Le Feu de la Saint-Jean

« J’aime quelque­fois autant la folie des anciens usages ou leur sim­p­lesse bonace, pourvu qu’ils ne soient pas nuis­i­bles, que la sagesse des nouveaux.

C’était le soir de la veille de Saint-Jean. Tout le monde allait à la Grève voir tirer un feu mesquin ; du moins tel était le but du grand nom­bre. Mais cer­taines gens en avaient un dif­férent. Les filous regar­daient cette fête comme un béné­fice annuel ; d’autres, comme une facil­ité pour se livrer à un lib­erti­nage bru­tal. Toutes les occa­sions d’attroupement, quelles qu’elles soient, devraient être sup­primées, à cause de leurs incon­vénients. Du Hameauneuf m’accompagnait, sans que je le susse. Je l’aperçus à l’entrée du quai de Gesvres. Nous marchâmes ensem­ble : — Si vous voulez observer, me dit il, il faut un peu vous exposer. Ce n’est pas à la lisière de la tourbe que rien se passe, avançons. » Je sen­tis qu’il n’avait pas tort, et quelque répug­nance que j’y eusse, je perçai la foule à la suite de mon con­duc­teur. LIRE LA SUITE

Les Inconnus en 1992

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IL TEMPO DEGLI ASSASSINI (1975)

Aussi connu sous le titre La Bagarre du Samedi soir, ce film de Mar­cello Andrei (égale­ment auteur de Viol à l’italienne en 1963, ça ne s’invente pas) est l’apothéose du film crim­inel ital­ien des années 70 con­tant le quo­ti­dien de jeunes réu­nis en gangs semant le trou­ble à l’ordre pub­lic et arbo­rant des t-shirts hor­ri­ble­ment pas­tel. Ultra­vi­o­lence, loi du flinguot, absence totale de morale, con­flit de généra­tions, glaces une boule, viols, agres­sions, déra­pages, braquages, misog­y­nie exac­er­bée, tirades mis­an­thropes en veux-tu en voilà, le tout sub­limé par la muse d’Andy Warhol, Joe Dal­lessan­dro, qui s’éloigne pour la pre­mière fois de la Fac­tory pour un shot de réal­isme au pays (quelques années avant de s’échouer chez Cather­ine Breil­lat). C’est peut-être le poliziotteschi des poliziotteschi, Mag­ali Noël et Mar­tin Bal­sam en prime, là où le côté car­toon finit par s’effacer pour laisser place à un con­stat froid et sans con­ces­sion : la vie c’est de la merde, et à la fin, on meure. LIRE LA SUITE

Quelle est donc la cause de ce sentiment destructeur ?

« Il n’est pas d’être dans la nature qui ne soit méchant. Tout indi­vidu aime à faire du mal, à détru­ire son sem­blable et les autres êtres. Les her­bi­vores même ne sont pas inno­cents ; ils frap­pent, ils mor­dent, ils écrasent. L’homme aime à détru­ire pour détru­ire. Mille fois je me suis senti le cruel désir de tuer une belle grosse mouche à miel noire ou bour­don qui venait sucer à ma fenêtre les fleurs des pyra­mi­dales et j’avais besoin de la réflex­ion pour m’en empêcher. Quelle est donc la cause de ce sen­ti­ment destruc­teur qui est naturel à tous les êtres ? Est-ce la con­ser­va­tion per­son­nelle aux dépens des autres exis­tences ? Est-ce une impul­sion de la nature, qui, en même temps qu’elle viv­i­fie tout, veut que tout cesse et met autant de moyens de destruc­tion que de pro­duc­tion ? Il faut le croire. Qu’est ce donc que la vertu, dans l’homme social ? C’est l’effet d’un sen­ti­ment moral et fac­tice, fondé sur la réciproc­ité, qui nous fait con­tin­uelle­ment sur­mon­ter la nature pour faire du bien aux autres. Est-ce unique­ment le goût du plaisir ou le désir de la prop­a­ga­tion qui fait que tant d’hommes cherchent à dégrader les filles, les femmes ? Non : dans le régime social, c’est un sen­ti­ment d’ogre, un sen­ti­ment oppres­sif qui porte des êtres cru­els à plonger dans la pros­ti­tu­tion dégradante, à per­dre, pour la société, une jeune infor­tunée qui d’abord excita leur admi­ra­tion, puis leurs désirs brutaux… »

Les Nuits de Paris, Nico­las Edme Res­tif de la Bre­tonne, 1788.
Légende : Park­ings vio­lents, Guil­laume Bres­son, 2010.

AMORE TOSSICO (1983)

HIGH-RISE

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Être peu et se bat­tre con­tre le nombre

« Je doute fort qu’un jeune d’aujourd’hui puisse être intéressé par un vers, un coup de pinceau, un son qui ne com­porte pas un reflet ironique. Après tout, ce n’est pas com­plète­ment nou­veau, ni comme idée ni comme théorie. Au début du XIXe siè­cle, un groupe de roman­tiques alle­mands con­duit par les frères Schlegel proclama l’Ironie comme caté­gorie esthé­tique suprême pour des raisons qui coïn­ci­dent avec la nou­velle inten­tion de l’art. Celui-ci ne se jus­ti­fie pas s’il se lim­ite à repro­duire la réal­ité, la dupli­quant en vain. Sa mis­sion con­siste à sus­citer un hori­zon irréel. Pour y arriver, il n’existe pas d’autres moyens que de nier notre réal­ité, en nous situ­ant par cet acte au-dessus d’elle. Être artiste équiv­aut à ne pas pren­dre au sérieux l’homme si sérieux que nous sommes lorsque nous ne sommes pas artistes. LIRE LA SUITE

Le Cri

VIOLENT DAYS (2009)

Les Rock­abs : qui sont-ils ? où vivent-ils ? Quels sont leurs réseaux ? C’est ce à quoi la réal­isatrice Lucile Chau­four (égale­ment auteure de East Punk Mem­o­ries) tente de répon­dre dans ce docu-fiction tourné au début des années 2000 entre Paris et Le Havre. Et on est à des kilo­mètres du film rock. Après des débuts façon Strip-Tease, où des jeunes, des vieux, des ouvri­ers, des coif­feuses, des cou­ples, des familles entières racon­tent leur pas­sion rock et leur idée du bon­heur, face caméra, on suit une bande de potes direc­tion le con­cert du mois façon Rum­ble Fish (tou­jours entre réal­ité et fic­tion). C’est d’ailleurs cette par­tie fic­tion qui fatigue un peu, lorsque les scènes pati­nent dans les rêver­ies de l’actrice prin­ci­pale, Mar­i­lyn de l’Oise. Le réel est telle­ment plus roman­tique ! Ancré dans tout ce qui avait court avant l’année 1964 (musique, look, par­ler), Vio­lent Days trans­pose bien à l’écran noir & blanc le temps à l’arrêt, si car­ac­téris­tique de la scène rock­a­billy. LIRE LA SUITE

Hate explains everything

« Le pre­mier dis­cours de haine de l’Amérique fut la loi de sédi­tion de 1798. A peine vingt ans après la Déc­la­ra­tion d’Indépendance qui ren­ver­sait le gou­verne­ment bri­tan­nique par la force, les États-Unis rendaient crim­inel le fait de ren­verser le gou­verne­ment par la force. Voilà le nou­veau patron, le même que l’ancien. Il était désor­mais con­damnable de dire ou de pub­lier des choses qui pour­raient “exciter les haines pop­u­laires” con­tre les respon­s­ables gou­verne­men­taux. Alors peut-être que toute cette mas­ca­rade à pro­pos du “dis­cours de haine” a moins à voir avec le racisme qu’elle a à voir avec la cri­tique du gou­verne­ment. Voilà com­ment décom­poser le cour­roux du dis­cours haineux. LIRE LA SUITE