Guy Marchand en a toujours rien à foutre

Fidèle fig­ure de ‘gros con’ du cinéma français, l’acteur et chanteur Guy Marc­hand a traîné sa dés­in­vol­ture du Belleville où il a grandi à la Provence où il compte finir sa vie. Il est à la une du dernier numéro de Schnock (le #27) et voici l’intégrale de notre con­ver­sa­tion télé­phonique du 7 février dernier (dont vous pour­rez lire quelques pas­sages dans la revue sus­citée). 81 piges, et en putain de forme.

C’est bon, vous êtes prêt ?
Je ne suis jamais prêt !

Vous êtes entré dans le cinéma par hasard…
Je ne sais pas ce que ça veut dire, le hasard ! Je suis ren­tré dans l’armée par hasard, j’en suis sorti par hasard, et puis j’ai écrit une chan­son par hasard, qui a été un grand suc­cès. Et après, on m’a fait faire des films à un moment où je ne vendais pas beau­coup de dis­ques, ce qui m’a sauvé un peu la vie, c’est tout.

Le métier d’acteur, c’était donc un boulot par défaut ?
Je ne sais pas quoi vous dire… C’étaient de vieux fan­tasmes, à Claude Moine et moi. On allait au cinéma, on se met­tait au pre­mier rang, et on voulait ren­trer dans l’écran quoi. Et puis un jour, on y est ren­trés dans l’écran, et bon, on a été un peu déçus. On est une généra­tion où le cinéma a été notre seul fan­tasme, nous les enfants de la Guerre… Quand on allait au cinéma, en pre­mière par­tie, il y avait les actu­al­ités et on voy­ait les camps de con­cen­tra­tion, avec les Cater­pil­lar qui emme­naient tous ces pau­vres gens dans des trous. On avait 7/8 ans, et rien n’était cen­suré. On avait vécu dans la merde, l’horreur, donc le cinéma c’était le fan­tasme absolu, la seule échappatoire.

Pourquoi passer de l’autre côté de l’écran vous a déçu ?
Je n’ai pas fait de “car­rière” moi mon­sieur. Ça m’amuse de dis­cuter avec vous parce que ça m’économise des analy­ses mais, en gros, je n’étais pas fait pour ça. J’étais fait pour rêver, comme tous les enfants. Même l’armée m’a fait rêver, j’aurais pu y rester d’ailleurs. La légion m’a fait rêver… J’avais vu le film Cœurs brûlés, avec Gary Cooper et Mar­lene Diet­rich, dans le désert, quelle mer­veille ! Elle marche dans le sable, elle a quitté son mil­liar­daire pour suivre un légion­naire ! Qu’est ce que vous voulez, si ça, ça ne vous fait pas rêver, alors mieux vaut mourir !

C’est mar­rant, Alain Delon parle aussi de l’armée comme de la plus belle péri­ode de sa vie…
Oui… La guerre c’est absurde, mais mal­heureuse­ment, c’est roman­tique. C’est pour ça qu’on regarde sans arrêt des films de guerre, de la vio­lence, c’est la vie quoi. J’ai moi même fait de la boxe donc je vous le dis : la vio­lence c’est la vie. C’est la bru­tal­ité qui est igno­ble, le cynisme… Moi j’ai 80 piges, et je tiens le coup grâce à cette mer­veilleuse Russe qui a 40 ans de moins que moi, c’est tout. Pour­tant ce n’est pas “ma femme”, les types qui dis­ent “ma femme, ma voiture, ma mai­son”, ils vont vite être sur­pris ! Aujourd’hui, la vie n’a jamais été aussi intéres­sante pour moi. Effec­tive­ment, il peut y avoir un cer­tain cynisme dans mes pro­pos, et je m’en excuse d’avance.

Pas de prob­lème.
Donc le film noir hol­ly­woo­d­ien, je l’ai décou­vert après la guerre, même si je n’étais pas à ce point branché sur l’Amérique comme ont pu l’être Jean-Philippe [Smet] et Claude [Moine]… Moi je con­nais­sais plus Jean-Philippe que Johnny, c’est mar­rant. Je l’aimais bien, il me fai­sait mar­rer, mais je ne le pre­nais pas vrai­ment au sérieux.

Vous les avez ren­con­tré com­ment Johnny et Eddy ?
Oh bah naturelle­ment, quand on se retrou­vait dans des émis­sions de merde, d’animateurs de grande sur­face, type Drucker, on s’y ren­con­trait tous. Il y avait un cer­tain racisme, du mépris entre les stars et les vedettes pop­u­laires, comme moi, pour des his­toires de ventes de dis­ques. Ca ressem­blait à une cour de récréa­tion, avec plein d’enfants bizarres. Je ne renie pas tout ça, le plus impor­tant, c’est de savoir qui vous êtes. Dernière­ment, j’ai ren­con­tré Bertrand Blier par exem­ple, et je me suis aperçu qu’on était de la même race !

Et pour­tant il ne vous a jamais fait tourner.
C’est vrai, mais je me suis quand même bien amusé dans ce métier ! Et je con­tinue à m’amuser, mais je rede­viens plus facile­ment un chanteur de jazz qu’un acteur – même si on est con­tent de mes presta­tions d’acteur. A côté, il y a aussi des gens qui ne m’aiment pas, c’est nor­mal, et j’y tiens ! Je tiens à leur inimité.

Sans doute parce qu’on vous a sou­vent fait jouer le mari jaloux.
Oui, le con quoi ! J’ai beau­coup fait les cons, mais c’est les meilleurs rôles. On m’a donné un César pour ça.

Dans Garde à vue oui.
Voilà, c’est mer­veilleux les rôles comme ça, c’était le rôle le plus intéres­sant du film. Bien sûr, il y avait Michel Ser­rault aussi, mais c’était un dinosaure. Je les ai fréquenté ces dinosaures, et avant, je les regar­dais au cinéma…

Ça vous plai­sait que l’on vous donne tou­jours ce genre de rôle, celui de l’ordure ?
En vérité, le cinéma m’emmerdait. Si vous voulez tout savoir, je suis trop para­noïaque pour le nom­bre de gens qu’il y a sur le plateau. Je préfère la scène, les gens sont là, dans le noir, ils vien­nent pour vous. Il y a une sorte de ten­dresse et d’amour qui monte du pub­lic, et mon égo­cen­trisme se régale de ça ! Alors qu’au cinéma, rien de tout ça : il y a des gueules de tra­vers, surtout quand on débute, il y a des jalousies, de grands pro­fes­sion­nels, de jeunes acteurs plein d’avenir… Faut éviter ce genre de trucs quoi. Ce n’est pas tou­jours très mar­rant. C’est main­tenant que ça m’amuse. Aujourd’hui, les gens sont gen­tils avec moi, ils me trait­ent avec un cer­tain respect, et ça me comble !

Des films comme Garde à vue, Coup de tor­chon, Mortelle ran­don­née… ça reste de bons sou­venirs tout de même ?
C’est surtout des ren­con­tres… Enfin là, vous me par­lez de films où tout le monde est mort… En fait, ce mépris que je nour­ris­sais pour la pro­fes­sion m’a donné une cer­taine dés­in­vol­ture, ce qui fait que je n’ai jamais vrai­ment souf­fert de jouer la comédie. Ça m’a donné – si j’en ai un – mon style. Parce que quelque part, et c’était comme ça : j’en avais rien à foutre !

Ahah ! Et le jazz vous don­nait en plus ce côté “cool”.
Je ne sais pas si j’ai été “cool”, je déteste ce mot ! Parce que, bon, les mecs qui sont “cool”, ou qui se dis­ent “cool”, la plu­part du temps ils ont l’anus un peu trop serré ! Ce qui me plai­sait là-dedans, c’était le sur­réal­isme du milieu, et surtout le fait que ce soit un métier d’enfant. Parce que quand je suis revenu d’Algérie, je ne voulais plus voir de grandes per­son­nes… Ils étaient telle­ment capa­bles des pires atroc­ités… Ils tuent les veaux par exem­ple, je viens de voir passer un camion qui allait à l’abattoir, et le regard de ces veaux, c’est hor­ri­ble… Bref, je me suis donc mis à faire ce métier d’enfant. Mais atten­tion, les enfants aussi peu­vent être cyniques, jaloux, malveil­lants, c’est bien connu.

C’est vrai que vous pou­viez passer de rôles graves à des choses très légères comme Les Sous-doués ou La Tête dans le sac
Parce que les met­teurs en scène qui m’ont choisi savaient à chaque fois plus ou moins qui j’étais, et ils se ser­vaient de ça. Donc eux fai­saient leur film, et moi je leur don­nais le moment. Ce qui est mer­veilleux au cinéma, ce n’est pas la pro­fes­sion en elle-même, ou le rôle. Tra­vailler un rôle ? J’ai jamais tra­vailler un rôle moi ! Non, par con­tre on me met­tait en sit­u­a­tion. Et comme j’étais un grand para­noïaque, un peu trop émo­tif même, avec une timid­ité qui se trans­for­mait en cynisme, eh bien ils se ser­vaient de ça, et moi je n’avais qua­si­ment pas d’effort à faire. Quand on me demandait d’être un grand pro­fes­sion­nel, façon Claude Brasseur ou autre, là je com­mençais à avoir du mal.

C’est ce côté détaché qui fait qu’on regrette un peu les acteurs de votre généra­tion…
Oh mais il y en a des bons là ! J’ai ren­con­tré des jeunes qui m’ont bien intéressé quand j’ai fait Dans Paris. J’ai beau­coup tra­vaillé avec des homos d’ailleurs, des met­teurs en scène, moi j’ai jamais cro­qué hein, on a d’ailleurs dit que j’étais homo­phobe, n’importe quoi, on a tout dit sur moi… J’ai donc fait des films avec des gens d’une hyper­sen­si­bil­ité rare, que ce soit L’Arbre ou la forêt ou Dans Paris, avec deux acteurs géni­aux, Duris et Gar­rel. Ils avaient un irre­spect ten­dre envers moi. Gar­rel tirait tout le temps ma chemise pour me faire chier, des choses comme ça. Je me suis alors dit : “Si c’est ça la nou­velle généra­tion, alors on est sauvés !” Et puis il y en a d’autres qui me font chier. Ceux qui met­tent une petite phrase en exer­gue dans leurs mémoires par exem­ple : “Guy Marc­hand, l’acteur le plus mal élevé que j’ai ren­con­tré”. C’est pas vrai ! Je suis adoré par plein de gens. Surtout les actri­ces. Marie-Christine Bar­rault a dit de moi que j’étais comme le vin, que je me bonifi­ais en vieil­lis­sant. J’ai fait qua­tre fois son mari ! Trois fois celui d’Isabelle Hup­pert ! Vous vous rendez-compte ? Trois fois le mari de Car­o­line Cel­lier… Ce sont des mon­u­ments ces actrices-là, des mon­u­ments ! Alors bon, peut-être qu’elles m’aimaient bien parce que j’avais une bonne eau de toi­lette, je ne sais pas. Mais en tous cas, elles ont tou­jours réclamé que je fasse leur mari. Ce qui est égale­ment un peu bizarre, non ? Enfin je ne met­tais jamais la langue… quand elles ne la met­taient pas ! J’adore les actri­ces. Je n’en épouserai pas une, mais je suis à genou devant elles.

Vous avez d’ailleurs dans Je hais les acteurs de Gérard Krawz­cyk, ce qui vous cor­re­spond mieux !
Exact. Mais mon meilleur rôle, c’était dans le film de Truf­faut, Une belle fille comme moi, avec Bernadette Lafont. J’ai joué avec sa fille plus tard [dans L’Eté en pente douce, de Krawzyck aussi], la jeune Pauline Lafont qui est par­tie on ne sait com­ment après, la pau­vre biquette… Ah ce que je les regrette ces filles. La mort des femmes, c’est indé­cent. Les hommes, bon, on les voit à la télé… mais quand on voit une robe de couleur sur une route, je trouve ça mal­venu, indé­cent. Les femmes : c’est la vie.

C’est pour les femmes que vous avez fait ce métier ?
Ah j’ai ren­con­tré des mer­veilles oui. Et puis excusez du peu, pre­mier jet de cinéma : Bar­dot. J’ai encore la photo dans ma bib­lio­thèque, elle devant moi, qui me tend son beau vis­age, c’était le Saint-Graal du play­boy imbé­cile que j’étais. Et c’est Sami Frey qui se l’est faite, putain ! J’en parle dans mon dernier bouquin, Calme-toi Werther. Au départ, je voulais l’appeler ce livre “Voy­age chez les cons intel­li­gents” mais ils n’ont pas voulu de mon titre aux édi­tions du Cherche-midi à 14h. Parce que les écrivains, y’a pas plus con ! Vous pou­vez tou­jours courir pour retrou­ver un Romain Gary, un Céline ou un Albert Camus, c’est de l’égo mon­u­men­tal. Les types refu­saient même de s’asseoir à côté de moi, dans le salon. Bref, je m’en fous, on est tous aussi vieux les uns que les autres main­tenant, la mort va nous réconcilier.

Ahah. Il y a un film sur lequel vous étiez bien entouré égale­ment, Noy­ade inter­dite.
Oh, vous par­lez ! Je me rap­pelle surtout de cette petite mer­veille que j’ai eu dans les bras, la fille de mon meilleur ami, Marie Trintig­nant. C’est une douleur… Toutes les femmes s’appellent Marie. Quand je chante ce tango, “Maria”, je chante tou­jours en pen­sant à elle.

Est-ce que vous regardez les films dans lesquels vous avez joué ?
Jamais ! Je me regarde juste dans Une belle fille comme moi, parce que j’y chante un rock’n’roll… Et que j’ai fait beau­coup de jaloux. Vous savez, beau­coup de gens ne m’aiment pas parce qu’ils sont jaloux.

Ah oui ?
Des petits chanteurs, des trous du cul… Ou alors ceux qui sont trop con(s)crets, ceux qui détes­tent Nestor Burma… Au départ, Nestor Burma n’a pas été facile à imposer, et puis après, on a eu plein de prix. Moi, j’ai même eu un Emmy Award à Hol­ly­wood, est-ce qu’on en parle ?

Oh ?
Oui, pour La Vie d’Al Jol­son [une comédie musi­cale de Jean-Christophe Averty]. Ca raconte la vie de ce chanteur qui se maquil­lait en noir et qui était un des plus grands chanteurs améri­cains. Imag­inez que j’ai joué sa vie, et que c’était moi qui chan­tait. Imag­inez main­tenant un Améri­cain qui jouerait la vie de Mau­rice Cheva­lier et qui aurait un Emmy.

Ou un César !
Oui, fan­tas­tique, non ? Eh bien pour­tant, on a eu du mal à le ven­dre en France. Je chan­tais en anglais, etc. C’est à cette époque que j’ai eu ma pre­mière mau­vaise bonne cri­tique. Un mec de France Soir – il est mort main­tenant donc tout est par­donné – avait écrit : “Je n’aime pas Guy Marc­hand, je le trouve insipide mais je dois dire qu’en Al Jol­son, il a un cer­tain relief.” Il arrivait à dire du mal de moi en ayant, mal­gré ça, appré­cié. J’ai eu ça aussi sur mes romans. On sen­tait bien que le cri­tique, ça lui arrachait la gueule de dire du bien de moi. Je ne sais pas ce que j’ai fait pour me faire aussi mal voir. Peut-être que j’ai dit trop de fois “vas te faire enculer” au lieu de “com­ment allez-vous ?”

Sans doute les stig­mates de votre ado­les­cence à Belleville.
Sauf qu’aujourd’hui, je sais exacte­ment qui je suis. D’ailleurs, j’ai ressorti mon vieux blou­son en cuir, qui date d’avant le per­fecto, c’était le blou­son que por­taient les flics et les voy­ous à Chicago, c’est vieux comme tout. Ce midi, je vais manger à St Remy de Provence, et je le porte. Il paraît qu’on dit que je suis mal élevé, ils vont voir ! Ma femme me dit : “Si on t’avait dit l’inverse, ça t’aurait fait encore plus de mal !”

Cer­taine­ment ! Est-ce qu’il y a des films que vous regret­tez d’avoir fait ?
Oh, il y en a plein. Mais en général, je ne regrette jamais. C’est surtout une ques­tion de met­teur en scène. Un jour, on tour­nait au Canada avec un con­nard – je ne dirais pas son nom – un film qui coû­tait des mil­liards et sur lequel ils n’avaient pas été très gen­tils avec ma femme; ils l’avaient retiré des rushes. Le lende­main, je les envoie se faire voir où vous savez. Et le dernier jour du tour­nage, le mec ose me dire : “Pour­tant Guy, je vous avais fait beau­coup de cadeaux sur ce film.” Non mais com­ment on peut oser dire ça ! On fait des cadeaux à une petite star­lette, pour se la taper…

Quels met­teurs en scène vous ont laissé de bons sou­venirs ?
Tous. J’ai plein de bons sou­venirs. J’ai eu les plus grands. Truf­faut m’a un jour envoyé une let­tre, qui est dans ses mémoires d’ailleurs : “Un jour, je viendrai avec un scé­nario, et vous aurez le pre­mier rôle.” Et… il est mort. Pialat, je pou­vais lui dire d’aller se faire enculer, mais lui il ne l’a pas mis dans ses mémoires ! Com­bien de fois je lui ai dit. Seule­ment il ne fal­lait pas s’aventurer là-dedans avec lui, si on se lais­sait avoir par les mots, on finis­sait à l’hôpital. J’ai joué pour Claude Miller aussi… Il y a six ans, j’étais le seul sur­vivant du film [Garde à vue], et Annie Miller m’a invité à Cannes, avec ma femme, parce que tous les autres étaient morts. Tous les plus grands je vous dis, il n’y a que Godard avec qui je n’ai pas tourné. Il m’a appelé un jour, avec sa voix invraisem­blable, quand il vous parle, on aimerait écrire ce qu’il vous dit telle­ment c’est beau ! Il m’a pro­posé un rôle et, en défini­tif, il a pris Johnny Hallyday.

Ah, pour Détec­tive.
Et il a eu rai­son parce qu’il est très bien dedans. Mais il avait pensé à moi, c’est mer­veilleux ! Je n’ai pas tourné avec Chabrol non plus, ce sont les deux seuls.

A la place, vous avez joué dans Hold-Up, le polar d’Alexandre Arcady tourné à Mon­tréal.
Ah… Kim Catrall… Et puis Marielle, Villeret, y’avait quand même un sacré cast­ing. Donc oui, c’était bien, mais de toute façon je ne fai­sais pas une car­rière, je fai­sais des voy­ages. Donc je suis allé à Montréal.

C’est la seule fois où vous avez tourné en Amérique ?
Alors oui, parce que j’ai été coupé dans le film de Samuel Fuller.

En effet, vous êtes crédité dans Au-delà de la gloire.
Oui et il m’a entière­ment coupé parce que je dis­ais du mal de Pétain. Et ils m’ont remis en l’an 2000 ! On était devant la télé avec ma femme, et je dis : “Tiens, il y a le film de Fuller qui passe.” Tout d’un coup je vois la charge de la cav­a­lerie, et là, je me vois ! Avec Lee Mar­vin, quand même… Mais moi, mes sen­ti­ments vis à vis de l’Amérique ne sont pas comme d’autres, je n’ai jamais été “fan”. Après, j’adore des types comme Clint East­wood, surtout depuis qu’il a voté pour Trump ! Haha ! Non ne racon­tez pas ça, mais c’est un fou­teur de merde et j’aime ça. Je ne vais plus me faire d’ennemis main­tenant, je m’en suis fait assez. Les enne­mis je m’en charge, c’est les amis dont il faut que je me protège.

Haha.
Pour que vous com­pre­niez mes rap­ports avec l’Amérique, un jour, en 1946 – je devais avoir 8 ans, je trainais avec des petits manouches – j’étais tout le temps avec les manouches parce que j’habitais Porte du Pré St Ger­vais, sur les anci­ennes for­tifs. Et on a vu un G.I. améri­cain, noir je crois, ivre mort, allongé sur le trot­toir, du côté de Pigalle. On lui a délassé ses rangers, et on s’est bar­rés avec. On a laissé l’Amérique en chaus­settes ! Mes rap­ports musi­caux avec l’Amérique sont comme ça. J’ai volé le jazz comme Django Rei­hardt, j’ai été un petit voyou, donc j’ai tou­jours volé des trucs… Les voitures américaines,j’ai une vieille Buick Park Avenue, une Pon­tiac Fire­bird… Je ne les paye pas cher et je les aime bien ces voitures, elles sont vul­gaires, elles sont mal élevées, elles sont comme moi.

Comme la voiture que vous con­duisez dans Château­roux Dis­trict.
Holala, tu l’as regardé cette chiotte ! Non, en vrai, il n’était pas totale­ment raté ce film. C’est le frère de Depar­dieu qui avait fait ça, mais il avait mis trop de trucs dans le scé­nario. Il fal­lait que les jeunes aient leur his­toire aussi, donc toute la nos­tal­gie améri­caine est passée à la trappe. Ils ont fait capoter le film à cause de ça. Je garde un bon sou­venir de ce film en tous cas. J’aimais beau­coup Alain Depar­dieu, et puis Gérard aussi, j’ai tou­jours eu beau­coup de respect vis à vis du roi des ani­maux. Pour moi, Depar­dieu c’est le roi des ani­maux, c’est Du Guesclin, c’est Rabelais, heureuse­ment qu’il est Français ! Dire que main­tenant ils le font chier pour un rien, pourquoi ils ont été l’agresser quand il est allé en Bel­gique ? Ils devraient plutôt être fiers de lui. Moi, si je m’enfuis en Bel­gique, ce ne sera pas pour me met­tre à l’abri de la fis­cal­ité, mais pour me met­tre à l’abri de la connerie !

Ah ça ! Est-ce qu’on vous appelle tou­jours Nestor Burma quand on vous croise dans la rue ?
Oh oui. Vous savez ce que Léo Malet m’a dit avant de mourir ? Il m’a dit deux trucs très mar­rants. Je lui ai demandé com­ment ça allait, et vu qu’il n’avait plus d’érections mati­nales, il m’a répondu : “Oh, pas très bien, main­tenant on ne me suce plus, on me mâche !” Vu que je suis l’acteur le plus vul­gaire de la pro­fes­sion, je peux me per­me­t­tre de vous le dire ! Et il m’a aussi dit : “Tes films c’est des navets, pour moi tu seras tou­jours mon Nestor Burma” Cette série, c’était sur­réal­iste, c’était chou­ette, on fai­sait ce qu’on voulait, je piquais à droite, je piquais à gauche, je m’entourais tou­jours de belles filles, tou­jours en jupe et en talons, jamais de jeans ou de ten­nis ! Dans un épisode, il y avait une femme allongée par terre, je lui dépo­sais une rose avant de pren­dre son poignet et de regarder ma mon­tre : “Ou bien cette femme est morte, ou bien ma mon­tre est arrêtée.” Je lançais ça avec un air ten­dre et triste, qu’est ce que je pre­nais mon pied à faire ça au sein de cette vieille télévi­sion française cartési­enne. J’ai réussi à leur ven­dre tout et n’importe quoi. Un mec sor­tait un couteau, moi un énorme flingue, et je dis­ais : “Depuis l’invention de la poudre, il n’y a plus d’homme courageux.” Si vous regardez les Burma, il y a plein de trucs comme ça, c’était génial. Je don­nais un coup de pied dans les couilles d’un mec et je m’en allais en lançant : “Faites-le pisser, ça ira mieux !” Qu’est ce que je me suis amusé. Et ils ont fini par me virer. La 2 me détes­tait, mais main­tenant ça va mieux. Ils com­men­cent à en red­if­fuser, tu m’étonnes, ils se sont fait des couilles en pla­tine avec ça. Ca coû­tait 400 ou 500 000 euros à faire, c’était rien du tout. La télé, j’ai beau dire par­fois que c’est une grosse truie qui bouffe ses petits, mais quelque part, elle m’a servi. Récem­ment, j’ai fait ce mer­veilleux télé­film à Lille qui va bien­tôt sor­tir et qui s’appelle Illégitime, l’histoire du type de Greno­ble qui a tué un môme pen­dant un cam­bri­o­lage. Je joue ce mec-là et j’ai été dirigé d’une main de maître. Vous allez voir, on va en repar­ler ! Le rôle était mag­nifique et puis j’ai tourné avec Thierry Neu­vic, un acteur génial.

Quelles leçons avez-vous retenu du cinéma ?
J’aimais les polars, les films noirs, c’était mer­veilleux, parce qu’on met­tait tout ce qu’on voulait dedans. Quand on sor­tait du cinéma, après Les Tueurs, avec Burt Lan­caster et Ava Gard­ner, on était mal­heureux parce qu’on était trop petits, on ne pou­vait pas la ren­con­trer… Main­tenant elle est morte, vous vous ren­dez compte, où est-ce qu’elle est ?! J’ai épousé une femme superbe qui lui ressem­blait, qui m’a fait deux beaux enfants, et qui m’a ruiné… Mais si j’ai retenu une chose, c’est qu’il faut être gen­til avec les femmes. Même les garces, d’autant plus les garces. Par­fois, mon fils me parle avec dés­in­vol­ture des femmes, et je lui réponds : “Plus elle est vache, plus tu dois être gen­til, c’est là qu’elle va tomber.” D’ailleurs, il est l’heure d’aller rejoin­dre ma Russe, je vais me balader avec elle, c’est quand même mieux que la légion d’honneur ! J’ai laissé tombé la mienne depuis que j’ai vu tous les cons qui l’ont eu. La légion d’honneur, c’est comme les hémor­roïdes, les vieux trous du cul finis­sent tou­jours par l’avoir ! Allez salut !

1 Commentaire

  1. Bon­soir
    bravo pour votre site qui est fort intéres­sant et très orig­i­nal.
    Votre longévité est sur­prenante et je regrette de ne pas vous avoir connu avant, lorsque j’avais plus de temps à moi pour lire chez les autres.
    Bonne continuation.

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