TOUS LES ARTICLES LITTERATURE

Point immobilier

« Nous habitions un grand trois pièces au 29e étage de la tour Totem, une espèce de structure alvéolée de béton et de verre posée sur quatre énormes piliers de béton brut, qui évoquait ces champignons d’aspect répugnant mais paraît-il délicieux que l’on appelle je crois des morilles. La tour Totem était située au cœur du quartier Beaugrenelle, juste en face de l’île aux Cygnes. Je détestais cette tour et je détestais le quartier Beaugrenelle, mais Yuzu adorait cette gigantesque morille de béton, elle en était « immédiatement tombée amoureuse », c’est ce qu’elle déclarait à tous nos invités, au moins dans les premiers temps, elle le déclarait peut-être toujours d’ailleurs mais ça faisait bien longtemps que j’avais renoncé à rencontrer les invités de Yuzu, immédiatement avant leur arrivée je m’enfermais dans ma chambre et je n’en sortais plus de la soirée. LIRE LA SUITE

La culture du bla-bla

« Elle parlait à tort et à travers. Elle fait partie de cette culture débile du bla-bla. De cette génération qui est fière de son manque de profondeur. Tout est dans la sincérité du numéro. Sincère, mais vide, totalement vide. C’est une sincérité qui part dans tous les sens, une sincérité pire que le mensonge, une innocence pire que la corruption. Quelle avidité ça cache, cette sincérité, et ce jargon ! Ce langage extraordinaire qu’ils ont tous, et on dirait qu’ils y croient, quand ils parlent de leur manque de valeur, alors qu’en disant ça ils estiment au contraire avoir droit à tout. Cette impudence qu’ils baptisent faculté d’amour, l’avidité brutale qu’ils camouflent sous la prétendue « perte de leur estime de soi ». Hitler aussi manquait d’estime de soi. C’était son problème. L’arnaque que ces jeunes ont montée ! Cette mise en scène de la moindre émotion. Leurs « relations ». Ma relation. Il faut que je clarifie ma relation. Dès qu’ils ouvrent la bouche, j’ai envie de grimper aux rideaux. Tout leur discours est un florilège des conneries qui ont traîné ces quarante dernières années. La clôture narrative. Autre cliché, tiens. Mes étudiants n’arrivent pas à maîtriser leur pensée. La clôture narrative ! Ils sont polarisés sur le récit conventionnel avec commencement, milieu et fin – toute expérience ambiguë qu’elle soit, si épineuse, si mystérieuse, doit se prêter à ce cliché de présentateur télé normatif et bien-pensant. Le premier qui me parle de clôture narrative, je vous le recale. Je vais leur en donner, moi, de la clôture narrative, leur chapitre est clos. » LIRE LA SUITE

La Vérité

Comment favoriser en nous cette sorte de délivrance ? Tout est paradoxal chez l’homme, on le sait bien. On assure le pain de celui-là pour lui permettre de créer et il s’endort, le conquérant victorieux s’amollit, le généreux, si on l’enrichit, devient ladre. Que nous importent les doctrines politiques qui prétendent épanouir les hommes, si nous ne connaissons d’abord quel type d’hommes elles épanouiront. Qui va naître ? Nous ne sommes pas un cheptel à l’engrais, et l’apparition d’un Pascal pauvre pèse plus lourd que la naissance de quelques anonymes prospères.

L’essentiel, nous ne savons pas le prévoir. Chacun de nous a connu les joies les plus chaudes là où rien ne les promettait. Et nous ont laissé une telle nostalgie que nous regrettons jusqu’à nos misères, si nos misères les ont permises. Nous avons tous goûter, en retrouvant des camarades, l’enchantement des mauvais souvenirs.

Que savons-nous, sinon qu’il est des conditions inconnues qui nous fertilisent ? Où loge la vérité de l’homme ?

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Glissez !

« Je demeurais songeur et triste devant la tombe que les fossoyeurs comblaient. Je tentais de mémoriser un discours de Ouap, de ces discours décousus qui pourtant frappaient juste et touchaient fort. Les termes exacts étaient presque ceux-ci : « Plaquez tout, les petits. Le travail – dans ce contexte – n’ennoblit pas l’homme. Les idéologues qui prétendent le contraire, quelle est leur profession ? Et quelles sont les chances de durée, je veux dire de durer dans l’amour, d’un couple qui se sépare à 7 heures pour se revoir vers 20 heures, fatigué, au cœur d’une bruyante cité HLM ? Moi, je suis parti longtemps, préférant la gêne dans le bleu de la Provence à la survie au milieu des odeurs de choux et de volailles, ici. Vos yeux sont des miroirs las de refléter les grues, le ciment, les tours et les usines. Glissez, mortels, sur la pente savonneuse du turbin-chagrin ! Glissez vers les cimetières populaires surpeuplés ! Glissez sur vos rêves écrabouillés, magma rosissant et doré des splendeurs à venir. Glissez sur le flot de vos larmes rentrées, sur votre sueur, sur le sang des règles qui prend l’ouvrière debout quand, ailleurs, on va « s’étendre un moment ». Eh oui ! petit, je m’excuse mais c’est comme ça ! Glissez sous ce beau ciel qui part pour ailleurs ! Glissez au rythme du piano du voisin d’à côté qui était peut-être un virtuose et qui attend son cancer loin de l’odeur du lilas et des roses ! Glissez, mortels et songez que ce n’est pas juste vis-à-vis des garçonnets et des fillettes que vous étiez et qui auraient dû avoir tous les droits ! Ah ! nom de Dieu, vive la Révolution ! »

Tueurs de flics, Frédéric H. Fajardie, 1979.
Légende : Anthony Dominguez.

Je suis la haie et l’eau noire

« Il n’y a rien de plus sot qu’un journal, du moins aussi longtemps que son auteur vit. Je n’ai jamais été découragé par la niaiserie, tout ce qu’on écrit de sincère est niais, toute vraie souffrance a ce fond de niaiserie, sinon la douleur des hommes n’aurait de poids, elle s’envolerait dans les astres. Que dire encore ? Si vous voulez souffrir tout seul, taisez-vous. Sinon n’allez pas chercher, sous prétexte de sympathie votre propre souffrance dans le cœur d’autrui avec une pince à sucre, en fronçant le nez, comme ce pauvre M. de Montherlant, d’un air de dire qu’on n’a pas faim, qu’on fait semblant, par politesse, qu’on a pris l’habitude, dans son enfance, d’une nourriture plus distinguée. Je sais cela, n’importe. Je sais aussi que je ne suis plus sûr de ceux pour lesquels j’écris, plus sûr du tout de trouver le chemin de leur tristesse ou de leur joie. Alors, à quoi bon ? Je n’aurais pas honte de les prier de me consoler, car bien que je ne sois pas affamé de consolation d’un pape ou qu’un cardinal, je ne serais pas assez fou pour repousser leur aumône. Mais la vie m’enseigne que nul n’est consolé en ce monde qui n’ait d’abord consolé, que nous ne recevons rien que nous n’ayons d’abord donné. Entre nous, il n’est qu’échange, Dieu seul donne, lui seul. LIRE LA SUITE

Les jeunes avec Bernanos !

Une enquête à lire dans le #25 de Gonzaï.

La faculté de se détacher de tout

« Il est grand temps maintenant de nous poser la question capitale et de chercher la cause de cette expression morne et tendue, cette expression de hâte et de fièvre – cette expression à la fois si apathique et si anxieuse, d’où sont absentes la joie de vivre et la paix – qui se lit sur le visage des passants que nous croisons dans les grandes métropoles occidentales. C’est une expression exactement semblable, en fait, à celle que l’on pourrait observer sur les traits des fourmis, les plus misérables des insectes asservis à la coutume. Si un film nous montrait des images de fourmis en gros plans géants, nous aurions à coup sûr l’impression de nous voir dans un miroir ! LIRE LA SUITE

Au diable la Société !

« Avoir besoin de connaissances, c’est avouer ouvertement l’absence en soi du vrai bonheur – avouer le tarissement de sa vie intérieure. Tout individu véritablement heureux vit dans un univers imaginaire personnel – ou plutôt un univers imaginaire créé par sa double nature propre et celle de son partenaire, sous les auspices de la nature double de la Cause Première.

La plus grande illusion du monde naît du culte tribal de l’activité sociale, qui remonte aux hordes de chasseurs et de guerriers des temps préhistoriques. Le seul résultat bénéfique de la mécanisation du monde moderne, c’est d’avoir libéré l’individu de cette barbarie tribale qui consiste à accorder aux tâches effectuées pour la tribu plus d’importance qu’elles n’en ont en réalité. Il faut bien que ces tâches s’accomplissent; il faut bien quelqu’un pour les faire; il est vil et mesquin de s’y soustraire. Mais de là à les prendre au sérieux, jusqu’à y voir le but même de l’existence, il y a loin ! » LIRE LA SUITE

Faites donc la sémiologie de nos pets !

« Il faudrait bien qu’un marxiste sérieux ou qu’un sémiologue moins bouffon que les autres nous explique un jour l’étrange identité, dans la pratique, du jeu de mots généralisé, entre ces messieurs-dames et les petites frappes qui concoctent les slogans publicitaires dont nous sommes quotidiennement pollués, plus encore que des puanteurs automobiles. « Du beau, du bon, Dubonnet », « différent/différant », « Merry Christies », « C’est Shell que j’aime », « les non-dupes errent » : vraiment, c’est marre ! LIRE LA SUITE

Grand con

« Je m’attendais depuis quelque temps à recevoir une de ces lettres d’insultes dans lesquelles tu excelles et qui te permettent pour un instant de t’imaginer écrivain. J’y réponds avec retard, triste bureaucrate malheureux, mon boulot ne pouvant pas attendre, ta connerie si. LIRE LA SUITE