Nabe et les Femmes

« Si j’avais pu pénétrer toutes les femmes que j’ai désirées, je n’aurais plus qu’une minus­cule vir­gule en guise de zob, en rup­ture de béchamel. Les cir­con­stances vous ani­ment tant d’éphémères envies d’enfoncer ! Une fille qui rat­trape un bus, une petite serveuse dont on voit la culotte, une demi-vieille trem­pée, une groupie pétasse… Si j’ose encore sor­tir, me déplacer hors des para­noïas infectes de mon ago­nie quo­ti­di­enne, me déschiz­o­phréniser un peu, sur­gir dans les ruelles auda­cieuse­ment, c’est parce que toutes les femmes sont là, dans la rue : il suf­fit de désirer les enculer. Je regarde tous ces seins der­rière les voiles qui bal­an­cent en douceur et je me prends à éprou­ver le désir de les pren­dre à pleines mains. Caresser un gros sein de femme, c’est l’apoplexie. Marcher dans la rue, descen­dre un boule­vard, remon­ter une avenue a tou­jours été pour mon corps un effort musi­cal intense : c’est la danse mythique aux obsta­cles divers, aux dard­ages aigus de hanches en twist chic, la prière vers tant de croupes, de bustes res­pi­ra­toires, d’effluves de par­fums déroulés par gros nuages ! Moins on sort, moins on a envie de sor­tir. C’est-à-dire qu’à rester enfermé, j’en oublie à quel point l’extérieur me fait souf­frir. J’ai besoin d’aller voir le dehors pour m’écœurer plus encore si c’est pos­si­ble. Les femmes ont le beau rôle en moi. Plus je sors, plus j’ai envie de ren­trer dans une femme. »

S’ÉLOIGNER LE PLUS POSSIBLE DE L’HOMME

« Je ne délire pas sur ce que représente une femme, mais sur ce qu’elle est, là, présente, physique, sans un mot, belle et «tais-toi»: ce sont les plus fortes. Il n’y a que les femmes sexy qui comptent : les autres peu­vent crever, caisses jalouses !… Pour gérer l’univers, les femmes n’ont pas besoin d’autre chose que de leur vagin. Plus elles copieront, rivalis­eront, s’approcheront de l’homme, moins elles gag­neront: il faut être le plus loin des hommes pos­si­ble pour devenir une grande belle vraie femme, faire tout ce que les hommes ne savent pas faire : c’est-à-dire entrer dans une pièce et d’un sourire briser ou sauver une vie tout entière, fer-rougeoyer tout ce qui passe. N’importe quelle pétasse vul­gaire conne avec un beau cul est plus forte que Golda Meir, Indira Gandhi, Cather­ine de Russie et toutes les reines d’Angleterre ensem­ble ! L’homme n’est qu’une sale mécanique à prou­ver. Prou­ver qu’il vaut quelque chose, il lui faut toute une vie et des œuvres, de la sueur, mille soucis et de la patience pour arriver à mon­trer com­ment il est beau dedans ! Une belle femme n’a qu’à pousser la poignée de la porte : tout est dit : tout ce qu’elle peut dire ne peut être que génial, puisqu’elle est belle.

C’est de la con­nerie de dire que les belles femmes ne dis­ent que des con­ner­ies, car toutes les femmes ne dis­ent que des con­ner­ies : les femmes n’ont rien à dire (c’est loin d’être péjo­ratif). Alors, con­nerie pour con­nerie, autant que ce soit dit par les plus belles qui sont cer­taine­ment les moins connes, car en le sachant il est rare qu’elles n’en prof­i­tent pas, signe indis­cutable d’intelligence fémi­nine, autrement plus pré­cieuse que notre mis­érable sens de l’imagination, notre vivac­ité d’esprit, notre ironie et autres banal­ités cérébrales qui font de l’homme un vul­gaire chien inachevé, pas fait et à faire. »

FEMMES-SUJETS

« La femme est toute faite. Elle est déjà faite, c’est le Ready-Made de l’humanité, et il n’a pas besoin d’être aidé. D’où l’incroyable indig­na­tion injus­ti­fiée de la «femme objet» qui est cer­taine­ment le plus beau com­pli­ment dont on puisse les caresser. Met­tre des femmes en vit­rine ou pein­dre des nus, ce n’est pas les hum­i­lier. Il n’y a que les fémin­istes qui ne com­pren­nent pas ça. Pau­vres connes ! Les voilà les conasses, les femmes non-objets, les non-femmes-non-objets, les femmes-sujets, sujettes à quoi? Ah, il faut les voir ces salopes laideurs qui se tar­guent libres, ces exter­mi­na­tri­ces d’hommes et de femmes sexy ! Elles sont ridicules. Il y a un moment on les a crues dan­gereuses for­cé­ment: plus main­tenant, fort heureuse­ment, où beau­coup de vraies femmes (les belles comme par hasard) ne veu­lent pas les suivre : elles ont autre chose à faire de leur beauté que de s’en ren­dre coupables jusqu’àla ménopause pour soutenir sac­ri­fi­cielle­ment les boudins hys­tériques. Déjà celle qui n’a pas com­pris que la femme est le moteur du monde, que tout est en son pou­voir, que la femme suf­fit à l’univers, que le globe est com­plète­ment glu­ant de pertes blanches depuis la nuit des temps, que la terre entière n’est qu’une immense et infinie grossesse, et qu’une seule fille en nais­sant gol­go­tha­tise cent hommes, alors celle-là, aussi «intel­li­gente» soit-elle, est une conne qui n’a rien saisi : elle mérite d’être fémin­iste, revendi­quer des œufs de lumps sur un tapis de caviar ! »

Au régal des ver­mines, Marc-Édouard Nabe, 1985/2012.
Légende: Nella stanza le donne vanno e ven­gon, Renato Gut­tuso, 1986.

LACHER UN COM

Current month ye@r day *