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La Légende de la Mort

PRATIQUES DE DIVINATION POUR SAVOIR QUAND ON MOURRA

« Dans la région de Saint-Jean-Trolimon (pays de Cap-Caval), il était naguère d’usage, au com­mence­ment de chaque année, de couper et de beur­rer autant de tartines de pain qu’il y avait de per­son­nes dans la mai­son. Le chef de famille pre­nait ces tartines et les lançait en l’air suc­ces­sive­ment en dis­ant à mesure :
– Celle-ci pour un tel… Celle-ci pour tel autre…
Et, ainsi de suite, jusqu’à ce qu’il eût nommé tout le monde, sans s’oublier lui-même. Cha­cun, alors, se bais­sait pour ramasser sa tar­tine. Mal­heur à qui trou­vait la sienne ren­ver­sée sur le côté beurré : il était sûr de mourir dans l’année. »
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Un monde sans joie

« Tous les mou­ve­ments con­certés de l’industrie et des fleuves, des voies fer­rées et des grandes lignes mar­itimes achevaient d’arracher Antoine au sil­lon ter­rien où il avait germé, et d’où il avait été ébranlé avant l’âge. Il se sen­tait pau­vre, il con­nais­sait de bonne heure cette ambi­tion douloureuse des fils d’ouvriers qui voient s’entrouvrir devant eux les portes d’une nou­velle vie. Com­ment se refuseraient-ils à aban­don­ner le monde sans joie où leurs pères n’ont pas eu leur con­tent de res­pi­ra­tion, de nour­ri­t­ure, le con­tent de leur loisir, de leurs amours, de leur sécu­rité ? Le mal­heur c’est qu’ils oublieront ce monde prompte­ment et se fer­ont les enne­mis de leurs pères. Antoine n’imaginait plus à quinze ans que son avenir pût se dérouler ailleurs que dans les régions où réson­nent les plaques de tôle, où l’on rive, où l’on frappe, où les sirènes à vapeur met­tent le ciel en lam­beaux, et où gran­dis­sent les hauts squelettes des chantiers. Il s’y voy­ait naïve­ment sous la fig­ure d’un chef. L’indifférence, la pas­siv­ité paysannes qu’il avait d’abord absorbées par tous les pores sous les arbres, au pied des collines usées du Fin­istère, s’évanouissaient à chaque mise en marche de moteur, à chaque départ de bateau, à chaque démar­rage de train. »

Antoine Bloyé, Paul Nizan, 1933.
Légende : La Bête humaine, Jean Renoir, 1938.

Comment peut-on être Breton?

INTERDIT DE CRACHER PAR TERRE ET DE PARLER BRETON

« Étrange ensevelisse­ment d’un peu­ple, si proche de Paris et pour­tant con­damné à vivre en retrait ou, pour mieux dire, en secret ! Passé le niveau des bour­geois et des fonc­tion­naires, on ne sait rien, en plein XIXe siè­cle, de ces pop­u­la­tions cornouail­laises, tré­goroises, van­netaises, qui con­stituent pour­tant une société avec sa langue, ses moeurs, ses tra­di­tions. Les rares ouvrages qui la décrivent nous mon­trent une eth­nie clanique totale­ment coupée de la France, con­trainte de s’exprimer par des media antérieurs, de pro­jeter, faute de livres, ses signes sur des objets ou des images. Le cos­tume, par exem­ple — ce cos­tume “pit­toresque” que les guides touris­tiques pré­ten­dent venu du fond des âges”. Rien de plus faux que cette anci­en­neté sup­posée LIRE LA SUITE