TOUS LES ARTICLES LITTERATURE

Je suis la haie et l’eau noire

« Il n’y a rien de plus sot qu’un jour­nal, du moins aussi longtemps que son auteur vit. Je n’ai jamais été découragé par la niais­erie, tout ce qu’on écrit de sincère est niais, toute vraie souf­france a ce fond de niais­erie, sinon la douleur des hommes n’aurait de poids, elle s’envolerait dans les astres. Que dire encore ? Si vous voulez souf­frir tout seul, taisez-vous. Sinon n’allez pas chercher, sous pré­texte de sym­pa­thie votre pro­pre souf­france dans le cœur d’autrui avec une pince à sucre, en fronçant le nez, comme ce pau­vre M. de Mon­ther­lant, d’un air de dire qu’on n’a pas faim, qu’on fait sem­blant, par politesse, qu’on a pris l’habitude, dans son enfance, d’une nour­ri­t­ure plus dis­tin­guée. Je sais cela, n’importe. Je sais aussi que je ne suis plus sûr de ceux pour lesquels j’écris, plus sûr du tout de trou­ver le chemin de leur tristesse ou de leur joie. Alors, à quoi bon ? Je n’aurais pas honte de les prier de me con­soler, car bien que je ne sois pas affamé de con­so­la­tion d’un pape ou qu’un car­di­nal, je ne serais pas assez fou pour repousser leur aumône. Mais la vie m’enseigne que nul n’est con­solé en ce monde qui n’ait d’abord con­solé, que nous ne recevons rien que nous n’ayons d’abord donné. Entre nous, il n’est qu’échange, Dieu seul donne, lui seul. LIRE LA SUITE

Les jeunes avec Bernanos !

Une enquête à lire dans le #25 de Gonzaï.

La faculté de se détacher de tout

« Il est grand temps main­tenant de nous poser la ques­tion cap­i­tale et de chercher la cause de cette expres­sion morne et ten­due, cette expres­sion de hâte et de fièvre – cette expres­sion à la fois si apathique et si anx­ieuse, d’où sont absentes la joie de vivre et la paix – qui se lit sur le vis­age des pas­sants que nous croi­sons dans les grandes métrop­o­les occi­den­tales. C’est une expres­sion exacte­ment sem­blable, en fait, à celle que l’on pour­rait observer sur les traits des four­mis, les plus mis­érables des insectes asservis à la cou­tume. Si un film nous mon­trait des images de four­mis en gros plans géants, nous auri­ons à coup sûr l’impression de nous voir dans un miroir ! LIRE LA SUITE

Au diable la Société !

« Avoir besoin de con­nais­sances, c’est avouer ouverte­ment l’absence en soi du vrai bon­heur – avouer le tarisse­ment de sa vie intérieure. Tout indi­vidu véri­ta­ble­ment heureux vit dans un univers imag­i­naire per­son­nel – ou plutôt un univers imag­i­naire créé par sa dou­ble nature pro­pre et celle de son parte­naire, sous les aus­pices de la nature dou­ble de la Cause Première.

La plus grande illu­sion du monde naît du culte tribal de l’activité sociale, qui remonte aux hordes de chas­seurs et de guer­ri­ers des temps préhis­toriques. Le seul résul­tat béné­fique de la mécan­i­sa­tion du monde mod­erne, c’est d’avoir libéré l’individu de cette bar­barie trib­ale qui con­siste à accorder aux tâches effec­tuées pour la tribu plus d’importance qu’elles n’en ont en réal­ité. Il faut bien que ces tâches s’accomplissent; il faut bien quelqu’un pour les faire; il est vil et mesquin de s’y sous­traire. Mais de là à les pren­dre au sérieux, jusqu’à y voir le but même de l’existence, il y a loin ! » LIRE LA SUITE

Faites donc la sémiologie de nos pets !

« Il faudrait bien qu’un marx­iste sérieux ou qu’un sémi­o­logue moins bouf­fon que les autres nous explique un jour l’étrange iden­tité, dans la pra­tique, du jeu de mots général­isé, entre ces messieurs-dames et les petites frappes qui con­coctent les slo­gans pub­lic­i­taires dont nous sommes quo­ti­di­en­nement pol­lués, plus encore que des puan­teurs auto­mo­biles. “Du beau, du bon, Dubon­net”, “différent/différant”, “Merry Christies”, “C’est Shell que j’aime”, “les non-dupes errent” : vrai­ment, c’est marre ! LIRE LA SUITE

Grand con

« Je m’attendais depuis quelque temps à recevoir une de ces let­tres d’insultes dans lesquelles tu excelles et qui te per­me­t­tent pour un instant de t’imaginer écrivain. J’y réponds avec retard, triste bureau­crate mal­heureux, mon boulot ne pou­vant pas atten­dre, ta con­nerie si. LIRE LA SUITE

188 mots de Jacques Rigaut

« Quand je me réveille c’est mal­gré moi. »

« La plus belle fille du monde ne peut me don­ner que ce que j’ai. »

« Il y a des gens qui font de l’argent, d’autres de la neurasthénie, d’autres des enfants. Il y a ceux qui font de l’esprit. Il y a ceux qui font l’amour, ceux qui font pitié. Depuis le temps que je cherche à faire quelque chose! Il n’y a rien à y faire. »

« Il n’y a de pro­grès, de décou­verte que vers la mort, il n’échappe à per­sonne que l’adage tous les chemins mènent à Rome est une sorte de calem­bour, Rome ne pou­vant sig­ni­fier que mort que l’on a retourné. »

« Il n’y a pas de raisons de vivre, mais il n’y a pas de raisons de mourir non plus. La seule façon qui nous soit lais­sée de témoigner notre dédain de la vie, c’est de l’accepter. La vie ne vaut pas qu’on se donne la peine de la quitter. »

« Essayez, si vous le pou­vez, d’arrêter un homme qui voy­age avec son sui­cide à la boutonnière. »

Le jour se lève, ça vous appren­dra, Jacques Rigaut (1898–1929), 2009.

On raconte que tu aimes « ça »…

« Les lam­pes inondaient cru­elle­ment de leur lumière l’épais vis­age en sueur du boucher. Le chœur des policiers le harce­lait :
– Tu étais l’amant de Fer­nande, hein!
– A mon âge, voyons, messieurs…
– Tu es un peu vicieux pour­tant… En ville, on raconte que tu aimes “ça”…
– Je vous assure messieurs… Ce sont les mau­vaises langues qui…
– Obsédé sur les bords que tu es… On a retrouvé chez toi un tas de dessins pornos!
Les inspecteurs lui jetaient alors sous les yeux les paires de fesses, les nichons en pointe, les petits Eros à flèches et autres esquisses osées qu’il avait cray­on­nées dis­traite­ment, dans des moments de désœu­vre­ment, sur de petits car­rés de papier.
– D’innocentes car­i­ca­tures, messieurs… Je vous assure… Quel est l’écolier un peu pré­coce qui ne des­sine pas les mêmes sur ses cahiers de brouil­lon?… De là à tuer quelqu’un!…
– Tu es un gros cochon! LIRE LA SUITE

La Légende de la Mort

PRATIQUES DE DIVINATION POUR SAVOIR QUAND ON MOURRA

« Dans la région de Saint-Jean-Trolimon (pays de Cap-Caval), il était naguère d’usage, au com­mence­ment de chaque année, de couper et de beur­rer autant de tartines de pain qu’il y avait de per­son­nes dans la mai­son. Le chef de famille pre­nait ces tartines et les lançait en l’air suc­ces­sive­ment en dis­ant à mesure :
– Celle-ci pour un tel… Celle-ci pour tel autre…
Et, ainsi de suite, jusqu’à ce qu’il eût nommé tout le monde, sans s’oublier lui-même. Cha­cun, alors, se bais­sait pour ramasser sa tar­tine. Mal­heur à qui trou­vait la sienne ren­ver­sée sur le côté beurré : il était sûr de mourir dans l’année. »
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Il n’y a nulle part où aller

« — Les quinze jours d’attente, dit Ter­rier, je veux les passer en Océanie.
– Mais pourquoi ? demanda Cox, avec un éton­nement sincère.
– Parce que je ne vois rien de mieux. Où est-ce que vous iriez, vous, à ma place ?
– Je ne bougerais même pas.
– Ça ne m’étonne pas.
– Vous êtes stu­pide, Chris­t­ian, dit Cox avec une espèce de colère. Vous êtes un crétin. Je ne bougerais pas d’ici où de n’importe quel endroit où je me trou­verais, parce qu’il n’y a plus aucun endroit qui soit mieux qu’un autre, sauf les pays com­mu­nistes qui sont encore pires. Il n’y a plus aucun endroit qui soit bien, vous ne com­prenez pas ça ? Ah non, je ne bougerais même pas ! répéta-t-il avec force. Il n’y a nulle part où aller. »

La Posi­tion du tireur couché, Jean-Patrick Manchette, 1981.
Légende : Le Dernier saut, Edouard Luntz, 1970.