TOUS LES ARTICLES PHILOSOPHIE

La faculté de se détacher de tout

« Il est grand temps main­tenant de nous poser la ques­tion cap­i­tale et de chercher la cause de cette expres­sion morne et ten­due, cette expres­sion de hâte et de fièvre – cette expres­sion à la fois si apathique et si anx­ieuse, d’où sont absentes la joie de vivre et la paix – qui se lit sur le vis­age des pas­sants que nous croi­sons dans les grandes métrop­o­les occi­den­tales. C’est une expres­sion exacte­ment sem­blable, en fait, à celle que l’on pour­rait observer sur les traits des four­mis, les plus mis­érables des insectes asservis à la cou­tume. Si un film nous mon­trait des images de four­mis en gros plans géants, nous auri­ons à coup sûr l’impression de nous voir dans un miroir ! LIRE LA SUITE

L’ultima intervista

Annie hait les sucettes

« Com­ment le par­adis néo-féministe ne serait-il pas men­acé dès que la ten­ta­tion de la solu­tion amoureuse appa­raît pour laisser sup­poser, même néga­tive­ment, que tout rap­port sex­uel engen­dre une mul­ti­plic­ité de présences fan­tas­ma­tiques, féminines et mas­cu­lines ? Ou encore que la mis­ère des rap­ports humains ne tient pas plus à un sexe qu’à l’autre mais à une mis­ère sex­uelle dom­i­nante que le néo-féminisme con­tribue à ren­forcer en enfer­mant les femmes dans un par­tic­u­lar­isme à la portée de toutes et dont le tri­om­phal­isme peut seule­ment dis­traire celles-ci des causes pro­fondes de ce malheur ?

Car enfin, com­ment les femmes, faute d’avoir pu ou su aimer les hommes, n’en pourraient-elles que mieux aimer les femmes ? Je ne com­prends pas que celles qui depuis tou­jours ont eu le goût des femmes ne se soient pas déjà insurgées de voir le les­bian­isme devenir en quelques années la posi­tion de repli sex­uel par excel­lence. A la lueur du néo-féminisme, l’homosexualité fémi­nine n’est plus que la car­i­ca­ture d’elle-même; avant d’avoir été recon­nue comme un des paysages de l’amour, la voici dev­enue le triste maquis d’où on peut haïr l’homme sans grand dan­ger : il suf­fit de hurler avec les lou­ves. »
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Au diable la Société !

« Avoir besoin de con­nais­sances, c’est avouer ouverte­ment l’absence en soi du vrai bon­heur – avouer le tarisse­ment de sa vie intérieure. Tout indi­vidu véri­ta­ble­ment heureux vit dans un univers imag­i­naire per­son­nel – ou plutôt un univers imag­i­naire créé par sa dou­ble nature pro­pre et celle de son parte­naire, sous les aus­pices de la nature dou­ble de la Cause Première.

La plus grande illu­sion du monde naît du culte tribal de l’activité sociale, qui remonte aux hordes de chas­seurs et de guer­ri­ers des temps préhis­toriques. Le seul résul­tat béné­fique de la mécan­i­sa­tion du monde mod­erne, c’est d’avoir libéré l’individu de cette bar­barie trib­ale qui con­siste à accorder aux tâches effec­tuées pour la tribu plus d’importance qu’elles n’en ont en réal­ité. Il faut bien que ces tâches s’accomplissent; il faut bien quelqu’un pour les faire; il est vil et mesquin de s’y sous­traire. Mais de là à les pren­dre au sérieux, jusqu’à y voir le but même de l’existence, il y a loin ! » LIRE LA SUITE

Le mouton enragé

« J’étais un sale type à un moment, je l’ai payé cher. J’aimais bien les femmes et je n’étais pas tou­jours très gen­til. Cela m’a beau­coup tour­menté mais j’ai sou­vent été l’arroseur arrosé égale­ment. Après, quand on est marié, par­fois l’autre nous énerve, et même si on l’aime beau­coup, on a envie d’autres femmes. A cette époque, je n’étais pas très fréquentable, je suis bien mieux depuis. Après, il y a les romances de tour­nage, j’étais assez joli et comme je n’avais pas grand-chose à racon­ter, je ne dis­ais rien. Une fois qu’elles me con­nais­saient en revanche, je ne fai­sais plus illusion… »

Jean-Louis Trintig­nant, So Film #54, 2017.

Le sale mec

« Aimant assez la logique des mots, je vais essayer de m’y can­ton­ner, espérant ne pas me faire trop de nou­veaux enne­mis. Je suis nanti en ce domaine.

Le cinéma intel­lectuel n’existe pas, n’a jamais existé, n’existera jamais.

Le cinéma n’est pas un art.

Les gens qui entrent dans une salle de cinéma s’appellent des spec­ta­teurs. Le cinéma est donc un spec­ta­cle. Un grand film est des­tiné à plaire à des mil­lions de spec­ta­teurs. On ne fait pas de l’art pour autant de gens. Il faudrait, par con­séquent, faire des petits films. Or, le but d’un cinéaste est de faire des grands films. Du moins quand il le peut.

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2017

Célébrer la médiocrité

« Il importe de se rap­peler que Wil­son sor­tit Let’s Talk About Love à un instant charnière du jour­nal­isme musi­cal, alors que le légendaire essai de K. San­neh sur le « rock­ism », paru en 2004 dans le New York Times, était encore rel­a­tive­ment frais. L’écrit de San­neh fit pren­dre con­science d’un mou­ve­ment anti-rockism qui ser­vait une fin précieuse : il per­mit aux cri­tiques de dépasser les lim­ites du canon, leur donna la chance de con­tex­tu­aliser leurs pro­pres préférences en matière de goût et d’avouer leurs plaisirs (et déplaisirs) hon­teux en ter­mes de pop, d’une manière qui coïncidait avec l’essor du « pop­ti­mism » cul­turel. Or, en 2013, une réaction bru­tale éclata con­tre la pop d’évasion, celle qui est vue comme plate ou fuyant la réalité – con­sul­tez par exem­ple la polémique lancée par Rick Moody, « I Dared Crit­i­cize Tay­lor Swift » (« J’ai osé cri­ti­quer Tay­lor Swift ») sur le site Salon.com en février 2013 et les com­men­taires qu’il a suscités. LIRE LA SUITE

Être peu et se bat­tre con­tre le nombre

« Je doute fort qu’un jeune d’aujourd’hui puisse être intéressé par un vers, un coup de pinceau, un son qui ne com­porte pas un reflet ironique. Après tout, ce n’est pas com­plète­ment nou­veau, ni comme idée ni comme théorie. Au début du XIXe siè­cle, un groupe de roman­tiques alle­mands con­duit par les frères Schlegel proclama l’Ironie comme caté­gorie esthé­tique suprême pour des raisons qui coïn­ci­dent avec la nou­velle inten­tion de l’art. Celui-ci ne se jus­ti­fie pas s’il se lim­ite à repro­duire la réal­ité, la dupli­quant en vain. Sa mis­sion con­siste à sus­citer un hori­zon irréel. Pour y arriver, il n’existe pas d’autres moyens que de nier notre réal­ité, en nous situ­ant par cet acte au-dessus d’elle. Être artiste équiv­aut à ne pas pren­dre au sérieux l’homme si sérieux que nous sommes lorsque nous ne sommes pas artistes. LIRE LA SUITE

Hate explains everything

« Le pre­mier dis­cours de haine de l’Amérique fut la loi de sédi­tion de 1798. A peine vingt ans après la Déc­la­ra­tion d’Indépendance qui ren­ver­sait le gou­verne­ment bri­tan­nique par la force, les États-Unis rendaient crim­inel le fait de ren­verser le gou­verne­ment par la force. Voilà le nou­veau patron, le même que l’ancien. Il était désor­mais con­damnable de dire ou de pub­lier des choses qui pour­raient “exciter les haines pop­u­laires” con­tre les respon­s­ables gou­verne­men­taux. Alors peut-être que toute cette mas­ca­rade à pro­pos du “dis­cours de haine” a moins à voir avec le racisme qu’elle a à voir avec la cri­tique du gou­verne­ment. Voilà com­ment décom­poser le cour­roux du dis­cours haineux. LIRE LA SUITE