TOUS LES ARTICLES LITTERATURE

À quel public peut-on dire la vérité ?

« À qui s’adresse t-on dans les jour­naux ou dans les livres ? À quel pub­lic peut-on dire la vérité, à savoir que tout pub­lic est com­posé en grande majorité d’esprits infirmes et grossiers, qui n’aimeraient pas la vérité, sup­posé qu’ils la com­pris­sent et l’acceptassent, et qui pla­cent la beauté au niveau le plus bas ? Com­ment trou­ver un audi­toire dis­posé à enten­dre dire que la beauté, la vérité, les extrémités du goût, du sen­ti­ment et de l’intelligence, fac­ultés dont les par­ties essen­tielles se trou­vent à l’extrémité, ne sont pas faites pour la plu­part des hommes, qui doivent se con­tenter de sim­u­lacres ? LIRE LA SUITE

La haine comme fait de civilisation

« J’ignorais qu’une jour­nal­iste est une sorte d’homme, en pire, et cet arti­cle (le pre­mier qui m’ait été con­sacré, quoiqu’il parle de moi sous mon surnom de Gram­mairien) inau­gu­rait la longue série des arti­cles me con­cer­nant dans une presse avec laque­lle j’entretiendrais les plus mau­vais rap­ports. LIRE LA SUITE

Il y a une bêtise du triomphe comme une noblesse de la défaite

« Ceux qui, les pre­miers, avaient pénétré dans le bidonville s’étaient mis à tirer en l’air en signe de vic­toire : c’était la pre­mière fois que, depuis le début de la guerre, les chré­tiens ne per­daient pas de ter­rain. Une vic­toire qui allait cepen­dant nous coûter cher, puisque, dans leur joie, cer­tains se lais­saient pho­togra­phier par des jour­nal­istes étrangers avec leurs croix de bois ensanglan­tées autour du cou, buvant du cham­pagne au goulot. C’est peut-être ce jour-là que j’ai pris en hor­reur non pas les vic­toires mais les vain­queurs, sans pour autant éprou­ver de pitié pour les vain­cus, la déplo­ration, je le redis, pou­vant pren­dre chez moi des années, les eaux du cha­grin chem­i­nant de façon souter­raine jusqu’à leur résur­gence vau­clusi­enne, comme cette source d’Adonis où je rêvais d’aller, à Aqfa, dans le nord du Liban, pour con­tem­pler, au print­emps, l’eau qui en jail­lit, rougie du sang du jeune dieu blessé à mort par un san­glier. Il y a aussi une bêtise du tri­om­phe comme une mis­ère de la vic­toire et une noblesse de la défaite. LIRE LA SUITE

La sensation de s’être fait baiser quelque part

« Au moment où elle s’abattait sur son canapé, jetant un regard hos­tile au taboulé, je songeai à la vie d’Annelise, et à celle de toutes les femmes occi­den­tales. Le matin prob­a­ble­ment elle se fai­sait un brush­ing puis elle s’habillait avec soin, con­for­mé­ment à son statut pro­fes­sion­nel, et je pense que dans son cas elle était plus élé­gante que sexy, enfin c’était un dosage com­plexe, elle devait y passer pas mal de temps avant d’aller met­tre les enfants à la crèche, la journée se pas­sait en mails, en télé­phone, en rendez-vous divers puis elle ren­trait vers vingt et une heures LIRE LA SUITE

Proférations Cyniques

« Quelle obsti­na­tion dans cette volonté d’engendrer.
Ils veu­lent des fils !
Ils veu­lent que leurs fils con­tin­u­ent leurs œuvres inutiles !
Ils veu­lent que leurs fils domi­nent les autres,
avec le même acharne­ment
qu’ils ont mis eux-mêmes à se faire haïr !
Ils veu­lent que leurs fils leur ressem­blent,
mais se sont-ils jamais regardés dans une glace ? LIRE LA SUITE

Might is Right !

« Dans ce désert aride d’acier et de pierre j’élève ma voix pour que vous puissiez m’entendre.

À l’ Est et à l’Ouest sonne mon appel. Au Nord et au Sud je fais flot­ter un étendard -

Procla­mant, “Mort au faible, richesse au fort.”

Ouvrez vos yeux pour que vous puissiez voir, Oh ! Hommes à l’esprit décrépi et écoutez mes paroles, vous les mil­lions de laborieux ! LIRE LA SUITE

L’emploi du Temps

« Si, du moins, on pou­vait se per­suader que le temps n’existe pas, qu’il n’y a aucune dif­férence entre une minute et plusieurs heures, entre un jour et trois cents jours, et qu’on est ainsi de plain-pied partout ! Ce qui fait tant souf­frir, c’est la lim­ite et la lim­ite suc­cé­dant tou­jours à la lim­ite. Notre âme cap­tive dans un étroit espace n’en sort que pour être enfer­mée dans un autre espace non moins exigu, de manière que toute la vie n’est qu’une série de cachots étouf­fants désignés par les noms des diverses frac­tions de la durée, jusqu’à la mort qui sera, dit-on, l’élargissement défini­tif. Nous avons beau faire, il n’y a pas moyen d’échapper à cette illu­sion d’une cap­tiv­ité inévitable con­sti­tuée suc­ces­sive­ment par toutes les phases de notre vie qui est elle-même une illu­sion. »

Médi­ta­tions d’un soli­taire, Léon Bloy, 1916.
Légende: L’Emploi du Temps, Lau­rent Can­tet, 2001.

Le temps passe et les têtes tombent

« C’est comme ça que Batou a récolté deux têtes, un dou­blé assez rare. Elles con­stituent deux beaux trophées, qui sen­tent encore. Les pre­miers jours, je me demande com­ment le vil­lage a pu résis­ter à une pareille puan­teur. Je prends deux pho­tos. Mal­heureuse­ment je ne dis­pose pas de flash, et c’est sous la lumière de pau­vres chan­delles que je tire en pose, appuyé con­tre un poteau. L’une des têtes por­tent encore des cheveux, et des cen­taines de vers blancs bat­i­fo­lent sur les lèvres qui pen­dent, oh com­bien bas… Pas foli­chon, et quelle réu­nion de mouches ! Drôles de mœurs décidé­ment. Enfin, ça les regarde. Qu’ils coupent les têtes qu’ils veu­lent, du moment que ce n’est pas la mienne, mais qu’ils n’empestent pas tout le vil­lage. La fin de l’histoire, authen­tique, ne manque pas de fumet. Le dernier œil, qui pendait encore, étant tombé par terre, fut ramassé par un enfant de deux ans qui, sans doute dégoûté par cette odeur peu appétis­sante, le jeta dans la mar­mite. C’est sa mère, au cours du repas, qui décou­vrit le pau­vre œil… sous sa dent. Ces têtes avaient été coupées huit jours plus tôt… LIRE LA SUITE

Baudelaire la baudruche

« Tenez, rou­vrons les Fleurs du Mal. Voici l’Homme et la Mer. Rassurez-vous, je me bornerai à en lire le pre­mier vers : Homme libre, tou­jours tu chéri­ras la mer. Affir­ma­tion péremp­toire et gra­tu­ite. Un homme libre peut très bien détester la mer. Voyons main­tenant les Chats. Le son­net com­mence ainsi : Les amoureux fer­vents et les savants austères – Aiment égale­ment en leur mûre sai­son — Les chats puis­sants et doux… Je vous le demande, pourquoi les amoureux et les savants aimeraient-ils néces­saire­ment les chats et pourquoi en leur mûre sai­son ? LIRE LA SUITE

Le confort intellectuel

« Il se peut que le con­fort passe pour un priv­ilège de la bour­geoisie. Et après ? Il n’y a là rien qui le con­damne. Il me sem­ble que si je me présen­tais à la dépu­ta­tion dans un quartier ouvrier, mon pre­mier soin serait de promet­tre aux citoyens le con­fort matériel. Je ne crois pas que les can­di­dats en usent jamais autrement. Et si, après avoir promis à mes futurs électeurs le con­fort matériel, je leur promet­tais le con­fort intel­lectuel, ils n’auraient pas lieu d’être frois­sés ni mécon­tents, au con­traire. En fait, je n’irai jamais sol­liciter les suf­frages de la classe ouvrière. Elle m’inspire bien sûr des sen­ti­ments chré­tiens, mais assez proches de l’indifférence. Pourquoi ne le dirais-je pas, puisque c’est la vérité ?
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