La Vérité

Com­ment favoriser en nous cette sorte de délivrance ? Tout est para­doxal chez l’homme, on le sait bien. On assure le pain de celui-là pour lui per­me­t­tre de créer et il s’endort, le con­quérant vic­to­rieux s’amollit, le généreux, si on l’enrichit, devient ladre. Que nous impor­tent les doc­trines poli­tiques qui pré­ten­dent épanouir les hommes, si nous ne con­nais­sons d’abord quel type d’hommes elles épanouiront. Qui va naître ? Nous ne sommes pas un chep­tel à l’engrais, et l’apparition d’un Pas­cal pau­vre pèse plus lourd que la nais­sance de quelques anonymes prospères.

L’essentiel, nous ne savons pas le prévoir. Cha­cun de nous a connu les joies les plus chaudes là où rien ne les promet­tait. Et nous ont laissé une telle nos­tal­gie que nous regret­tons jusqu’à nos mis­ères, si nos mis­ères les ont per­mises. Nous avons tous goûter, en retrou­vant des cama­rades, l’enchantement des mau­vais souvenirs.

Que savons-nous, sinon qu’il est des con­di­tions incon­nues qui nous fer­tilisent ? Où loge la vérité de l’homme ?

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Travail ? Jamais !!

Glissez !

« Je demeu­rais songeur et triste devant la tombe que les fos­soyeurs comblaient. Je ten­tais de mémoriser un dis­cours de Ouap, de ces dis­cours décousus qui pour­tant frap­paient juste et touchaient fort. Les ter­mes exacts étaient presque ceux-ci : “Plaquez tout, les petits. Le tra­vail — dans ce con­texte — n’ennoblit pas l’homme. Les idéo­logues qui pré­ten­dent le con­traire, quelle est leur pro­fes­sion ? Et quelles sont les chances de durée, je veux dire de durer dans l’amour, d’un cou­ple qui se sépare à 7 heures pour se revoir vers 20 heures, fatigué, au cœur d’une bruyante cité HLM ? Moi, je suis parti longtemps, préférant la gêne dans le bleu de la Provence à la survie au milieu des odeurs de choux et de volailles, ici. Vos yeux sont des miroirs las de refléter les grues, le ciment, les tours et les usines. Glis­sez, mor­tels, sur la pente savon­neuse du turbin-chagrin ! Glis­sez vers les cimetières pop­u­laires surpe­u­plés ! Glis­sez sur vos rêves écrabouil­lés, magma rosis­sant et doré des splen­deurs à venir. Glis­sez sur le flot de vos larmes ren­trées, sur votre sueur, sur le sang des règles qui prend l’ouvrière debout quand, ailleurs, on va “s’étendre un moment”. Eh oui ! petit, je m’excuse mais c’est comme ça ! Glis­sez sous ce beau ciel qui part pour ailleurs ! Glis­sez au rythme du piano du voisin d’à côté qui était peut-être un vir­tu­ose et qui attend son can­cer loin de l’odeur du lilas et des roses ! Glis­sez, mor­tels et songez que ce n’est pas juste vis-à-vis des garçon­nets et des fil­lettes que vous étiez et qui auraient dû avoir tous les droits ! Ah ! nom de Dieu, vive la Révolution ! »

Tueurs de flics, Frédéric H. Fajardie, 1979.
Légende : Anthony Dominguez.

Italia 2018

TURIN (Pié­mont)


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MANGER

DOGMAN (2018)

Mar­cello, toi­let­teur pour chiens dans la région de Naples (Caserte pour les puristes et les touristes), mène une vie de ptit pépère mal­gré un cadre de vie franche­ment morose, entre les pâtes bolo avec ses potes com­merçants et les meilleurs amis de l’homme qu’il caresse dans le sens du poil. Divorcé et père d’une petite fille, il n’arrive pas vrai­ment à join­dre les deux bouts. Pour nour­rir leur pas­sion com­mune, la plongée sous-marine, il s’occupe donc des nar­ines du voisi­nage. Seule­ment quand Simon­cino vient pren­dre sa dose quasi-journalière de cocaïne, il ne paye jamais, ou alors en mus­cles. La sit­u­a­tion s’envenime et la brute épaisse en demande tou­jours plus jusqu’à bra­quer l’acheteur d’or voisin de Mar­cello. Virage trag­ique. Ne voulant pas dénon­cer le truand qu’il croit son ami, Mar­cello, 40 kilos tout mouillé, purg­era une peine d’un an à sa place. Mat­teo Gar­rone a la déli­catesse de filmer à peine le séjour der­rière les bar­reaux, comme quoi le réal­isa­teur de Gomorra sait déjouer les clichés. LIRE LA SUITE

FRANCE98

« Quand vous êtes enten­dus dans l’affaire Fes­tina, vous êtes plusieurs à con­fesser avoir pris de l’ecstasy le soir de votre expul­sion du Tour en 98…
Ouais, on est à Brive-la-Gaillarde, tout va plutôt très mal et nous on va se met­tre sur le toit, le soir… Je ne vais pas entrer dans les détails mais dis­ons qu’on a vécu une sacré soirée. On a été au bout de notre his­toire, fal­lait que ça finisse comme ça… Tôt ou tard, ça nous serait tombé sur la gueule, faut bien le dire, on avait atteint un niveau… On allait gen­ti­ment dans le mur. Après, il y a des tas de choses qui expliquent que ce soit tombé sur nous. Notre supré­matie gênait beau­coup et for­cé­ment, la sus­pi­cion s’était instal­lée. Ça n’a pas aidé qu’on soit tout le temps devant. Quand t’as huit Fes­tina qui font le tempo et que der­rière t’as huit ou dix mecs qui arrivent à suivre… » (…) LIRE LA SUITE

Je suis la haie et l’eau noire

« Il n’y a rien de plus sot qu’un jour­nal, du moins aussi longtemps que son auteur vit. Je n’ai jamais été découragé par la niais­erie, tout ce qu’on écrit de sincère est niais, toute vraie souf­france a ce fond de niais­erie, sinon la douleur des hommes n’aurait de poids, elle s’envolerait dans les astres. Que dire encore ? Si vous voulez souf­frir tout seul, taisez-vous. Sinon n’allez pas chercher, sous pré­texte de sym­pa­thie votre pro­pre souf­france dans le cœur d’autrui avec une pince à sucre, en fronçant le nez, comme ce pau­vre M. de Mon­ther­lant, d’un air de dire qu’on n’a pas faim, qu’on fait sem­blant, par politesse, qu’on a pris l’habitude, dans son enfance, d’une nour­ri­t­ure plus dis­tin­guée. Je sais cela, n’importe. Je sais aussi que je ne suis plus sûr de ceux pour lesquels j’écris, plus sûr du tout de trou­ver le chemin de leur tristesse ou de leur joie. Alors, à quoi bon ? Je n’aurais pas honte de les prier de me con­soler, car bien que je ne sois pas affamé de con­so­la­tion d’un pape ou qu’un car­di­nal, je ne serais pas assez fou pour repousser leur aumône. Mais la vie m’enseigne que nul n’est con­solé en ce monde qui n’ait d’abord con­solé, que nous ne recevons rien que nous n’ayons d’abord donné. Entre nous, il n’est qu’échange, Dieu seul donne, lui seul. LIRE LA SUITE

Quand les Bleus étaient verts

« Dimanche 4 juin 1978. Vent de panique à l’Hindu Club. Car, affaire suiv­ante, l’affaire des chaus­sures. Révélée dans la foulée de la défaite con­tre l’Italie à Mar del Plata, elle est le cen­tre du monde. D’abord, bais­sons les yeux sur ces chaus­sures que nous ne sauri­ons voir. Et puis relevons-les pour avancer deux ou trois choses que nous savons d’elles. Pour par­tic­i­pa­tion des Bleus à la Coupe du monde a été prévu le verse­ment d’une prime indi­vidu­elle de 5 000 francs (800 euros, 270 euros le match…) de la part d’Adidas, leur équipemen­tier. Selon Henri Patrelle, le mon­tant en a été négo­cié au stage du Tou­quet, avec le représen­tant de la “mar­que aux trois ban­des”, lui-même voy­ageant dans les bagages de la délé­ga­tion offi­cielle depuis plus d’une dizaine d’années : François Remet­ter, ancien gar­dien de but tri­col­ore, un “héros” de Suède (1958). LIRE LA SUITE

Guy Marchand en a toujours rien à foutre

Fidèle fig­ure de ‘gros con’ du cinéma français, l’acteur et chanteur Guy Marc­hand a traîné sa dés­in­vol­ture du Belleville où il a grandi à la Provence où il compte finir sa vie. Il est à la une du dernier numéro de Schnock (le #27) et voici l’intégrale de notre con­ver­sa­tion télé­phonique du 7 février dernier (dont vous pour­rez lire quelques pas­sages dans la revue sus­citée). 81 piges, et en putain de forme.

C’est bon, vous êtes prêt ?
Je ne suis jamais prêt !

Vous êtes entré dans le cinéma par hasard…
Je ne sais pas ce que ça veut dire, le hasard ! Je suis ren­tré dans l’armée par hasard, j’en suis sorti par hasard, et puis j’ai écrit une chan­son par hasard, qui a été un grand suc­cès. Et après, on m’a fait faire des films à un moment où je ne vendais pas beau­coup de dis­ques, ce qui m’a sauvé un peu la vie, c’est tout.

Le métier d’acteur, c’était donc un boulot par défaut ?
Je ne sais pas quoi vous dire… C’étaient de vieux fan­tasmes, à Claude Moine et moi. On allait au cinéma, on se met­tait au pre­mier rang, et on voulait ren­trer dans l’écran quoi. Et puis un jour, on y est ren­trés dans l’écran, et bon, on a été un peu déçus. On est une généra­tion où le cinéma a été notre seul fan­tasme, nous les enfants de la Guerre… Quand on allait au cinéma, en pre­mière par­tie, il y avait les actu­al­ités et on voy­ait les camps de con­cen­tra­tion, avec les Cater­pil­lar qui emme­naient tous ces pau­vres gens dans des trous. On avait 7/8 ans, et rien n’était cen­suré. On avait vécu dans la merde, l’horreur, donc le cinéma c’était le fan­tasme absolu, la seule échap­pa­toire. LIRE LA SUITE