L’anti-monde

« … sous l’œil vig­i­lant des Mil­ices égali­tistes, l’incitation à l’hétérosexualité est désor­mais alignable sur l’incitation, par exem­ple, à la haine raciale. Tous ces phénomènes mon­strueux au sens strict ne font que com­mencer, et ils n’ont pas encore pro­duit leurs plus suc­cu­lents effets, mais ça ne saurait tarder. “L’enfer se hait lui-même”, dis­ait Bernanos. Il faut ajouter que l’enfer auquel, sous les espèces spé­ci­fiques d’associations infati­ga­bles et déchaînées, on donne aujourd’hui la parole et le pou­voir, et notam­ment, dans les tri­bunaux, qui sont devenus les prin­ci­paux théâtres où ces inter­mit­tents de la per­sé­cu­tion se don­nent à voir, n’aura de cesse d’y pré­cip­iter tous les êtres sans excep­tion. Car cet enfer, comme d’ailleurs tous les enfers depuis que les hommes ont décou­vert l’existence des enfers, est rem­pli de damnés qui ne sup­por­t­ent pas d’être seuls damnés. C’est même à cela que l’on recon­naît le damné : à ce qu’il ne peut pas tolérer de rester seul ; et à ce qu’il va s’efforcer de pré­cip­iter tout le monde dans sa damna­tion. Dans le lan­gage de notre époque, qui essaie à grand-peine de trans­former la téra­tolo­gie quo­ti­di­enne en nor­mal­ité (c’est l’essentiel de son tra­vail), cela s’appelle flat­teuse­ment un militant… »

« …du con­fort mor­bide, de la bar­barie pornographique, de l’obscurantisme fes­tiviste, des délires lib­er­taires d’un nom­bre de gens qui veu­lent encore détru­ire des tabous comme si cela ne suff­i­sait pas ample­ment, qui ne croisadent que con­tre “les tra­di­tions en béton”, les “ostracismes moyenâgeux” et les “car­cans religieux” comme s’il y avait encore désor­mais d’autres tra­di­tions, d’autres ostracismes, d’autre béton et d’autres car­cans que ceux qu’ils imposent à tour de bras; et qui gémis­sent dans leur latin de cui­sine con­tre cette “société qui ploie encore sous les réflexes les plus con­ser­va­teurs”, comme s’il y avait autre chose sous quoi ployer que leur téra­tolo­gie et leur volonté d’anéantir tout regard un tant soit peu cri­tique posé sur cette téra­tolo­gie imposée comme une nou­velle norme; et qui ne sont même pas con­tents de leurs destruc­tions, même pas ras­sas­iés; et qui regarde l’anti-monde qu’ils ont décréé et se mon­trent encore plus dif­fi­cile que le Dieu de la Genèse parce que, à l’opposé de Dieu qui trou­vait belle et bonne sa Créa­tion et allait se reposer, ils trou­vent tou­jours qu’il manque quelque chose à leur dé-création et ne vont jamais se reposer; et qui n’arrêtent pas de don­ner des leçons au nom de leur démence; et qui, con­cer­nant l’effacement qu’ils exi­gent de la dif­férence sex­uelle, parvi­en­nent même à faire plier les États, les ren­dant ainsi encore plus crim­inels qu’ils ne le sont d’ordinaire, dans la mesure où cette dif­férence sex­uelle est la base de toute rai­son, et que l’État apeuré n’est désor­mais même plus capa­ble de garan­tir ça, ce ser­vice min­i­mum de la rai­son que tout État, jusqu’à nous, et même les pires, avait garanti. »

Fes­tivus fes­tivus, Philippe Muray, 2005.

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