Nightmare Logic

Le sale mec

« Aimant assez la logique des mots, je vais essayer de m’y can­ton­ner, espérant ne pas me faire trop de nou­veaux enne­mis. Je suis nanti en ce domaine.

Le cinéma intel­lectuel n’existe pas, n’a jamais existé, n’existera jamais.

Le cinéma n’est pas un art.

Les gens qui entrent dans une salle de cinéma s’appellent des spec­ta­teurs. Le cinéma est donc un spec­ta­cle. Un grand film est des­tiné à plaire à des mil­lions de spec­ta­teurs. On ne fait pas de l’art pour autant de gens. Il faudrait, par con­séquent, faire des petits films. Or, le but d’un cinéaste est de faire des grands films. Du moins quand il le peut.

LIRE LA SUITE

La Vigue !

Berlin a jamais fait rire


« cette ville a déjà bien souf­fert… que de trous, et de chaussées soulevées ! (…) il paraît à Hiroshima c’est beau­coup plus pro­pre, net, tondu… le ménage des bom­barde­ments est une sci­ence aussi, elle n’était pas encore au point… (…) ce qu’était assez curieux c’est que sur chaque trot­toir, tous les décom­bres, poutres, tuiles, chem­inées, étaient amon­celés, impec­ca­bles, pas en tas n’importe com­ment, chaque mai­son avait ses débris devant sa porte, à la hau­teur d’un, deux étages… et des débris numérotés !… que demain la guerre aille finir, subit… il leur faudrait pas huit jours pour remet­tre tout en place… Hiroshima ils ne pour­raient plus, le pro­grès a ses mau­vais côtés… là Berlin, huit jours, ils remet­taient tout debout ! (…) là vous voyez un peu­ple s’il a l’ordre inné… (…) Paris aurait été détruit vous voyez un peu les équipes à la recon­struc­tion !… ce qu’elles feraient des briques, poutres, gout­tières !… peut-être deux, trois bar­ri­cades ?… encore !… là ce triste Berlin, je voy­ais dabs, daronnes, dans mes prix, et même plus vio­ques, dans les soixante-dix, quatre-vingts… et même des aveu­gles… absol­u­ment au boulot… (…) pas de laisser-aller !… pluie, soleil, ou neige Berlin a jamais fait rire, per­sonne ! un ciel que rien peut égayer, jamais… déjà à par­tir de Nancy, vous avez plus rien à atten­dre… que de plus en plus d’ennuis, sérieux, énormes labeurs, transes de tristesse, guer­res de sept ans… mille ans… tou­jours !… regardez leurs vis­ages !… même leurs eaux !… leur Spree… ce Styx des teu­tons… comme il passe, inex­orable, lent… si limoneux, noir… que rien que le regarder il couperait la chique, l’envie de rire, à plusieurs peu­ples… on le regar­dait du para­pet, nous là, Lili, moi, Bébert… »

Louis-Ferdinand Céline, Nord, 1960.

2017

Pauv’ tâche

« Ces titres, ces signes moné­taires, expri­ment toute l’armature sociale de la vie d’Antoine Bloyé : à sa mort, des fiches déposées au ser­vice des pen­sions de la Com­pag­nie, rue de Lon­dres, tien­dront lieu des mémoires que les hommes de son espèce n’écrivent pas : toute la sub­stance de la vie est cachée sous ces lignes — toutes les réu­nions avec d’autres hommes, toute la soli­tude, tous les moments d’enthousiasme, de dépres­sion, tout l’orgueil, toute l’humiliation, le tra­vail, le loisir, la fatigue, la décep­tion, les ren­con­tres avec la mort, et ce qu’Antoine nomme, docile­ment, comme ses sem­blables, le Devoir, le devoir de faire son métier, le devoir d’être fidèle à sa femme, le devoir d’élever son fils, le devoir de faire marcher dans leur sil­lon les ouvri­ers, le devoir d’être du côté des maîtres, le devoir d’achever “sa tâche” avant de mourir… Mais quelle tâche ? »

Antoine Bloyé, Paul Nizan, 1933.
Légende : Il Posto, Ermanno Olmi, 1961.

UGC Illimité 9

Le moins pire de l’année :

1. Every­body Wants Some!!, Lin­klater.
2. The Strangers, Na Hong-jin.
3. Dernier Train Pour Busan, Yeon Sang-ho.
4. The Invi­ta­tion, Karyn Kusama.
5. Bel­gica, Felix Van Groenin­gen.
6. Elle, Paul Ver­ho­even.
7. Irréprochable, Sébastien Marnier.
8. Green Room, Jeremy Saulnier.
9. Pre­mier Con­tact, Denis Vil­leneuve.
10. Mau­vaise Graine, Clau­dio Cali­gari.
LIRE LA SUITE

Soleil cherche futur




Célébrer la médiocrité

« Il importe de se rap­peler que Wil­son sor­tit Let’s Talk About Love à un instant charnière du jour­nal­isme musi­cal, alors que le légendaire essai de K. San­neh sur le « rock­ism », paru en 2004 dans le New York Times, était encore rel­a­tive­ment frais. L’écrit de San­neh fit pren­dre con­science d’un mou­ve­ment anti-rockism qui ser­vait une fin précieuse : il per­mit aux cri­tiques de dépasser les lim­ites du canon, leur donna la chance de con­tex­tu­aliser leurs pro­pres préférences en matière de goût et d’avouer leurs plaisirs (et déplaisirs) hon­teux en ter­mes de pop, d’une manière qui coïncidait avec l’essor du « pop­ti­mism » cul­turel. Or, en 2013, une réaction bru­tale éclata con­tre la pop d’évasion, celle qui est vue comme plate ou fuyant la réalité – con­sul­tez par exem­ple la polémique lancée par Rick Moody, « I Dared Crit­i­cize Tay­lor Swift » (« J’ai osé cri­ti­quer Tay­lor Swift ») sur le site Salon.com en février 2013 et les com­men­taires qu’il a suscités. LIRE LA SUITE

Aaah !