’amis dans le milieu ! Pas con­sen­suel pour autant du haut de ses 80 ans, ici les «mon ami» récur­rents sont vite ponc­tués de «cons, con­nards, merdes» qui font de ses inter­ven­tions fleuves un réel plaisir audi­tif. Grande gueule aussi mod­este que son grand ami Bourvil dont le por­trait trône dans son escalier, le «dernier pam­phlé­taire du cinéma français» reçoit dans son apparte­ment de patron (sur les quais face au Lou­vre) acquis à l’époque de sa fièvre immo­bil­ière. Une ère révolue.

Cette con­ver­sa­tion a eu lieu en mai 2013 pour le n°3 de Gon­zaï Mag­a­zine. (LIEN ICI)

On m’a dit que vous aviez eu cet apparte­ment pour une bouchée de pain dans les années 80.
Ah vous savez, vous n’étiez pas né… L’immobilier c’est quelque chose dans lequel on a beau­coup tra­vaillé. Nous aussi on a été chômeur, même s’il y en avait moins qu’aujourd’hui. Dans la pro­fes­sion artis­tique, il y a eu énor­mé­ment de chômeurs, on était 5000 acteurs inscrits au syn­di­cat, et il y en avait à peu près 300 qui tra­vail­laient, dont moi. J’ai eu la chance de beau­coup tra­vailler, dès mes 15 ans… Ce que j’ai fait, et que je vous con­seille de faire vous-même, comme le métier artis­tique que j’avais choisi me lais­sait beau­coup de loisirs, comme tous les métiers artis­tiques d’ailleurs, je me suis penché sur la branche immo­bil­ière, avec des gens comme Michel Sar­dou, des gens comme ça, qui ne savaient pas où foutre leur argent. Finale­ment, ils plaçaient ça dans l’achat d’appartements, de stu­dios… On fai­sait aussi ce qu’on appelait de la “vente aux chan­delles”, c’était des ventes aux enchères, et quand la chan­delle dimin­u­ait ou s’éteignait, le dernier qui avait parlé avait l’appartement ou le bien en ques­tion. J’avais comme ami le fils d’un notaire, ce qui m’a beau­coup avan­tagé aussi. Il était au courant de tout ce qui se pas­sait. L’immobilier dans les années 50–60, ça a vrai­ment été le par­adis. C’était comme la ruée vers l’or, beau­coup de gens vendaient, allaient s’installer à la cam­pagne, il y avait aussi des hôtels par­ti­c­uliers comme celui-là, qui était com­plète­ment en ruine, les toits tombaient là-haut. Au-dessus, j’ai quelques cham­bres de bonne, mais à l’époque il y avait juste des pigeons, ça coû­tait une for­tune de faire refaire les toits. Finale­ment, j’ai prof­ité de tout ça pour acquérir ce petit apparte­ment, il a l’air grand comme ça mais il fait que 110m2, c’est pas le Palais de Ver­sailles hein.

Au prix d’un 30m2 aujourd’hui…
Au prix d’un stu­dio à… Arras ! En fait, on avait racheté virtuelle­ment l’ensemble de l’immeuble, on a vendu tous les étages et j’ai gardé celui-ci qui représen­tait en quelque sorte ma com­mis­sion. On fai­sait beau­coup ça, même quand je suis devenu met­teur en scène. Je me suis com­plète­ment arrêté il y a 30 ans, en 1980. Mais ça a été une manne pour nous. Je pense qu’aujourd’hui ça revient. Nous par exem­ple, on cherche un local pour un cinéma, on en a déjà un mais on veut en créer d’autres, et ben on arrive pas à le trou­ver. On en arrive à pro­poser des primes à des promeneurs. C’est à dire un mec qui se bal­lade dans la rue, il voit mar­qué “local à louer”, il nous le sig­nale et si l’affaire se fait il touche 10 000 euros. C’est pas mal. Seule­ment, il faut que le mec ait l’œil, qu’il fasse pas de con­nerie, qu’il nous sig­nale pas une bou­tique à 30m2… C’est comme ça qu’on a trouvé notre pre­mier cinéma Le Brady, que j’ai aban­donné pour pren­dre l’Action-Écoles qui lui était un cinéma déjà connu.

Pourquoi avez-vous aban­donné le Brady d’ailleurs ?
Bah c’était il y a 14 ans. On l’avait trans­formé grâce à l’intervention de Mme Albanel, min­istre à l’époque et femme char­mante, qui a été virée alors que c’était un très bon min­istre, enfin bon… Elle ado­rait le théâtre, et elle nous avait con­seillé de faire une salle de théâtre dans le Brady, comme on était dans le quartier des théâtres… Alors on a innové, on a creusé une deux­ième salle, puis, vu qu’elle avait déjà des coulisses, on a trans­formé la grande salle en théâtre, et ça a très très bien marché. Presque mieux que le cinéma. Je suis resté directeur artis­tique mais le cinéma était dif­fi­cile à pro­gram­mer, comme c’est un quartier où les gens ont peur la nuit, ils ne vont pas à la dernière séance, enfin bon. Alors on a per­muté avec l’Action-Écoles qu’on a rebap­tisé le Des­per­ado. Et voilà, main­tenant on essaie de créer le Des­per­ado n°2 mais on est dans les fouilles, on creuse on creuse comme des ter­mites ! Si on n’arrive pas à creuser le sous-sol pour faire une autre salle, il fau­dra qu’on cherche autre chose. Mais c’est plus dif­fi­cile aujourd’hui qu’à l’époque. Allez, je pense qu’on a assez parlé d’immobilier main­tenant.

Vous êtes allé à la réou­ver­ture du Louxor ?
Non. Je trouve que c’est un gouf­fre. D’abord on l’a trop rénové… Moi en ce moment je fais un film sur les SDF, sur les mal­heureux. Quand je vois par exem­ple, l’exposition de mon ami Jacques Demy, tout ce qu’ils ont dépensé… Je l’ai dit à Agnès Varda, c’est bien de faire une expo­si­tion sur lui, c’était un type for­mi­da­ble, mais je com­prends pas qu’on dépense autant d’argent pour ça. J’ai pas osé demandé le prix.

Il est plus que jamais ques­tion d’argent dans le cinéma français actuelle­ment.
Le cinéma français aujourd’hui… je suis com­plète­ment à part, j’ai tou­jours été à part, mes condis­ci­ples d’ailleurs ont tou­jours été des gens sur la fin de leur vie. Par exem­ple, Orson Welles, Jacques Tati, Fellini, Verneuil, Laut­ner, ce sont des gens qui ont subi l’affront des âges. Quand ils ont eu 70 ans on les a pris pour des cons et on leur a fait payer leur suc­cès, le fait qu’ils étaient excep­tion­nels, et ils étaient beau­coup plus forts que tous les autres. Alors moi je vais pas dire que je suis plus fort que les autres…

Plus malin peut-être.
Je me suis mis entière­ment en marge, et j’ai eu comme ami tous ces gens là. J’étais jeune, j’étais comme vous, et com­plète­ment hyp­no­tisé par Orson Welles. Je me bal­adais dans Paris avec lui en voiture, comme avec un copain, parce qu’il était dans la merde, il habitait dans une cham­bre de bonne c’est pour vous dire. Tati, j’ai été son assis­tant pen­dant longtemps, sa fille a été ma mon­teuse pen­dant 10 ans. C’était une famille de clowns extra­or­di­naire, ils ont vendu leur mai­son pour faire leur pre­mier film, ensuite ils ont été très riches, puis après ils sont rede­venus très pau­vres, c’est un des­tin excep­tion­nel. Quant à Fellini, après le suc­cès mon­dial qu’il a eu, il est mort dans la mis­ère morale… Et Verneuil qui a fait la car­rière de Delon, et de beau­coup de gens, on l’a laissé tombé aussi, prrrttt ! Carné aussi…

Vous c’est plutôt le con­traire. Tout le monde veut tourner avec Mocky.
Arrivé à votre âge, les gens choi­sis­sent une car­rière de sécu­rité, en se dis­ant “là j’ai 20 ans il faut qu’à 60 ans je touche ma retraite”, j’ai entendu ça d’un type qui voulait ren­trer dans les Postes. “Mais tu peux te faire écraser à 30 ans t’auras jamais de retraite”, c’est com­plète­ment idiot ! Mais ! Il avait ce raison­nement là. Dans notre métier, ce sont des gens qui tour­nent le dos à ce que je fais, à des sujets orig­in­aux, par­ti­c­uliers, com­bat­tifs, révo­lu­tion­naires… Ils se dis­ent “si je fais ça j’vais me péter! J’aurais jamais de pognon, de piscine, je pour­rais pas baiser de filles, j’aurais pas ma Fer­rari”. Alors ils choi­sis­sent, tout en étant aussi capa­bles que moi, une ligne com­mer­ciale. Main­tenant, vous avez Fabien Ontoniente qui a fait “Camp­ing”, “Les Seigneurs”… Lui-même n’est pas con­tent de ce qu’il fait, mais il le fait parce qu’il a choisi cette voie. Avant, il y avait Jean Giraud qui fai­sait des “Gen­darme à St Tropez”. Cette voie est dan­gereuse parce qu’arrivé à un cer­tain âge, on jette le type. Il représente rien, sur le plan artis­tique, sur le plan hom­mage, sur le plan pro­mo­tion­nel, c’est une merde à cause des merdes qu’il a fait. Lui c’est pas une merde mais il a fait des merdes donc il est devenu une merde ! Alors à la fin de leurs vies, ils sont dans la merde, c’est le cas de le dire ! Les autres, ce qu’on appelle les auteurs, ceux qui ont choisi un autre style, qui leur appar­tient, dans des sujets très durs ou que d’autres ne veu­lent pas faire, ceux-là sont isolés. Ils vivent hein, moi je vis très bien, je gagne ma vie, mais main­tenant je lis plus les cri­tiques…

Ah bon ?
Eh bien en fait, tous les cri­tiques sont des types qui veu­lent devenir réal­isa­teurs ! Alors vous êtes cri­tique, qu’est ce que vous allez faire, vous allez voir un film. Ce film va t-il cor­re­spon­dre à ce que vous avez l’intention de faire en tant que futur réal­isa­teur. Vous êtes homo­sex­uel, vous avez vu un film sur l’homosexualité, “ah c’est beau, c’est ce que je veux faire”… etc. Il va vous juger, au moment où il n’est pas encore met­teur en scène, il est tou­jours jour­nal­iste, pigiste comme on dit… Faut pas oublier que les cri­tiques ce sont des gens très pau­vres. On n’imagine que c’est quelque chose de riche, ça fait “riche” critique.

Oui, il y a une forme de ‘pres­tige’.
Moi je con­nais un type qui est pigiste à CinéLive, pour faire des trucs sur un film il touche 54 euros…

Et ouais !
Ahah. S’il allait faire trois heures de ménage dans un bureau, il gag­n­erait plus ! Le pou­voir des cri­tiques est devenu com­plète­ment nul. Je pour­rais vous mon­trer des cri­tiques que j’ai eu sur cer­tains films, à faire rou­gir, c’est pas ça qui a fait marché les films. D’autres dis­aient “quelle con­nerie ce truc là”…

Et c’est ceux-là qui ont le mieux marché.
Voilà. Donc moi main­tenant je respecte le cri­tique qui a fait quelque chose. Vous prenez Jean Anouilh, Mar­cel Aymé, Sartre, des gens comme ça, oui. Parce qu’eux ont prouvé qu’ils étaient capa­bles de faire quelque chose, donc ils cri­tiquent. Mais quand on voit Michel Drucker dire “ce film est sub­lime”… Il vendait des saucisses dans un super­marché ! Ahah. Pour moi c’est comme s’il fai­sait la pro­mo­tion d’une saucisse vous comprenez.

Ahah.
Alors qu’ils dis­ent ce qu’ils veu­lent sur moi, j’en ai rien à foutre. Finale­ment, on finit par s’isoler com­plète­ment. Moi je reçois des gens comme vous mais vous voyez, j’ai plein de jour­naux là, deux pages dans Paris Match, qua­tre pages dans Le Figaro, mais ça me sert à rien ! J’ai un film en salles actuelle­ment, y’a per­sonne. Pourquoi il y a per­sonne ? Parce que je ne fais pas de pub. Quand je vois un auto­bus rouler, avec une affiche, générale­ment affreuse d’ailleurs…

Elles le sont toutes !
Moi j’ai de belles affiches, je les affiche pas et eux leurs mau­vaises affiches, ils les affichent. Alors ça c’est encore un autre truc… Y a un mon­sieur qui s’appelle Decaux, ils étaient trois frères, je les ai connu quand ils avaient votre âge. Ils se sont lancés dans une affaire excep­tion­nelle, ils ont fait for­tune, un peu comme Bill Gates ou le petit jeune là, qui a inventé je sais plus quoi…

Mark Zucker­berg ?
Ouais ! Mil­liar­daire à 20 ans, c’est for­mi­da­ble ! Y’a pas de règles. Donc, je vois passer cet auto­bus et je me dis que ça coûte 100 000 euros par semaine. Moi avec cette somme je fais un film. Qu’est ce que je vais aller foutre ça sur un auto­bus pen­dant 8 jours ? L’autre jour une chose m’a frappé, figurez-vous qu’il y avait un auto­bus sans pub ! Il avait rien au cul ! Finale­ment, les gens com­men­cent à s’en apercevoir. Mon ami Gondry, qui est un de mes meilleurs amis, vient de faire “L’Écume des Jours”. Il en avait partout, 1 400 000 euros de pub. Ben le film marche pas mal mais il casse pas la baraque non plus. Ajoute ça aux 20 mil­lions qu’a couté le film et ça fait 21,4 mil­lions à récupérer. Je leur en souhaite hein ! Donc nous à côté on est des soli­taires, on est con­tents que vous veniez nous voir, des grands jour­naux vien­nent nous voir, mais on est ailleurs… On tra­vaille dif­férem­ment. Prenez Godard, et Gondry, qui sont deux très bons amis, Gondry il a réussi à trou­ver des fonds et Godard non, et moi non. Alors Godard et moi on est aidé par notre répu­ta­tion, mais le dernier film de Godard “Film-Socialisme” c’est moi qui l’ai sorti au Brady parce qu’il est resté qu’une semaine à l’affiche, il y avait per­sonne. Il a pas fait de pub non plus. Moi je viens de sor­tir “Le Men­tor”, une asso­ci­a­tion est venue, 127 per­son­nes, ils ont applaudi, ensuite 500 per­son­nes au fes­ti­val de Belfort, après à Lyon j’ai eu aussi une salle pleine et mal­gré le fait que les gens étaient très con­tents, il y a 4 ou 5 per­son­nes dans mon cinéma à Paris. Ça veut dire qu’on peut rien faire. On va ven­dre le DVD, on a une col­lec­tion de DVD grâce au ciel. Mon cof­fret de 50 films (Mocky sème la zizanie) a été vendu en 48 heures.

Jean-Pierre Mocky part à la recherche du fameux cof­fret, et revient avec un polaire Quechua.

Vous êtes prêt pour le fes­ti­val de Cannes ?
Alors je suis très embêté parce que le 16 je suis dans une émis­sion où je tape sur le fes­ti­val. Je les descends en flamme, l’émission s’appelle “Ver­muse a pris la Bastille”. La dernière fois j’étais sur la 5, chez la petite Sub­let, je passe et en sor­tant je croise Gilles Jacob (le prési­dent du fes­ti­val) qui était en train de présen­ter son nou­veau livre ! Moi je le sup­porte pas… Je vais vous dire pourquoi. En fait, Gilles Jacob, c’est un indus­triel. Bon, j’ai rien con­tre les indus­triels. Un jour il s’est piqué de cinéma, il a com­mencé à faire des cri­tiques à l’Express, les mêmes dont je vous par­lais tout à l’heure. C’était déjà la Gauche caviar, la Gauche qui boit du cham­pagne, BHL quoi. Ce type là voit un film à moi un jour, “L’Albatros”, qui traitait d’élections truquées. Là-dedans, un des deux can­di­dats était le directeur de l’Express, Jean-Jacques Servan-Schreiber. C’était un des per­son­nages sur lesquels je tapais, deux députés qui se bat­taient pour avoir une région. Alors, Gilles va voir le film, c’était un copain, il cir­cu­lait dans le métier, il allait aux pro­jec­tions… Il me dit: “Ah c’est for­mi­da­ble, vous êtes le Saint-Just du cinéma français”. Ah… A l’époque on met­tait les noms des cri­tiques sur les affiches, Mon­sieur Untel a adoré le film. Alors on met Gilles Jacob et son Saint-Just et après l’avoir appelé, on imprime l’affiche avant que le jour­nal paraisse. L’Express sort deux jours après, avec mar­qué “L’Albatros: tics et vieilles ficelles”. Ahah ! A la place du Saint-Just ! Signé Gilles Jacob.

L’enfoiré !
On se dit c’est pas pos­si­ble, on l’appelle. Je le ren­con­tre plus tard dans une pro­jec­tion, je lui fous une paire de claques, “tu te fous de ma gueule?”. Le prob­lème était le suiv­ant: quand Françoise Giroud, qui était la maîtresse de Ser­van Schreiber a vu le film, elle a com­pris que je me foutais de la gueule du directeur de l’Express, donc elle ne pou­vait pas accepter que dans son jour­nal un pigiste dise que c’était for­mi­da­ble, c’était se sui­cider. Alors elle a dit au type, “main­tenant tu changes ton arti­cle et tu le signes”. Très grave, parce qu’il aurait pu dire “vous ne voulez pas de mon arti­cle faites-en un autre, je vais pas dire le con­traire de ce que je pense”, mais non il a signé. Depuis ce jour là ça a été la haine. Une fois, je monte les marches avec je sais plus qui, il me tend la main, huhu, je lui ai pas serré ! Tout ça pour vous dire qu’il y a mon ami de tou­jours, Michel Lons­dale, qui pré­side un fes­ti­val chez les curés à Sainte-Marguerite, en rade de Cannes…

C’est ce fameux Fes­ti­val du Silence où vous étiez l’année dernière ?
Juste­ment, je n’y étais pas allé, on m’a annoncé avant ! Alors cette année, mon prob­lème est que la télévi­sion alle­mande m’a invité à Cannes pour acheter un cer­tain nom­bre de mes films, hors le marché alle­mand je ne l’ai pas. Bien qu’Arte vienne de m’acheter “La cité de l’indicible peur” et “Le Mirac­ulé”, ils me con­sacrent une soirée cet été. Donc je suis obligé d’aller à Cannes alors que le 16 je vais débiner le truc. En fait je débine pas vrai­ment, je dis qu’il faudrait que ce fes­ti­val soit le même que le Fes­ti­val de Deauville que j’ai créé avec Claude Lelouch en 74, un fes­ti­val pour mon­trer des films, mais sans prix, une expo­si­tion. A la Foire de Paris y’a pas de prix. Un type présente une salle de bain, puis une autre, on va pas dire que c’est celle là qui est mieux que les autres. On présente et au pub­lic de décider. Ce que je com­prends pas c’est qu’on ait mis des prix, c’est une ques­tion de pognon. Main­tenant on arrive à Cannes et c’est le jury qui est influ­encé, à tel point que deux prési­dentes du jury, Ingrid Bergman et Françoise Sagan, ont quitté leur poste en dis­ant “c’est dégueu­lasse on a voulu m’imposer ça”. Par con­tre, Robert de Niro, que je con­nais bien et que j’estime, était prési­dent du fes­ti­val il y a deux ans, et il a eu le culot (je me suis dis­puté avec lui pour ça) d’arriver sur scène et de dire “à l’unanimité nous avons donné le prix à… une con­nerie” (The Tree of Life de Ter­rence Mal­ick). «A l’unanimité» mais je savais que lui ne l’aimait pas le film, je sais qu’il n’aime pas ce réal­isa­teur. Alors pourquoi don­ner des prix ? A quoi ça sert ? En plus, s’il y a quelque chose d’horriblement con, c’est cette sélec­tion française, générale­ment de 4 films, et là on rejoint le Tour de France. Pourquoi ?

Les petits péda­lent pour les lead­ers ?
Le Tour de France il y a 120 coureurs, dont 110 qui ne seront jamais rien, qui courent pour rien. Enfin ils gag­nent leur croûte, mais on ne peut pas les enlever sinon il y aurait dix per­son­nes au Tour de France. Ils ser­vent de fig­u­rants, les ital­iens les appel­lent les “gri­gari”, c’est à dire des gré­gaires, des merdes ! Et bien au cinéma c’est pareil. Imag­i­nons que moi je suis sélec­tionné par exem­ple, j’aurais jamais de prix. Je servi­rai de bouche-trou. Aujourd’hui, vous avez Desplechin machin truc qui sont là, y’en a un qui va avoir le prix, mais y’en a trois qui sont déjà con­damnés à mort. Ils n’auront rien ! Il y a un autre prob­lème, ils aiment beau­coup met­tre des films qui vont faire par­ler du fes­ti­val. Pourquoi met­tre des prix quand le truc est faussé au départ ? Pourquoi trois ou qua­tre con­nards déci­dent quel est le meilleur film ? C’est une forme de ségré­ga­tion. Il y a les forts en thème, qui tra­vail­lent d’ailleurs pour le fes­ti­val. Haneke cette année il a rien fait, mais l’année prochaine il sera au fes­ti­val. Il est en train de nous con­coc­ter un truc. Même moi je suis gêné de voir qu’un con­frère a eu un prix pour une his­toire de vieille dame qui meurt auprès de son mari, écoutez, c’est un film japon­ais d’il y a dix ans, faut pas me la faire à moi ! L’autre fois j’ai vu un belge qui a fait un film sur trois pau­vres hand­i­capés qui vont baiser dans un bor­del. C’est d’une tristesse… Je com­prends pas com­ment on peut faire ça. Main­tenant, tout le monde fait les hand­i­capés, avant on ne les regar­dait même pas. Et puis Audi­ard s’y met, y’en a une qui n’a pas de jambe, etc. C’est vrai­ment du voyeurisme. Ces films là, comme ceux sur les camps de con­cen­tra­tion, je suis pas con­tre, mais à con­di­tion de verser 50% des béné­fices aux hand­i­capés ou aux familles de déportés. Là d’accord. C’est comme le type qui avait fait un film sur les boat-people, il a gardé tout l’argent pour lui ! Le type il prof­ite des putes, il filme les putes, après il garde le pognon, mais il est aussi pute que les putes ! On peut pas exploiter comme ça la mis­ère humaine, c’est pas pos­si­ble. Bref, moi je tra­vaille pas pour ça, je m’en fous de tous ces cons là. C’est pour ça que ma présence à Cannes est stricte­ment ali­men­taire, je ne vais rester que 48 heures.

Pas de pro­jec­tion donc. Vous allez tou­jours au cinéma voir les films qui sor­tent ?
Oui… Orson Welles dis­ait une chose assez juste: “Dans ma vie je n’ai pas vu telle­ment de films, de peur d’être influ­encé”. Alors là on tombe dans les réal­isa­teurs qui essaient d’être orig­in­aux et ce que j’appelle les réal­isa­teurs patch­work. C’est à dire l’œuvre d’un réal­isa­teur com­posée entière­ment de morceaux choi­sis d’autres réal­isa­teurs, eh eh eh ! Et le pro­to­type c’est Truf­faut, qui un jour me mon­tre “Les 400 coups”. Vers la fin du film Jean-Pierre Léaud coure vers la mer avec un trav­el­ling fait sur une 2CV et François me dit: “Regarde ça, c’est Rashomon”. Un grand film japon­ais dont le morceau de bravoure est un samouraï qui coure vers une pièce d’eau à tra­vers des roseaux. Il avait repris ça. Tav­ernier c’est pareil, il était chargé de presse. Il représen­tait un film, générale­ment améri­cain d’ailleurs, et il le voy­ait 20 fois, 30 fois. Et finale­ment ils se sont pris la tête, ils ont vu telle­ment de fois les mêmes films que quand ils met­taient en scène un type, un plan clas­sique, ils ne fai­saient même plus exprès de copier, comme Tav­ernier qui avait piqué ce plan de Robert Wise ! Ils étaient telle­ment imbibés. Alors aller au cinéma oui, mais voir des films qui sont très loin de moi, des doc­u­men­taires, des films sur les baleines ou je sais pas quoi, des comédies musi­cales par exem­ple.

En même temps, peu de réal­isa­teurs sont sur votre créneau…
Il y en a pas beau­coup mais, par exem­ple, Richard Berry m’a téléphoné en me dis­ant “regarde mon film”. Il y a eu ce film avec Olivier Gourmet (L’Exercice de l’Etat), on est en train de faire un film sur DSK, Abel Fer­rara fait ça avec Depar­dieu, mais ces films-là me gon­flent. Alors je ne les vois pas. On a fait un film sur Chirac…

Que vous aimeriez bien faire tourner d’ailleurs.
Oui. Et sur Hol­lande aussi, avec mon ami Bernard Lecoq… Ils ont fait un film sur Sarkozy. Je ne les aurais prob­a­ble­ment pas fait comme ça, et puis c’est le genre de film poli­tique que je ne veux pas faire.

On par­lait des médias dans lesquels on vous voit pas mal depuis quelques temps, est-ce pour se don­ner une “cau­tion anti-système” qu’on vous donne la parole ?
Ils par­lent de moi mais ils ne m’aident pas. Ils par­lent de moi, comme des hand­i­capés d’ailleurs, mais ils s’en foutent pas mal. En fait, depuis que vous êtes né, je n’ai jamais eu une affiche dans la rue, faut le faire quand même. C’est pour ça que les gens ne con­nais­sent pas cer­tains de mes films. Sur le moin­dre petit truc y’a de la pub, “Les Profs”, “Les Gamins”, “Turf”, sur n’importe quoi. Moi j’ai pas d’affiche depuis 20 ans, c’est ça qui est éton­nant. Hier j’étais à la Foire de Paris, tout le monde me con­naît. “Bon­jour Mr Mocky, bravo”, où est-ce qu’ils ont vu mes films ? J’en sais rien. Alors c’est un peu de l’orgueil, je suis con­tent d’être connu mal­gré le fait que je n’ai pas d’affiches, ce qui prouve que les affiches ne ser­vent à rien.

Vos films passent sou­vent à la Télé quand même.
Oui. Hier soir il y avait “A mort l’arbitre”, l’autre soir “Le témoin”, après “L’ibis rouge”… Oui ils passent. Mais je ne sais pas si les gens ont assez d’argent pour se payer Canal Satel­lite, c’est 29 euros par mois quand même, alors que la carte UGC n’est qu’à 20 euros.

Com­ment êtes-vous devenu under­ground ?
Ah vous con­nais­sez cet arti­cle (paru dans Le Monde en 1999)… Alors, under­ground, si vous voulez, on gagne plus d’argent que les autres, pourquoi ? Parce que d’abord on en dépense pas beau­coup. Moi si je dépense 100 000 euros, je peux gag­ner 100 000 euros parce qu’il y a un rap­port qualité/prix. Je vais avoir 80 ans et la longévité artis­tique c’est quelque chose de très impor­tant. J’ai com­mencé en 1959, ça fait donc 54 ans que je tra­vaille et je peux con­tin­uer à tra­vailler. D’ailleurs mon des­tin est très sim­ple, les artistes veu­lent tra­vailler avec moi. Là je vais peut-être faire un film avec mon vieux copain Clint Eastwood…

Oh ?
Et un autre avec Woody Allen. Malkovitch tra­vail­lait avec Raoul Ruiz mais Raoul est mort, alors il se rap­proche de moi. C’est pareil avec Har­vey Kei­tel, avec Sir Anthony Hop­kins, Dustin Hoff­man, tous ces gens là se rap­prochent de la vieil­lesse. Il y a une dou­ble retraite pour l’artiste, la pre­mière à 60 ans, comme tout le monde, puis vous avez la retraite du cen­te­naire, de 80 à 100 ans. Aujourd’hui on dit qu’il y a beau­coup de cen­te­naires. J’ai fait de la médecine dans le temps et je peux vous dire qu’aujourd’hui, vous avez une chance de vivre jusqu’à 150–200 ans, ça paraît incroy­able mais c’est vrai. Vous êtes comme une voiture avec dif­férents organes, et vous pou­vez tous les changer. Sauf un, le pan­créas. En dehors de ça, si vous avez un bon pan­créas, vous pou­vez vivre jusqu’à 200 ans. Sup­posons que je vive encore 20 ans. Quelle est la joie des gens de cet âge ? Ils ont tout eu, tout connu, la Nou­velle Vague, le suc­cès, la péri­ode déser­tique, le rejet… Lorsqu’on arrive à 80 ans, c’est la réu­nion d’artistes qui ont déjà fait leurs preuves et qui s’allient pour faire autre chose. Par exem­ple, pour ce film sur les SDF, j’ai déjà Bel­mondo, Delon et Deneuve…

Bénév­ole­ment ?
Ça, ils ne l’auraient pas fait il y a dix ans, mais là ils sen­tent qu’ils ont besoin de laisser une empreinte et moi c’est la même chose. Alors pourquoi pas faire un truc avec Clint East­wood, mon ami Quentin, parce Taran­tino est capa­ble de venir tra­vailler là-dedans. C’est un type extra­or­di­naire, il est le par­rain de mon ancien cinéma d’ailleurs, le Brady. Nous on est en dehors de tout. C’est pour ça que des gens vien­nent me voir avec une sorte de com­plexe: “Pourquoi ce mec est encore vivant et tourne tou­jours ? Pourquoi il mange ? Pourquoi il a une belle femme ?”…

Pourquoi il a un bel apparte­ment ?
«Pourquoi on n’a pas fait comme lui !» C’est une sorte de récom­pense. En plus, pour revenir au Fes­ti­val de Cannes, ce que vous ne savez pas ou savez peut-être, c’est que pour y aller il faut le deman­der. C’est eux qui devraient aller rechercher les artistes et non l’inverse, encore une erreur ! Si le 15 mars votre dossier n’est pas déposé, vous n’y allez pas. C’est comme tous les con­nards qui ont une légion d’honneur, ils l’ont demandé. Sinon on la leur donne pas. Vous me voyez moi en train de mendier “S’il vous plaît je veux la légion d’honneur” ! Alors qu’il y a une bande de cons qui arbore ça, on ne sait même pas ce qu’ils ont fait ! Quelque fois c’est leurs amis qui la deman­dent, ça arrive. Les prix, les médailles… Je me sou­viens, j’étais prési­dent du jury au Fes­ti­val Fan­tas­tique de Brux­elles, et je vois Cro­nen­berg arriver dans le hall de l’hôtel: “Ben qu’est ce que tu fais là? — Bah je viens pour mon prix”. Et bien je l’ai filé à quelqu’un d’autre, ahah ! On m’en a voulu pour ça, ils m’ont plus jamais invité. On l’avait donné à un vieux routier, Joseph Sar­gent, un brave type, j’avais trouvé son film avec Jane Fonda très bien. Celui de Cro­nen­berg était pas mal non plus, mais l’autre était mieux. Non mais c’est rigolo… J’ai vu James Ivory dans un inter­view… Il fai­sait un film his­torique et il y avait un ser­vice de thé d’époque sur une table. Le régis­seur est allé en chercher une copie. James Ivory est arrivé, il a soulevé une tasse et n’a pas vu la sig­na­ture de l’original. Il a arrêté le tour­nage pen­dant trois jours pour trou­ver les orig­in­aux. Quel con ! Un vrai con lui alors ! D’ailleurs Kubrick, que j’ai eu la chance de con­naître, le détes­tait. L’humilité est une vertu indis­pens­able pour un artiste. Il y a des mecs qui ne me salu­ent même pas, “c’est un con lui, il tra­vaille à 100 000 euros, pauv’ mec !”. Ahah ! C’est les pré­cieuses ridicules, de toute façon Molière avait bien pigé tout ça.

Vous avez des films en cours ?
J’ai 4 films là, ils sont finis, mais je les sors pas, ça me fait rire ! Il y a des gens qui veu­lent les voir, mais ils sor­tent pas. Je les ai vendu au Japon, en Amérique, parce que là-bas les types sont moins cons qu’ici. (En me ten­dant le dossier de presse de Hitch­cock by Mocky) Ça, c’est les 38 films que j’ai tourné en un an et demi, avec 80 vedettes.

Mocky passe en revue les affiches et les des­tins de ses derniers films, celle de son one-man show à venir (“J’accuse”), toutes dess­inées par Léo Kouper, génie de 87 ans, et “meilleur affichiste du monde !”.

Que sont dev­enues “Les couilles en or”, réal­isé par Serge Bat­man ?
Ah oui, ce film porno ! Ohlala, celui-là c’est une vieille his­toire. 1975. En fait c’est à cause de cet imbé­cile de Gis­card D’Estaing qui un jour décide de libérer les films pornos, il les autorise. J’avais une fille très jeune à ce moment là, elle passe devant un cinéma et il y avait mar­qué “Mets-la toi dans le cul”. Elle vient et me demande “Qu’est ce que c’est papa?”. Qu’est ce que c’est que cette idée ? Moi je suis pas un moral­iste mais met­tez pas des affiches comme ça dans la rue, y’a des gosses. Tous les ciné­mas d’art et d’essai, qui pro­je­taient nos films, ont donc pris des pornos ce qui fait qu’on n’avait plus de ciné­mas. Une quin­zaine de salles parisi­ennes ont dis­paru comme ça. On a eu du mal à tra­vailler et c’est pour ça qu’on s’est mis à acheter des salles. Main­tenant c’est le con­traire, la dernière salle porno va dis­paraître, le Ciné Nord, sur le Boule­vard Magenta. Et Le Bev­er­ley, les deux sont en voie de dis­pari­tion parce qu’il n’y a plus de spec­ta­teurs. Avec Inter­net et les chaînes du câble, les gens regar­dent les films pornos chez eux, ils vont pas aller au cinéma pour les voir. C’est la décrépi­tude. Donc à l’époque, quand on a vu ça, Serge Kor­ber, moi, Just Jaeckin qui avait fait “Emmanuelle”, on s’est mis à faire du porno. Sauf que moi, ça me répug­nait un petit peu, j’ai fait ça par fronde, “espèce de salaud, tu nous empêches de passer nos films, eh bien on va t’en foutre un !”. Le prob­lème c’est que comme Just j’ai voulu faire un film très beau, plas­tique­ment. Or les films porno il faut avoir des bou­tons sur le trou du cul autrement ça marche pas.

Ahah.
Parce que les gens ont des bou­tons dans la vie, dès qu’ils voient une belle fille gal­bée, sans rien, ça les fait pas ban­der du tout, ils ont pas l’impression que c’est leur femme, ils pour­ront jamais avoir une femme comme ça. Donc nous on voulait un film très beau. On cherche une inter­prète, et on trouve une fille d’une grande com­pag­nie théâ­trale dont je suis obligé de taire le nom. On la prend, on fait le film. Quand les gens qui vendaient du porno comme Marc Dor­cel voient le film, ils dis­ent “ah non c’est trop beau”. «Y’a pas de bou­tons, pas de types crades, on n’en veut pas». Le film avait coûté rel­a­tive­ment cher, pour un film porno, on avait tourné pen­dant une semaine, dans des décors somptueux, à côté de Paris, avec un grand opéra­teur. Un film porno à l’époque ça coû­tait 15 000 euros, le notre avait coûté 45 000 euros. Donc je me retrouve dans la merde avec ce film, et je me demande quoi en foutre. Les salles n’en voulaient pas non plus, “ça va faire tâche à côté des autres” etc. Le film est resté en carafe, un peu comme mes films nor­maux, et c’est là que le coup de bol est arrivé. La fille qui jouait le rôle prin­ci­pal épouse un type, le roi de la boucherie cheva­line. Le type apprend qu’elle a fait ce film, vient me voir et veut m’acheter les négat­ifs, pour que per­sonne ne voit sa femme dedans. 100 000 euros. On a signé un con­trat dra­conien, il a tous les droits, le film est mort. La copie orig­i­nale est dans mon cof­fre. Je l’ai présenté à quelques amis, en cir­cuit privé, mais je peux pas le dif­fuser en pub­lic parce que je me prends un procès du ton­nerre. Un jour, un type arrive et me dit “c’est pas vrai Mon­sieur Mocky vous n’avez pas fait ce film !”. Mais espèce de con, pourquoi tu veux que je raconte un truc comme ça, ce film me sert à rien moi, je ne peux même pas le mon­trer ! Peut-être que si le type meurt je pour­rai le ressor­tir, faut que je vois avec mon avo­cat, mais pas pour le moment. Voilà l’histoire.

On sait moins que vous avez aussi réal­isé des clips musi­caux, pour Gérard Blan­chard ou Dick Rivers entre autres.
Oui, bah j’en ai fait pas mal de clips, pour des chanteurs moins con­nus. A un moment donné, les gens qui étaient à AB prod, ils avaient des tas de chanteurs yéyé, non pas yéyé, des rappeurs des trucs comme ça… Mais je l’ai fait dans l’anonymat, parce que j’ai fait beau­coup de films pub­lic­i­taires aussi, 57 en tout. Ça m’a rap­porté beau­coup d’argent ce qui m’a per­mis de faire de vrais films, c’était très bien payé. Main­tenant ça se fait plus beau­coup. Avant, Chabrol, moi, Gains­bourg, on fai­sait des films… Je me rap­pelle du beurre ten­dre, le beurre qu’on met au frigidaire et qui ne durcit pas, bon ça n’a aucun intérêt. Je l’avais refilé à Tav­ernier parce que je voulais pas le faire. Notre tra­vail con­sis­tait à présen­ter au client une dizaine de bonnes femmes, type ménagère, on leur mon­trait des pho­tos d’actrices, le client choi­sis­sait, on tour­nait un scé­nario écrit par l’agence, mais on fai­sait rien finale­ment, et on touchait 20 000 euros pour deux jours. Tout le monde fai­sait ça, Jaeckin, Chatil­liez, Patrice Leconte… Mais on ne met­tait pas notre nom. Le client, ça lui ser­vait à rien de me payer, il n’y avait même pas mon nom sur son film. J’étais une espèce de cau­tion, “sous la prési­dence de:”. Quelques fois j’étais payé pour faire un mon­tage… avec un seul plan. Y’a pas de mon­tage ! Voilà pour la pub. J’ai fait beau­coup de film-annonces aussi, pour des con­frères. Le meilleur film-annonce que j’ai fait c’est “Le Mirac­ulé”, celui-là a fait le tour du monde et m’a rap­porté beau­coup. Le meilleur film-annonce, Spiel­berg ne l’a pas fait mais il me l’a sou­vent dit, c’est de ne pas mon­trer d’images.

L’inverse de toutes les bande-annonces actuelles.
Main­tenant quand vous avez vu une annonce, vous n’avez plus envie de voir le film. En plus, vous voyez que c’est une merde, bon c’est peut être pas une merde mais tel que c’est présenté… L’autre jour, je vois le film-annonce de mon copain Arditi, que j’adore, avec Marielle. Il reçoit un coup de télé­phone: “Vas à l’hôpital y’a ton père qui est en train de mourir”. Moi je vois ça, j’y vais pas ! Ça me repousse. Avec deux vieux en plus. Marielle il a dix ans de plus qu’Arditi, il peut même pas être son père, c’est idiot… Qui va aller voir ça ? Ça s’appelle “La fleur de l’âge” en plus…

Il y a des films que vous regret­tez d’avoir fait ?
Non. Vous savez dans la vie il faut rien regret­ter, j’ai bien pesé les choses, quand je décide de faire un truc je le fais et puis c’est tout. Nous nous amu­sons. On prend très au sérieux notre métier mais en fait c’est un métier d’enfant. Et c’est vrai qu’un affreux jojo, mêmes chez les enfants, est tou­jours plus drôle qu’un con qui joue aux billes ! De toute façon, le film par­fait ça n’existe pas, con­traire­ment à ce con de James Ivory qui pense le con­traire. Je me rap­pelle Polan­ski qui était en train de regarder les nuages en Bre­tagne pour son film “Tess”. Il y en avait un qui n’était pas assez grand pour lui… pfff, ça n’a aucun intérêt. Tout le monde s’en fout qu’il y ait un nuage plus grand qu’un autre. Mais les gens restent fixés sur des détails…

LE SITE DE JEAN-PIERRE MOCKY
INTERVIEW DE LEO KOUPER, AFFICHISTE

Légen­des:
1/ La Tête Con­tre les Murs, 1958.
2/ Les Dragueurs, 1959.
3/ Le Des­per­ado, Paris 5e.
4/ Snobs!, 1961.
5/ Un Drôle de Paroissien, 1963.
6/ La Grande Lessive, 1967.
7/ Solo, 1970.
8/ L’Albatros, 1971.
9/ Mocky sème la zizanie, cof­fret DVD, 2012.
10/ Un Linceul n’a pas de Poches, 1974.
11/ Le Piège à Cons, 1979.
12/ Litan, 1982.
13/ À Mort l’Arbitre!, 1983.
14/ Le Mirac­ulé, 1987.
15/ Agent Trou­ble, 1987.
16/ Les Saisons du Plaisir, 1988.
17/ Une Nuit à l’Assemblée Nationale, 1988.
18/ Ville à Ven­dre, 1991.
19/ Bon­soir, 1994.
20/ Les Insom­ni­aques, 2011.
21/ Le Men­tor, 2012.

1 Commentaire

  1. gfdgfd

    machine a films de merde

LACHER UN COM

Current month ye@r day *