TOUS LES ARTICLES LITTERATURE

Haïr plus longtemps

« Ils étaient dans le fond — les hommes et les élé­ments de la nature — des choses placées dans un même espace, mais qui ne partageaient pas un seul instant his­torique. La nature, d’ailleurs, n’avais pas d’histoire, tout se répé­tait : les élé­ments con­crets du paysage n’avaient pas encore inventé la roue, tan­dis que les hommes, eux, avaient fab­riqué depuis longtemps des avions de chasse. De fait, l’histoire de la nature en était au point zéro, elle n’avait pas encore démarré, le deux­ième jour ne s’était pas encore levé, elle en était tou­jours au pre­mier matin : la nature n’a pas encore inventé le feu avait cou­tume de dire Lenz, reprenant à son compte une idée de son père, Fred­erich Buch­mann. LIRE LA SUITE

Une mode insensée

« — Tout, dans les femmes, doit avoir un sexe, l’habillement, la coif­fure, la chaus­sure, surtout la chaus­sure, qui doit être d’autant plus soignée que c’est en elle-même, la par­tie la moins agréable de l’habillement. II est très impor­tant pour les mœurs, très impor­tant pour les femmes, que leur habille­ment tranche avec le nôtre ! Elles perdraient de leurs attraits par le rap­proche­ment. Mais sup­posons qu’elles n’en perdis­sent pas, et qu’elles com­mu­ni­quassent au con­traire leur charme de sexe à l’habillement des hommes ! il en résul­terait un grave incon­vénient pour les mœurs… LIRE LA SUITE

Le Feu de la Saint-Jean

« J’aime quelque­fois autant la folie des anciens usages ou leur sim­p­lesse bonace, pourvu qu’ils ne soient pas nuis­i­bles, que la sagesse des nouveaux.

C’était le soir de la veille de Saint-Jean. Tout le monde allait à la Grève voir tirer un feu mesquin ; du moins tel était le but du grand nom­bre. Mais cer­taines gens en avaient un dif­férent. Les filous regar­daient cette fête comme un béné­fice annuel ; d’autres, comme une facil­ité pour se livrer à un lib­erti­nage bru­tal. Toutes les occa­sions d’attroupement, quelles qu’elles soient, devraient être sup­primées, à cause de leurs incon­vénients. Du Hameauneuf m’accompagnait, sans que je le susse. Je l’aperçus à l’entrée du quai de Gesvres. Nous marchâmes ensem­ble : — Si vous voulez observer, me dit il, il faut un peu vous exposer. Ce n’est pas à la lisière de la tourbe que rien se passe, avançons. » Je sen­tis qu’il n’avait pas tort, et quelque répug­nance que j’y eusse, je perçai la foule à la suite de mon con­duc­teur. LIRE LA SUITE

Quelle est donc la cause de ce sentiment destructeur ?

« Il n’est pas d’être dans la nature qui ne soit méchant. Tout indi­vidu aime à faire du mal, à détru­ire son sem­blable et les autres êtres. Les her­bi­vores même ne sont pas inno­cents ; ils frap­pent, ils mor­dent, ils écrasent. L’homme aime à détru­ire pour détru­ire. Mille fois je me suis senti le cruel désir de tuer une belle grosse mouche à miel noire ou bour­don qui venait sucer à ma fenêtre les fleurs des pyra­mi­dales et j’avais besoin de la réflex­ion pour m’en empêcher. Quelle est donc la cause de ce sen­ti­ment destruc­teur qui est naturel à tous les êtres ? Est-ce la con­ser­va­tion per­son­nelle aux dépens des autres exis­tences ? Est-ce une impul­sion de la nature, qui, en même temps qu’elle viv­i­fie tout, veut que tout cesse et met autant de moyens de destruc­tion que de pro­duc­tion ? Il faut le croire. Qu’est ce donc que la vertu, dans l’homme social ? C’est l’effet d’un sen­ti­ment moral et fac­tice, fondé sur la réciproc­ité, qui nous fait con­tin­uelle­ment sur­mon­ter la nature pour faire du bien aux autres. Est-ce unique­ment le goût du plaisir ou le désir de la prop­a­ga­tion qui fait que tant d’hommes cherchent à dégrader les filles, les femmes ? Non : dans le régime social, c’est un sen­ti­ment d’ogre, un sen­ti­ment oppres­sif qui porte des êtres cru­els à plonger dans la pros­ti­tu­tion dégradante, à per­dre, pour la société, une jeune infor­tunée qui d’abord excita leur admi­ra­tion, puis leurs désirs brutaux… »

Les Nuits de Paris, Nico­las Edme Res­tif de la Bre­tonne, 1788.
Légende : Park­ings vio­lents, Guil­laume Bres­son, 2010.

HIGH-RISE

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À quel public peut-on dire la vérité ?

« À qui s’adresse t-on dans les jour­naux ou dans les livres ? À quel pub­lic peut-on dire la vérité, à savoir que tout pub­lic est com­posé en grande majorité d’esprits infirmes et grossiers, qui n’aimeraient pas la vérité, sup­posé qu’ils la com­pris­sent et l’acceptassent, et qui pla­cent la beauté au niveau le plus bas ? Com­ment trou­ver un audi­toire dis­posé à enten­dre dire que la beauté, la vérité, les extrémités du goût, du sen­ti­ment et de l’intelligence, fac­ultés dont les par­ties essen­tielles se trou­vent à l’extrémité, ne sont pas faites pour la plu­part des hommes, qui doivent se con­tenter de sim­u­lacres ? LIRE LA SUITE

La haine comme fait de civilisation

« J’ignorais qu’une jour­nal­iste est une sorte d’homme, en pire, et cet arti­cle (le pre­mier qui m’ait été con­sacré, quoiqu’il parle de moi sous mon surnom de Gram­mairien) inau­gu­rait la longue série des arti­cles me con­cer­nant dans une presse avec laque­lle j’entretiendrais les plus mau­vais rap­ports. LIRE LA SUITE

Il y a une bêtise du triomphe comme une noblesse de la défaite

« Ceux qui, les pre­miers, avaient pénétré dans le bidonville s’étaient mis à tirer en l’air en signe de vic­toire : c’était la pre­mière fois que, depuis le début de la guerre, les chré­tiens ne per­daient pas de ter­rain. Une vic­toire qui allait cepen­dant nous coûter cher, puisque, dans leur joie, cer­tains se lais­saient pho­togra­phier par des jour­nal­istes étrangers avec leurs croix de bois ensanglan­tées autour du cou, buvant du cham­pagne au goulot. C’est peut-être ce jour-là que j’ai pris en hor­reur non pas les vic­toires mais les vain­queurs, sans pour autant éprou­ver de pitié pour les vain­cus, la déplo­ration, je le redis, pou­vant pren­dre chez moi des années, les eaux du cha­grin chem­i­nant de façon souter­raine jusqu’à leur résur­gence vau­clusi­enne, comme cette source d’Adonis où je rêvais d’aller, à Aqfa, dans le nord du Liban, pour con­tem­pler, au print­emps, l’eau qui en jail­lit, rougie du sang du jeune dieu blessé à mort par un san­glier. Il y a aussi une bêtise du tri­om­phe comme une mis­ère de la vic­toire et une noblesse de la défaite. LIRE LA SUITE

La sensation de s’être fait baiser quelque part

« Au moment où elle s’abattait sur son canapé, jetant un regard hos­tile au taboulé, je songeai à la vie d’Annelise, et à celle de toutes les femmes occi­den­tales. Le matin prob­a­ble­ment elle se fai­sait un brush­ing puis elle s’habillait avec soin, con­for­mé­ment à son statut pro­fes­sion­nel, et je pense que dans son cas elle était plus élé­gante que sexy, enfin c’était un dosage com­plexe, elle devait y passer pas mal de temps avant d’aller met­tre les enfants à la crèche, la journée se pas­sait en mails, en télé­phone, en rendez-vous divers puis elle ren­trait vers vingt et une heures LIRE LA SUITE

Proférations Cyniques

« Quelle obsti­na­tion dans cette volonté d’engendrer.
Ils veu­lent des fils !
Ils veu­lent que leurs fils con­tin­u­ent leurs œuvres inutiles !
Ils veu­lent que leurs fils domi­nent les autres,
avec le même acharne­ment
qu’ils ont mis eux-mêmes à se faire haïr !
Ils veu­lent que leurs fils leur ressem­blent,
mais se sont-ils jamais regardés dans une glace ? LIRE LA SUITE