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A heavenly dose of reality

« I loved how the Smiths cnnected with their audi­ence and I enjoyed watch­ing their emer­gence. One rea­son for my delight was the way they chal­lenged the main­stream ver­sion of what great pop music was. To me, they seemed like the antithe­sis of the likes of Duran Duran. As in every era, episodes of Top of the pops fea­tured a mix of music and you’d occa­sion­ally get a real gem, per­haps two, but gen­er­ally in the early 1980s, the pro­duc­ers and the pre­sen­ters turned each episode into a head­less, over-lit and cheesy office party. In this con­text, when the Smiths were on the show per­form­ing ‘This Charm­ing Man’ or ‘What Dif­fer­ence Does It Make ?’ they were like gate­crash­ers from another planet, bring­ing with them a heav­enly dose of reality.

When I inter­viewed John Tay­lor of Duran Duran, I told him all this, even though I felt a big mean doing so. I did know that when he was a teenager in the 1970s, he’d liked a lot of the same music Mor­ris­sey and Marr had, includ­ing Bowie and Mick Ron­son, of course, but their tastes and their bands had diverged. I told him that every time I got a glimpse of a Duran Duran video, with the band and a load of half-dressed women all aboard a yacht in the Indian Ocean or what­ever, in an era of ris­ing youth unem­ploy­ment and the min­ers’ strike, I just couldn’t cope. It was a weird jux­ta­po­si­tion. I told him there’s a lot I like about Duran Duran now, but back then we needed the Smiths. John was very under­stand­ing and very gen­tle­manly about it; ‘I know, Dave. I appre­ci­ate what you’re saying. »

Sonic Youth Slept On My Floor, Dave Haslam, 2018.

Plus de Dave Haslam ici.

Le système Belmondo

« L’affiche de cinéma, par sa taille, joue le rôle d’une image choc. Véri­ta­ble carte vis­ite du film, elle en exprime le thème cen­tral avec une grande force répéti­tive. Elle offre un sup­port de choix pour l’exaltation des stars. Le “sys­tème Bel­mondo” l’utilise à fond : René Chateau investit 80 % du bud­get pro­fes­sion­nel du Mar­ginal dans 15 000 affiches tous cir­cuits con­fon­dus. Aux exploitants, il fait même dis­tribuer une mal­lette pub­lic­i­taire avec gamme de pro­duits (tire­lires, crayons, bri­quets…) à l’effigie de Belmondo.

Il est facile de repérer le développe­ment de la “mytholo­gie bel­mon­di­enne” ou d’autres stars à tra­vers ces affiches omniprésentes. Elles com­posent des vari­a­tions autour d’une icône famil­ière. L’effet de série est frap­pant : tou­jours en haut et en très gros car­ac­tères, le nom de l’acteur. Rien d’autre, car la mar­que se suf­fit à elle-même, tout le monde sait de quoi on parle. En dessous, une photo ou plus sou­vent un dessin, très réal­iste, cadre ce héros, en pied (ou plus rarement en gros plan). La men­tion “BELMONDO” asso­ciée à cette image con­stitue la mar­que de fab­rique, le logo de l’acteur. Le vrai titre, en bas de l’affiche, n’est qu’une décli­nai­son du con­cept, qu’il s’épuise à définir sans jamais y par­venir tout à fait : “Voyou”, “Incor­ri­gi­ble”, “Mag­nifique”, “Pro­fes­sion­nel”, “Mar­ginal”, etc. Sans rap­port avec l’intrigue, le titre est ce que les pub­lic­i­taires appel­lent la “promesse pro­duit” : on nous promet que Bel­mondo sera fidèle au car­ac­tère établi. LIRE LA SUITE

Un bon flic est un flic con

« Tout est fait pour éviter aux gens de se faire agresser dans la rue, mais être ainsi jeté dans la pré­car­ité sans espoir de retrou­ver un emploi — et une place dans la cité — est bien plus ter­ri­ble que de pren­dre un coup de poing dans la gueule. Dans ce domaine, oui : je trouve notre société d’une vio­lence insupportable.

Mais qu’on ne s’y méprenne pas : les flics sont des aux­il­i­aires de jus­tice, pas de morale. La fron­tière entre le bien et le mal est bien trop ténue, poreuse ou élas­tique pour que je sois capa­ble d’être caté­gorique dans ce domaine. Et les poulets ne sont pas des saints, je le sais bien. Certes, la final­ité de leur action est bonne, mais les méth­odes pour y par­venir sont par­fois bor­der­line. Néan­moins, la sit­u­a­tion aujourd’hui est plus clean qu’elle ne le fut. Pourquoi ? Parce que, selon moi, les flics sont moins auda­cieux, je n’ose dire moins courageux.

En effet, les officiers de police ne sont plus recrutés en fonc­tion de leur moti­va­tion mais de leur niveau d’instruction. La cul­ture générale, qui ne sert à rien pour être un bon flic sur le ter­rain, est ainsi dev­enue une épreuve essen­tielle pour être admis dans l’encadrement policier. Con­séquence : les 30 ou 40 can­di­dats retenus parmi 4000 pos­tu­lants seront cul­tivés, mais ça ne garan­tit pas — à mes yeux — que ce seront de bons flics. »

Des deux côtés du miroir : itinéraire d’un flic pas comme les autres, Jean-Marc Bloch, 2015.
Légende : Parole de flic, 1985

US Go Home !

« A par­tir de 1950, cent mille sol­dats améri­cains ont sta­tionné entre Bor­deaux, La Rochelle, Saint-Nazaire, Poitiers, Château­roux, Chi­non, jusqu’à Fontainebleau, Reims, Ver­dun. Orléans était le cen­tre stratégique chargé de l’approvisionnement et de la ges­tion en hommes et matériels du SHAPE en Europe. Aux camps de Maison-Fort et de Harbord-Barracks à Olivet, deux hôpi­taux de mille lits cha­cun étaient prêts pour accueil­lir les blessés d’une troisième guerre mon­di­ale immi­nente. Au camp La Forêt près de Fleury-les-Aubrais se trou­vaient les écoles pour les mille cinq cents kids trans­portés chaque jour en school bus matin et soir ; ce camp abri­tait aussi une laverie-blanchisserie et une boulan­gerie indus­trielle fab­ri­quant le pain de mie et aux raisins pour les quinze mille Améri­cains de la zone, civils, épouses et enfants com­pris. Ils avaient leurs ter­rains de base-ball et de foot­ball améri­cain, leurs lieux de culte, leurs ciné­mas qui pas­saient des films avant Paris — chaque jour deux séances, un film dif­férent — et leurs bowl­ings, bib­lio­thèques, agences de voy­ages, golfs pour officiers. Tout était fait pour qu’ils ne se sen­tent pas dépaysés dans une ville de soix­ante mille habi­tants — un peu com­plexés par ces “Ricains” mod­ernes, mobiles, organ­isés et puis­sants. LIRE LA SUITE

Jacques Rouffio : Du sucre sur le dos

Après que le Rideau de Fer soit tombé, les rideaux des ciné­mas ne se sont plus jamais rou­verts pour les films de Jacques Rouf­fio. L’Orchestre Rouge est son dernier long-métrage sorti en salles, il y a 27 ans, dénon­ci­a­tion du nazisme et du bolchevisme adap­tée de Gilles Per­ault et pré­fig­u­rant la chute de l’empire sovié­tique. Il ne tourn­era ensuite que pour la télévi­sion des adap­ta­tions de romans, un cycle entamé en 1988 avec L’Argent de Zola, Le Roman de Charles Pathé en 1995 ou plus récem­ment Mau­pas­sant pour la 2. Alors, pourquoi Rouf­fio ne tour­nait plus ? Il aura fallu atten­dre fin 2012 pour qu’un fes­ti­val de cinéma lui rende enfin hom­mage, les Feux Croisés dans le Fin­istère. Il était temps, Rouf­fio nous a quitté le 8 juil­let dernier, après une longue con­va­les­cence dans le 13ème arrondisse­ment de Paris. Rouf­fio n’a pas été qu’un témoin de la car­rière de Romy Schnei­der (il appa­raît dans 3 doc­u­men­taires sur elle) qu’il dirigea dans le dernier film de l’actrice La Pas­sante du Sans-Soucis (adap­ta­tion de Joseph Kessel). Quoiqu’en pense la cri­tique et Pre­mière, je cite: “Les films qu’il a tournés après 1975 l’ont remis à sa juste place: celle d’un arti­san à la main par­fois lourde”, sa main lourde aurait très bien pu tomber à nou­veau sur quelques têtes molles ! Ses quelques films vir­u­lents et vision­naires, à l’instar d’un Yves Bois­set, raison­nent encore dans le monde d’aujourd’hui. Et plus par­ti­c­ulière­ment sa triplette des années 70, ère de la comédie cinglante, com­posée de Sept Morts sur Ordon­nance, Vio­lette & François et Le Sucre. LIRE LA SUITE

Comment ça va mes glandus ?

Où vous appren­drez pourquoi Philippe Noiret était l’acteur le mieux sapé de sa généra­tion, l’origine des insultes “glandu” et “bran­quig­nol”, que Bertrand Tav­ernier peut être sympa quand y veut, com­bien d’heures dor­mait Car­los pen­dant ses tournées et à quelle dis­tance de sa tête Claude François voulait que le siège de son auto soit réglé, com­ment l’affichiste Bernard Ville­mot a trans­formé la mar­que Orang­ina, à quel point l’incarcération type “Mid­night Express” de Pierre Clé­menti a mis un coup à sa car­rière, que Philippe Muray écrivait des romans de la série “Brigade Mondaine” pour arrondir ses fins de mois, com­ment Isabelle Adjani a accepté son rôle dans le mythique “Clara & les Chic Types” ou encore à quel point Michel Delpech en était juste­ment un, de chic type. Schnock, la dernière revue où l’on apprend des trucs ?

L’Art de Mosher

New York, avant la décou­verte de la mosh.

WALTER SCHREIFELS (Youth Of Today, War­zone, Gorilla Bis­cuits, Project X, Super­touch, Quick­sand) : Il y avait une cer­taine dose de con­fi­ance en soi à New-York, qui pou­vait être con­fon­due avec du machisme, mais c’est tout sim­ple­ment que le hard­core de New York avait les meilleures mosh parts pos­si­bles. Per­sonne ne jouait des par­ties dansantes aussi bonnes qu’à New York.

ALEXA POLI-SCHEIGERT (Scen­ester) : On avait des breaks bru­taux, et ça rendait la danse encore plus dure. C’était dif­férent. Ce n’était pas juste du thrash rapide comme à Boston.

WALTER SCHREIFELS : Les gens moshaient plus qu’ailleurs. Le CBGB était comme le Madi­son Square Gar­den de la mosh. A New York, tu n’avais même pas besoin de chanter dans un groupe. Tu pou­vais juste être bon dans le pit pour te faire aimer et respecter.

RAY CAPPO (Vio­lent Chil­dren, Youth Of Today, Shel­ter) : D’ailleurs, ‘mosh’ était un mot unique­ment util­isé à New York. Les gens de l’extérieur ne pou­vaient même pas savoir de quoi on par­lait.
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Alain Delon & Alain Delon

« Dis­tinguer dans la fil­mo­gra­phie d’Alain Delon ce qui relève du cinéma com­mer­cial et ce qui appar­tient au cinéma d’auteur ne per­met pas, dans un pre­mier temps, de com­pren­dre le cas unique d’un acteur dont les car­ac­téris­tiques procè­dent davan­tage du donné que du con­struit. Il s’agit plutôt de con­stater, à la vision de ses films, tous genre con­fon­dus, la présence d’un pou­voir unique, d’une force, d’un mag­nétisme qui tran­scende le plus banal polar et aux­quels s’est ajusté le regard des grands cinéastes. Il n’y a rien dans le jeu de Delon qui s’apparente au para­doxe du comé­dien, pas plus qu’à l’idée, issue de la Méth­ode, selon laque­lle il faut vivre ses rôles. On pour­rait dire, bien davan­tage, que ce sont ses rôles qui le vivent. Ses films sont d’abord des doc­u­men­taires sur Delon. (…) LIRE LA SUITE

Comment pisser en public

« Quand j’ai com­mencé à embaucher des rédac­teurs, j’ai remar­qué que les moins intéres­sants étaient ceux avec des diplômes en jour­nal­isme. Leur incom­pé­tence m’a vrai­ment frap­pée lorsque les plus expéri­men­tés d’entre eux ont com­mencé à nous inter­viewer pour des arti­cles dans d’autres pub­li­ca­tions. Ils n’avaient aucune idée de qui nous étions et pourquoi ils écrivaient sur nous, donc les embrouiller est devenu irrésistible.

La réponse québé­coise au New York Times, Le Devoir, voulait nous inter­viewer parce que quelqu’un d’autre l’avait fait. C’est comme ça que ça marche dans les médias. Un jour­nal­iste a les couilles de sor­tir un nou­veau sujet et les autres vien­nent s’accrocher dessus comme des lam­proies sur un requin. L’article orig­i­nal, celui qui nous a propulsé sur toutes les chaines de mon­tage est parti d’un can­u­lar. La vérité, c’est que nous avions changé le nom de Voice of Mon­treal en Vice pour éviter que les anciens pro­prié­taires ne nous pour­suiv­ent, mais c’était chi­ant comme his­toire, donc on n’avait changé le point de départ en “L’énorme et hor­ri­ble jour­nal améri­cain Vil­lage Voice nous a men­acé de nous faire couler donc on a dû changé de nom”. Une fois le pois­son ferré, le truc était dans tous les jour­naux du pays et pas une seule per­sonne n’avait pensé à véri­fier les faits ou même à appeler le Vil­lage Voice. Les Cana­di­ens adorent les his­toires de David-et-Goliath quand ce sont les Améri­cains les mau­vais, et ils n’allaient pas laisser les vrais faits ruiner leur délire. LIRE LA SUITE

Le temps passe et les têtes tombent

« C’est comme ça que Batou a récolté deux têtes, un dou­blé assez rare. Elles con­stituent deux beaux trophées, qui sen­tent encore. Les pre­miers jours, je me demande com­ment le vil­lage a pu résis­ter à une pareille puan­teur. Je prends deux pho­tos. Mal­heureuse­ment je ne dis­pose pas de flash, et c’est sous la lumière de pau­vres chan­delles que je tire en pose, appuyé con­tre un poteau. L’une des têtes por­tent encore des cheveux, et des cen­taines de vers blancs bat­i­fo­lent sur les lèvres qui pen­dent, oh com­bien bas… Pas foli­chon, et quelle réu­nion de mouches ! Drôles de mœurs décidé­ment. Enfin, ça les regarde. Qu’ils coupent les têtes qu’ils veu­lent, du moment que ce n’est pas la mienne, mais qu’ils n’empestent pas tout le vil­lage. La fin de l’histoire, authen­tique, ne manque pas de fumet. Le dernier œil, qui pendait encore, étant tombé par terre, fut ramassé par un enfant de deux ans qui, sans doute dégoûté par cette odeur peu appétis­sante, le jeta dans la mar­mite. C’est sa mère, au cours du repas, qui décou­vrit le pau­vre œil… sous sa dent. Ces têtes avaient été coupées huit jours plus tôt… LIRE LA SUITE