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Jacques Rouffio : Du sucre sur le dos

Après que le Rideau de Fer soit tombé, les rideaux des ciné­mas ne se sont plus jamais rou­verts pour les films de Jacques Rouf­fio. L’Orchestre Rouge est son dernier long-métrage sorti en salles, il y a 27 ans, dénon­ci­a­tion du nazisme et du bolchevisme adap­tée de Gilles Per­ault et pré­fig­u­rant la chute de l’empire sovié­tique. Il ne tourn­era ensuite que pour la télévi­sion des adap­ta­tions de romans, un cycle entamé en 1988 avec L’Argent de Zola, Le Roman de Charles Pathé en 1995 ou plus récem­ment Mau­pas­sant pour la 2. Alors, pourquoi Rouf­fio ne tour­nait plus ? Il aura fallu atten­dre fin 2012 pour qu’un fes­ti­val de cinéma lui rende enfin hom­mage, les Feux Croisés dans le Fin­istère. Il était temps, Rouf­fio nous a quitté le 8 juil­let dernier, après une longue con­va­les­cence dans le 13ème arrondisse­ment de Paris. Rouf­fio n’a pas été qu’un témoin de la car­rière de Romy Schnei­der (il appa­raît dans 3 doc­u­men­taires sur elle) qu’il dirigea dans le dernier film de l’actrice La Pas­sante du Sans-Soucis (adap­ta­tion de Joseph Kessel). Quoiqu’en pense la cri­tique et Pre­mière, je cite: “Les films qu’il a tournés après 1975 l’ont remis à sa juste place: celle d’un arti­san à la main par­fois lourde”, sa main lourde aurait très bien pu tomber à nou­veau sur quelques têtes molles ! Ses quelques films vir­u­lents et vision­naires, à l’instar d’un Yves Bois­set, raison­nent encore dans le monde d’aujourd’hui. Et plus par­ti­c­ulière­ment sa triplette des années 70, ère de la comédie cinglante, com­posée de Sept Morts sur Ordon­nance, Vio­lette & François et Le Sucre. LIRE LA SUITE

Comment ça va mes glandus ?

Où vous appren­drez pourquoi Philippe Noiret était l’acteur le mieux sapé de sa généra­tion, l’origine des insultes “glandu” et “bran­quig­nol”, que Bertrand Tav­ernier peut être sympa quand y veut, com­bien d’heures dor­mait Car­los pen­dant ses tournées et à quelle dis­tance de sa tête Claude François voulait que le siège de son auto soit réglé, com­ment l’affichiste Bernard Ville­mot a trans­formé la mar­que Orang­ina, à quel point l’incarcération type “Mid­night Express” de Pierre Clé­menti a mis un coup à sa car­rière, que Philippe Muray écrivait des romans de la série “Brigade Mondaine” pour arrondir ses fins de mois, com­ment Isabelle Adjani a accepté son rôle dans le mythique “Clara & les Chic Types” ou encore à quel point Michel Delpech en était juste­ment un, de chic type. Schnock, la dernière revue où l’on apprend des trucs ?

L’Art de Mosher

New York, avant la décou­verte de la mosh.

WALTER SCHREIFELS (Youth Of Today, War­zone, Gorilla Bis­cuits, Project X, Super­touch, Quick­sand) : Il y avait une cer­taine dose de con­fi­ance en soi à New-York, qui pou­vait être con­fon­due avec du machisme, mais c’est tout sim­ple­ment que le hard­core de New York avait les meilleures mosh parts pos­si­bles. Per­sonne ne jouait des par­ties dansantes aussi bonnes qu’à New York.

ALEXA POLI-SCHEIGERT (Scen­ester) : On avait des breaks bru­taux, et ça rendait la danse encore plus dure. C’était dif­férent. Ce n’était pas juste du thrash rapide comme à Boston.

WALTER SCHREIFELS : Les gens moshaient plus qu’ailleurs. Le CBGB était comme le Madi­son Square Gar­den de la mosh. A New York, tu n’avais même pas besoin de chanter dans un groupe. Tu pou­vais juste être bon dans le pit pour te faire aimer et respecter.

RAY CAPPO (Vio­lent Chil­dren, Youth Of Today, Shel­ter) : D’ailleurs, ‘mosh’ était un mot unique­ment util­isé à New York. Les gens de l’extérieur ne pou­vaient même pas savoir de quoi on par­lait.
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Alain Delon & Alain Delon

« Dis­tinguer dans la fil­mo­gra­phie d’Alain Delon ce qui relève du cinéma com­mer­cial et ce qui appar­tient au cinéma d’auteur ne per­met pas, dans un pre­mier temps, de com­pren­dre le cas unique d’un acteur dont les car­ac­téris­tiques procè­dent davan­tage du donné que du con­struit. Il s’agit plutôt de con­stater, à la vision de ses films, tous genre con­fon­dus, la présence d’un pou­voir unique, d’une force, d’un mag­nétisme qui tran­scende le plus banal polar et aux­quels s’est ajusté le regard des grands cinéastes. Il n’y a rien dans le jeu de Delon qui s’apparente au para­doxe du comé­dien, pas plus qu’à l’idée, issue de la Méth­ode, selon laque­lle il faut vivre ses rôles. On pour­rait dire, bien davan­tage, que ce sont ses rôles qui le vivent. Ses films sont d’abord des doc­u­men­taires sur Delon. (…) LIRE LA SUITE

Comment pisser en public

« Quand j’ai com­mencé à embaucher des rédac­teurs, j’ai remar­qué que les moins intéres­sants étaient ceux avec des diplômes en jour­nal­isme. Leur incom­pé­tence m’a vrai­ment frap­pée lorsque les plus expéri­men­tés d’entre eux ont com­mencé à nous inter­viewer pour des arti­cles dans d’autres pub­li­ca­tions. Ils n’avaient aucune idée de qui nous étions et pourquoi ils écrivaient sur nous, donc les embrouiller est devenu irrésistible.

La réponse québé­coise au New York Times, Le Devoir, voulait nous inter­viewer parce que quelqu’un d’autre l’avait fait. C’est comme ça que ça marche dans les médias. Un jour­nal­iste a les couilles de sor­tir un nou­veau sujet et les autres vien­nent s’accrocher dessus comme des lam­proies sur un requin. L’article orig­i­nal, celui qui nous a propulsé sur toutes les chaines de mon­tage est parti d’un can­u­lar. La vérité, c’est que nous avions changé le nom de Voice of Mon­treal en Vice pour éviter que les anciens pro­prié­taires ne nous pour­suiv­ent, mais c’était chi­ant comme his­toire, donc on n’avait changé le point de départ en “L’énorme et hor­ri­ble jour­nal améri­cain Vil­lage Voice nous a men­acé de nous faire couler donc on a dû changé de nom”. Une fois le pois­son ferré, le truc était dans tous les jour­naux du pays et pas une seule per­sonne n’avait pensé à véri­fier les faits ou même à appeler le Vil­lage Voice. Les Cana­di­ens adorent les his­toires de David-et-Goliath quand ce sont les Améri­cains les mau­vais, et ils n’allaient pas laisser les vrais faits ruiner leur délire. LIRE LA SUITE

Le temps passe et les têtes tombent

« C’est comme ça que Batou a récolté deux têtes, un dou­blé assez rare. Elles con­stituent deux beaux trophées, qui sen­tent encore. Les pre­miers jours, je me demande com­ment le vil­lage a pu résis­ter à une pareille puan­teur. Je prends deux pho­tos. Mal­heureuse­ment je ne dis­pose pas de flash, et c’est sous la lumière de pau­vres chan­delles que je tire en pose, appuyé con­tre un poteau. L’une des têtes por­tent encore des cheveux, et des cen­taines de vers blancs bat­i­fo­lent sur les lèvres qui pen­dent, oh com­bien bas… Pas foli­chon, et quelle réu­nion de mouches ! Drôles de mœurs décidé­ment. Enfin, ça les regarde. Qu’ils coupent les têtes qu’ils veu­lent, du moment que ce n’est pas la mienne, mais qu’ils n’empestent pas tout le vil­lage. La fin de l’histoire, authen­tique, ne manque pas de fumet. Le dernier œil, qui pendait encore, étant tombé par terre, fut ramassé par un enfant de deux ans qui, sans doute dégoûté par cette odeur peu appétis­sante, le jeta dans la mar­mite. C’est sa mère, au cours du repas, qui décou­vrit le pau­vre œil… sous sa dent. Ces têtes avaient été coupées huit jours plus tôt… LIRE LA SUITE

Comment transformer un honnête chrétien en authentique païen

« Bien que mes con­nais­sances en eth­nolo­gie ne soit pas très éten­dues, j’ai néan­moins, comme tout le monde, entendu par­ler de ces épreuves que cer­taines peu­plades font subir aux jeunes hommes, ces fameuses ini­ti­a­tions si folk­loriques… En Nouvelle-Guinée, dans cer­taines tribus, on incise le gland du pénis avec un silex. Chaque civil­i­sa­tion prim­i­tive a sa petite spé­cial­ité, sou­vent assez bar­bares à nos yeux. J’espère qu’ici ils ne vont pas me mutiler le pis­to­let ; de toute façon, il n’est pas ques­tion qu’ils me trafiquent le zizi, palek ou pas palek. Il y a des choses aux­quelles on tient… […]
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Peau de tatouages

« Un livre ne suf­fi­rait pas à racon­ter les «extrav­a­gances crim­inelles» de la femme du com­man­dant de Buchen­wald, Ilse Koch. […] l’ancienne dactylo d’une fab­rique de cig­a­rettes était pas­sion­née par les tatouages et les infir­miers devaient lui sig­naler tous les déportés dont le corps s’ornait de por­traits, d’inscriptions ou de «scènes artis­tiques». La Kom­man­deuse exam­i­nait le tatouage; si elle esti­mait qu’il devait fig­urer dans sa col­lec­tion, elle con­fi­ait le déporté à son Kapo favori, Karl Beigs. Le bon Karl piquait alors le «tableau vivant». LIRE LA SUITE

Iceberg Slim: Talking Jazz

De son vrai nom Robert Lee Maupin, Ice­berg Slim fut, est, et restera l’archétype du mac mod­èle, qui engen­dr­era, bien mal­gré lui, généra­tions de voy­ous. Il aura suf­fit d’un livre, un seul: PIMP, the story of my life sorti en 1967 pour installer la légende. Une auto­bi­ogra­phie vio­lente, glauque, sans espoir, et sûre­ment aussi un peu mytho. Des con­tes du racisme et du sex­isme ordi­naire. 20 ans à arpen­ter le turf, de 1940 à 1960, 20 ans à reni­fler des noires et de la blanche, de Mil­wau­kee à Chicago en pas­sant par Rock­ford, Illi­nois. Il rac­crochera le man­teau de vison pour écrire sa vie… sans se douter qu’il ne sera pas au bout de ses soucis…

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Le Brunch de Vergès

« En ce temps-là, la France était par­cou­rue d’un grand fris­son human­i­taire, tout au moins ses élites, qui tâchaient de faire oublier leur com­plai­sance coupable à l’époque du colo­nial­isme. La mode était à la cri­tique des respon­s­ables des pays fraîche­ment décolonisés, lesquels étaient soit cor­rom­pus, soit incom­pé­tents, et le plus sou­vent les deux. On con­naît le refrain, toutes les “belles âmes” le repre­naient en chœur. LIRE LA SUITE