Le Monde du Mondo

Haï par les uns, détesté par les autres, le Mondo a fêté sa cinquantième année. Le chocumentaire, discret depuis les années 80, s’apprête à pousser un dernier râle. Jeptha, un réalisateur italien, veut mettre son poing final à l’histoire avec un film évidemment intitulé «Made in Italy».

Mondo: Genre de cinéma d’exploitation caractérisé par une approche pseudo-documentaire très crue, dont le montage et le choix des images mettent en avant un aspect racoleur ou choquant du thème (en privilégiant par exemple l’exotisme, le sexe et la violence).

Cette introduction au genre est parue dans le #116 de Trois Couleurs.

Ci-dessous, les interviews intégrales de Sébastien Gayraud et Maxime Lachaud, auteurs du livre Mondo Movies et films de cannibales – Reflets dans un œil mort et celle de Jephta, réalisateur de Made In Italy, un mondo-snuff qui sortira prochainement, s’il parvient à rester vivant.

Le Mondo est un genre relativement haï et déconsidéré. Pourquoi ?
Sébastien Gayraud: Dès le départ, en effet, le genre a créé la polémique, en grande partie à cause de sa violence mais pas seulement. La critique de l’époque dénonçait la nature falsificatrice de ses images, qui trahissait selon eux le but originel du cinéma documentaire, explication qui à notre avis ne tient pas la route face à une analyse sérieuse. En fait, on reprochait au Mondo de faire du commerce en montrant des scènes qui offensaient les bonnes consciences. Jacopetti et Prosperi, les pionniers du genre, projetaient à la face du public une vision si noire qu’elle ne pouvait que déclencher l’hostilité. On peut dire en tout cas que la haine que suscite le genre ne s’est pas calmée avec le temps, bien au contraire. L’accusation de racisme, de fascisme et d’exploitation humaine est toujours présente dans les commentaires. Il semblerait que ce qui reste le propos central du Mondo, à savoir montrer l’humain sous un angle cynique, moqueur et volontiers misanthrope, passe encore moins bien dans les années 2000 qu’il ne passait dans les années 60.

Maxime Lachaud: Si le genre a été haï et le reste c’est avant tout parce qu’il montre une réalité que personne ne veut voir, représenter l’être humain comme une marionnette de carnaval dans cette grande pièce de théâtre qu’est la vie sur terre semble aller à l’encontre de ce que certaines personnes cherchent en allant dans une salle de cinéma. On en revient toujours à cet éternel débat entre le laid et le beau, entre le sublime et le grotesque. Le Mondo va chercher dans ces territoires tabous que l’on ne veut voir : la maladie, la mort, la mutilation, la vieillesse, le sexe triste et les perversions sexuelles, l’exploitation de l’homme par l’homme, la bestialité, etc. En confrontant ces images à des musiques grandioses ou des scènes de tourisme exotiques, les réalisateurs cherchaient à provoquer des émotions fortes chez le public, du « sensationnalisme » au bon sens du terme. Il ne faut pas oublier que des ambulances attendaient à la sortie des salles lors de certaines projections. Le but de ces cinéastes n’était pas de se faire aimer, mais de proposer une esthétique inédite, brouillant les pistes entre information et divertissement.

Y a t-il toujours un public pour le Mondo ? A t-il profondément changé depuis les années 60 ?
SG: Il est assez difficile, cinquante ans après, de se faire une idée exacte du public des années 60. C’était vraisemblablement un public populaire qui venait chercher de l’exotisme et des sensations fortes dans les salles obscures. C’est là où il y a une différence fondamentale avec le public actuel, qui s’éloigne de plus en plus du cinéma, est saturé en permanence de vidéos et de multimédia et pour qui la consommation d’images choc est devenue une réalité banale. Il est évident que, pour cette raison, le Mondo a depuis longtemps perdu sa raison d’être et qu’il serait impossible de le replacer dans le contexte contemporain. Néanmoins, les quelques projections et débats auxquels nous avons eu la chance de participer prouvent qu’il reste malgré tout une certaine curiosité autour de ces films un peu maudits, invisibles et parfois un vrai plaisir à les redécouvrir. Cela concerne un petit groupe de passionnés, plus qu’un « public » au sens entendu du terme.

ML: Nous avons pu rencontrer des personnes ayant assisté à des projections de ces films dits « interdits » dans les années 60 ou 70 et ils venaient de tous les milieux, ces longs métrages en appelant à un voyeurisme primaire qui concerne tout être humain, surtout à une époque où ce genre d’images n’étaient pas représentées à la télévision. Le public aujourd’hui est tout aussi varié. Lors des projections que nous avons animées, nous avons constaté un public assez jeune, adepte des blogs de téléchargements ou étudiants en art ou en anthropologie, mais pas que. Il y avait aussi des professeurs, des informaticiens, des agriculteurs, des psychanalystes, des musiciens, des chômeurs, un peu de tout. En revanche, ils regardent tous ces films avec la même curiosité avec laquelle on regardait les films muets quand on était enfant, comme les témoignages d’une époque révolue et des objets de réflexion quant à ce qui a été et ce qui n’est plus. Le Mondo possède cette capacité indéniable à nous faire penser notre présent et notre rapport à l’information et aux médias, même si certaines réalisations datent d’il y a une cinquantaine d’années en arrière. Gualtiero Jacopetti voulait trouver un langage documentaire à l’image de la vie, imprévisible, perturbant, on peut dire qu’il a réussi, car ces œuvres restent étonnamment vivantes!

Qu’est ce qui a tué le Mondo selon vous ? Le boom de la VHS, les fausses suites (extra-italiennes), les snuff movies, la télé-réalité, Internet ? Le  Mondo préfigurait déjà tout ça finalement.
SG: La télévision et la vidéo ont bien sûr joué un grand rôle dans l’extinction du genre. D’un côté, le genre avait atteint sa limite dans la surenchère avec la série des Face à la Mort dès 1977 qui ouvrait la porte aux Death movies qui évacuaient l’exotisme pour se concentrer sur l’unique représentation de la mort. Il était difficile d’aller plus loin après ça, à moins de basculer dans le snuff. De l’autre côté, il y avait l’évolution d’une société qui tolérait de moins en moins ces représentations des pays du Tiers-monde teintées de colonialisme. C’était l’avènement du politiquement correct, de la culture bio et new age, etc. Enfin, il y avait aussi la mutation d’un cinéma qui se standardisait au format des blockbusters américains et qui avait étouffé ces systèmes de productions par genre comme en Italie. Concrètement, le Mondo était mort bien avant l’avènement du multimédia. Dès le milieu des années 80, il n’avait financièrement plus les moyens d’exister.

ML: Il reste encore étonnant de voir que des producteurs comme Alfredo Grimaldi (à qui l’on doit notamment certains films de Fellini et les westerns spaghetti de Sergio Leone) ait pu financer des réalisateurs comme les frères Castiglioni. Plus personne ne mettrait des sommes d’argent colossales dans ce genre de productions. Déjà, à l’époque, les productions qui copiaient le modèle Mondo Cane souffraient parfois de budgets bien moindres. Bien sûr la télévision, le boom de la VHS ont fait du mal au genre. Mais aussi qu’était-il possible de faire après un film terminal comme Cannibal Holocaust de Ruggero Deodato? Même si certains n’y ont vu qu’un simple film d’horreur de série Z, ce film était à la fois une satire et un hommage au genre. Les clins d’œil sont nombreux, et ce n’est pas un hasard si la musique a été assurée par Riz Ortolani. Ce long métrage sorti en 1980, plus que tout autre, a parachevé deux décennies de « chocumentaires » où il fallait aller toujours plus loin, comme dans une quête impossible et pathétique.

En dépit de sa nature ambiguë et de son voyeurisme facile, le Mondo a eu, à un moment donné, un rôle politique (incorrect), avec des films comme Africa Addio ou Addio Zio Tom
SG: Les réalisateurs de Mondo de la première génération avaient pour point commun d’appartenir à une classe bourgeoise italienne qui, par atavisme, avait une vision très colonialiste des pays non occidentaux. Ils filmaient donc ces pays comme ils les percevaient, à savoir comme des contrées un peu magiques de romans d’aventures. Mais là ou Jacopetti et Prosperi se sont démarqués de leurs contemporains, c’est en prenant ouvertement parti contre la manière dont la décolonisation africaine se produisait sous leurs yeux. Dans le contexte de le fin des années 60, c’était un point de vue considéré comme inacceptable par l’intelligentsia de gauche, d’où les violences et les procès que Africa Addio a engendré. Addio Zio Tom a reproduit la même polémique en traitant de l’esclavage des populations noires aux États-Unis. Là encore, la manière dont ils traitaient le sujet fut jugée insupportable par la critique car elle ne cadrait pas avec l’idéologie dominante de l’époque (et cela reste encore plus vrai aujourd’hui). 1968 a marqué une fracture entre l’ancienne génération conservatrice et les mouvements libertaires, mouvements dont se sont par ailleurs moqués bon nombre de Mondos.

ML: L’ironie ultime est que les réalisateurs avaient réalisé Addio Zio Tom pour se détacher de l’image de tortionnaires racistes qu’on leur avait collée sur le dos. C’est tout le contraire qui se produisit. On y vit une pure et simple incitation à la haine. Donc inutile de préciser que leur pensée politique était à mille lieues des courants dominants de l’époque. Nous ne pourrions revenir ici dans les détails sur le procès qui s’est tenu et où Gualtiero Jacopetti a été accusé de complicité de meurtre sur le tournage d’Africa Addio (il fut acquitté, nous précisons) mais, déjà à cette époque, le fantasme de la mort orchestrée pour les besoins de l’image sensationnelle était dans les esprits. Le film La Cible dans l’Oeil (1967) de Paolo Cavara, le troisième larron à l’origine du film fondateur Mondo Cane, offre déjà une réflexion sur cette quête de l’image-choc à tout prix, bien avant que le terme « snuff » ne soit popularisé dans la seconde moitié des années 70.

Comment les italiens traditionnels ont perçu les Mondo à l’époque ? Ces cinéastes se positionnaient contre le néo-réalisme ?
SG: En fait, c’est une problématique plus complexe que cela. Le Mondo ne s’opposait pas tant que ça au néo-réalisme (Deodato, par exemple, avait travaillé avec Rosselini et revendiquait son influence dans le côté cru de l’image) mais plutôt à une certaine forme de documentaire tel qu’il était conçu par la critique européenne et notamment française. Freddy Buache, par exemple, disait clairement que l’Italie était incapable de produire du documentaire décent. Le public italien, lui, y voyait surtout l’occasion d’avoir accès à de images tabous et érotiques que l’on ne pouvait pas voir ailleurs. L’un des prototypes du genre, Mondo di Notte de Luigi Vanzi, avait ainsi battu en termes d’entrées tous les grands films de l’époque, en présentant des scènes de striptease interdites par les autorités catholiques. Bien qu’ayant ses racines dans le cinéma populaire, le Mondo avait aussi son pendant conceptuel et expérimental. Il a inspiré notamment des artistes comme Jim G. Ballard, Pasolini ou plus récemment Lars Von Trier.

ML: Le mondo ne s’oppose pas au néo-réalisme, ses racines sont juste ailleurs. On peut en trouver les prémices dans les films d’explorateurs des années 20 et 30, les films de jungle, le photo-reportage, les films sexy italiens mais aussi dans les courants d’avant-garde. Il est intéressant de voir qu’en même temps que Jacopetti et ses compères mettaient en place une esthétique du collage visuel, William S. Burroughs et Brion Gysin expérimentaient la technique du cut-up. Les suiveurs ont souvent oublié cette dimension très arty et intellectuelle pour n’en garder que le prétexte à montrer des seins nus et des personnages dégénérés.

Y a t-il eu des Mondo produits en France ?
SG: La production française de Mondo diffère des productions italiennes, américaines ou même allemandes car son système était très différent. La maison Eurociné reste bien sûr celle qui a le plus œuvré dans le genre mais on peut citer des co-productions franco-italiennes comme Ce Monde Interdit. Le problème est qu’il existe en France un tabou autour de ces films qui rend difficile la recherche d’informations. Les derniers titres des années 80, de loin les plus extrêmes, font l’objet de la part de ceux qui les ont faits d’un silence tenace. Chantal Lasbats, réalisatrice des Interdits du monde, a ainsi d’abord refusé de nous parler, croyant que nous étions envoyés par Vidéo Gag ! Finalement, elle s’est ravisée et nous a raconté l’histoire de son film, avec les messes noires filmées Porte de Pantin, les incursions dans les milieux SM parisiens et les rituels vaudou au Togo qui tournaient mal… A l’inverse, un réalisateur comme Gilles Dellanoy n’a jamais donné suite à nos demandes.

ML: Il faut préciser que la France a eu son Mondo Cane avec le film L’Amérique Insolite (1960) de François Reichenbach. Ce long métrage pourra sembler bien innocent aujourd’hui mais le réalisateur mettait en place une nouvelle forme d’esthétique carnavalesque qui en influencerait beaucoup. Il est d’ailleurs intéressant de voir que quinze ans plus tard il réalisera le portrait inversé de L’Amérique Insolite avec Sex O’Clock USA, dans lequel tous les codes du Mondo ont été intégrés pour un spectacle pathétique et tragi-comique d’Américains réduits à un rapport de maître-esclave dans des décors d’appartements sordides, de back rooms et de sex shops. Aujourd’hui un brin oublié, Reichenbach a pourtant marqué Les interdits du monde, de l’aveu même de la réalisatrice, et d’autres exemples français du genre.

Quel est votre mondo préféré ? Le pire ?
SG: Comme dans tous les genres cinématographiques, il arrive parfois que l’on préfère certains petits films imparfaits à des chefs-d’œuvre incontournables. C’est pourquoi je conserve un faible pour La France Interdite, film des plus mal considérés mais qui, avec ses deux frères jumeaux que sont Les Interdits du Monde et Carré Blanc, forme une trilogie des années 80 assez fascinante d’étrangeté. Sinon, le pire pour moi reste Virginité Interdite, autre film français qui fait la tournée des sex shops de Pigalle, une vraie purge celui-là dont je n’ai jamais vu la fin !

ML: Bien sûr, les films de Gualtiero Jacopetti et Franco Prosperi (Mondo Cane, Africa Addio, Addio Zio Tom ou Mondo Candido) restent des films fascinants, dont on ne fera jamais le tour. Les documentaires extrêmes des frères Castiglioni nous ont également profondément marqués et c’est pour cela que nous avons souhaité rencontrer les réalisateurs directement dans leur cadre de vie en Lombardie, là où se trouve leur musée. Seul le film Nuova Guinea, l’Isola dei Cannibali (1974) d’Akira Ide peut se vanter de montrer quelques séquences aussi fortes que celles que l’on peut voir dans les cinq films des jumeaux milanais. A titre personnel, j’ai une affection très forte pour Des Morts de Thierry Zéno mais là encore s’agit-il vraiment d’un Mondo? Le réalisateur s’en est défendu et il nous a précisé, lorsque nous avons pu le rencontrer, qu’il existe un autre montage du film qui justement a essayé de gommer tous les codes qui auraient pu le lier au genre. Mon goût pour la thématique morbide et les ambiances paranoïaques de fin du monde m’amène aussi à apprécier des titres commeThe Killing of America (1982) et Dimensione Violenza (1984). Dans un autre registre, j’ai une grande tendresse pour les travaux vidéos de vieux groupes industriels du début des années 80, comme SPK notamment avec Despair (1982), car à travers leur esthétique ils m’ont donné sans que je m’en rende compte les codes pour comprendre ce langage que je découvrirai bien plus tard avec les Mondo movies. Le pire film, je ne l’ai en fait jamais vu car je n’ai jamais tenu plus de cinq minutes, c’est le troisième épisode de la série des Traces of Death, tout simplement car il y a une musique heavy metal et hard rock tout du long et que j’ai une aversion totale pour ce type de sons.

Où est la subversion au cinéma aujourd’hui ?
SG: Certainement pas en tout cas dans ce que les médias branchés regroupent sous des termes comme « gore » ou « trash ». Aujourd’hui, la fausse provocation est devenue un tel marché commercial qu’il est devenu impossible de trouver la moindre authenticité dans une production où le politiquement correct a tous nivelé. La réalité est qu’il serait impossible de tourner aujourd’hui bon nombre de films des années 60 et 70 en raison des nouveaux tabous politiques et sociaux qui régissent le monde actuel. La censure actuelle est invisible car elle se situe désormais en amont de la production audiovisuelle. C’est pourquoi, s’il reste une quelconque forme de subversion, elle réside moins dans le rapport à la violence (qui est intégrée depuis longtemps à la télévision et dans les séries, notamment) que dans une certaine manière de contourner les clichés dominants pour aller vers une forme d’intelligence artistique. Certains réalisateurs actuels y parviennent, mais au prix de grandes difficultés et d’une lutte permanente avec le public. On peut citer Nicolas Winding Refn, dont le dernier film, Only God Forgives, impose une certaine exigence loin de ce que l’on attendait de lui, où dans un autre genre, une nouvelle auteur comme Katrin Gebbe dont le Tore Tanzt nous a particulièrement touchés…

ML: La subversion aujourd’hui serait dans un cinéma qui ne donne pas de réponses, qui joue de l’ambiguïté, que serait mystique sans jamais tomber dans le social et le politiquement correct, un cinéma qui sclérose les attentes, anéantit les codes préétablis. La surenchère d’A Serbian Film ou The Human Centipede ne fait figure aujourd’hui que de divertissements grand-guignolesques. La pornographie ou la mort ne choquent plus personne, elles sont devenues des clichés. La subversion c’est l’art de déstabiliser, c’est faire pénétrer le spectateur dans un monde ou une réflexion à laquelle il ne veut pas faire face. C’est l’art aussi de s’immiscer dans des milieux différents. Un film ne choquera pas tel public mais fera péter les plombs à d’autres. La subversion ne se limite donc pas seulement aux films mais aussi aux contextes dans lesquels ils sont montrés. Une fois, j’ai assisté à une conférence universitaire philosophique dans le cadre d’une salle de spectacle habituée aux concerts de rock ou de techno, le public est entré dans une rage incontrôlable devant quelque chose qu’ils jugeaient inadmissibles car crypté et trop complexe à comprendre. C’est là que se situe le subversif aujourd’hui, selon moi.



On ne sait pas grand chose à propos de « Made in Italy » ni de son scénario. Pourquoi ce nom et pourquoi l’utilisation d’un pseudonyme ?
Jephta: En dehors de notre pays, le « Made in Italy » est synonyme de qualité et d’élégance. Pour les Italiens, c’est une source de fierté. Dans notre film, nous allons montrer le revers de la médaille, et observer l’anatomie du pouvoir de destruction italien. Faits impensables, histoires inacceptables, productions abominables (comme celle qu’on peut déjà voir dans la bande-annonce) – une réalité exclusivement italienne. C’est ce « Made in Italy » dont les Italiens devraient avoir honte. Certains pensent même que l’Apocalypse est un produit italien… Le pseudonyme? Juste une question de sécurité. Avec notre travail, nous nous sommes fait des ennemis, capables de tout.

Qu’est ce qui t’a donné envie de réaliser un Mondo en 2013 ? C’est ton premier film ?
Je crois que la réputation du Mondo s’est ruinée au fil du temps, avec l’apparition du shockumentary. Les premiers mondo films, ceux de Jacopetti, étaient trempés dans l’innovation, le courage, l’honnêteté et la liberté d’expression. Ça peut sembler paradoxal, mais j’attribue à ces films une sorte de pureté, une forme d’innocence ancestrale. Cela dit, « Made in Italy » n’est pas un film facile à classer. Pour raconter certaines histoires, son squelette devait s’apparenter à celui d’un Mondo. Mais j’espère que le public peut saisir d’autres références cinématographiques. Mon film n’est pas un choix mais une vocation: je crois fermement que Made in Italy est un film nécessaire (il est actuellement en post-production). Ce n’est pas mon premier film. Nous sommes tous des professionnels qui travaillons pour le cinéma et la télévision, bien que généralement nous nous occupons de productions plus «digestes».

Tu as écris que ton projet allait changer le rapport entre Internet et le cinéma…
J’anticipe un peu. Un petit exemple, on peut voir une expérience de survie que nous documentons en direct sur notre site Internet, à la page « Live ».

Qu’est ce qui a tué le Mondo selon toi ?
Dans les premiers Mondo, les images choquantes n’étaient pas gratuites. Elles faisaient partie d’un langage complexe et, à certains égards, raffiné. Mais, comme je l’ai dit, le genre a été repris par des malfaiteurs qui l’ont « dégénéré » en produisant des chocumentaires, des films où les images-choc représentent une fin en soi. Ce sont eux les véritables ancêtres de la real TV, des snuffs et de Youtube… Je pense qu’une distinction doit être faite, notamment en termes de cible. Les vrais fans du cinéma de Jacopetti ne sont pas intéressés par ces vidéos choquantes qu’on peut voir sur Internet.

Les italiens sont-ils toujours amoureux du cinéma ?
Je pense qu’au fil des années, le public italien a perdu son goût pour les films d’art et d’essai et les expérimentations cinématographiques. C’était différent après la guerre, jusqu’aux années 70, quand triomphaient des superstars tels que Rossellini et Pasolini. Ce fut le terreau qui fit pousser de nouveaux films, comme Mondo Cane. Aujourd’hui, franchement, je ne sais pas ce que notre film doit attendre du marché italien.

Quel est ton mondo préféré ?
« Mondo Cane 2 ». La bande originale est aussi raffinée que les images sont puissantes.

Le cinéma italien est tombé depuis les années 80. Tu sens qu’une nouvelle génération de metteurs en scène est capable de faire brûler la flamme à nouveau ?
Je suis très radical sur la question. Je crois que la décadence du cinéma italien n’est pas due à une insuffisance ou à un manque de préparation des auteurs. Les distributeurs ne sont pas assez courageux! Il est vrai aussi que le public n’a cessé de demander quelque chose de plus au cinéma, vu qu’il est habitué au cinéma Hollywoodien en trois actes. En Italie, les seules idées audacieuses et novatrices semblent provenir du cinéma de Michelangelo Frammartino.

Ton avis sur le « found footage » ?
C’est une bonne façon de faire des films à succès avec peu d’argent et une idée gagnante. Mais je suis toujours en attente d’un Koyaanisgatsi version horreur.

Où est la subversion au cinéma aujourd’hui ?
Je ne vois pas vraiment où la trouver. J’aime cependant l’inventivité de Paul Thomas Anderson et le cinéma bizarre de Kim Ki-duk.

(Merci à Maxime Lachaud pour les images)

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