TOUS LES ARTICLES PHILOSOPHIE

Le mouton enragé

« J’étais un sale type à un moment, je l’ai payé cher. J’aimais bien les femmes et je n’étais pas tou­jours très gen­til. Cela m’a beau­coup tour­menté mais j’ai sou­vent été l’arroseur arrosé égale­ment. Après, quand on est marié, par­fois l’autre nous énerve, et même si on l’aime beau­coup, on a envie d’autres femmes. A cette époque, je n’étais pas très fréquentable, je suis bien mieux depuis. Après, il y a les romances de tour­nage, j’étais assez joli et comme je n’avais pas grand-chose à racon­ter, je ne dis­ais rien. Une fois qu’elles me con­nais­saient en revanche, je ne fai­sais plus illusion… »

Jean-Louis Trintig­nant, So Film #54, 2017.

Le sale mec

« Aimant assez la logique des mots, je vais essayer de m’y can­ton­ner, espérant ne pas me faire trop de nou­veaux enne­mis. Je suis nanti en ce domaine.

Le cinéma intel­lectuel n’existe pas, n’a jamais existé, n’existera jamais.

Le cinéma n’est pas un art.

Les gens qui entrent dans une salle de cinéma s’appellent des spec­ta­teurs. Le cinéma est donc un spec­ta­cle. Un grand film est des­tiné à plaire à des mil­lions de spec­ta­teurs. On ne fait pas de l’art pour autant de gens. Il faudrait, par con­séquent, faire des petits films. Or, le but d’un cinéaste est de faire des grands films. Du moins quand il le peut.

LIRE LA SUITE

2017

Célébrer la médiocrité

« Il importe de se rap­peler que Wil­son sor­tit Let’s Talk About Love à un instant charnière du jour­nal­isme musi­cal, alors que le légendaire essai de K. San­neh sur le « rock­ism », paru en 2004 dans le New York Times, était encore rel­a­tive­ment frais. L’écrit de San­neh fit pren­dre con­science d’un mou­ve­ment anti-rockism qui ser­vait une fin précieuse : il per­mit aux cri­tiques de dépasser les lim­ites du canon, leur donna la chance de con­tex­tu­aliser leurs pro­pres préférences en matière de goût et d’avouer leurs plaisirs (et déplaisirs) hon­teux en ter­mes de pop, d’une manière qui coïncidait avec l’essor du « pop­ti­mism » cul­turel. Or, en 2013, une réaction bru­tale éclata con­tre la pop d’évasion, celle qui est vue comme plate ou fuyant la réalité – con­sul­tez par exem­ple la polémique lancée par Rick Moody, « I Dared Crit­i­cize Tay­lor Swift » (« J’ai osé cri­ti­quer Tay­lor Swift ») sur le site Salon.com en février 2013 et les com­men­taires qu’il a suscités. LIRE LA SUITE

Être peu et se bat­tre con­tre le nombre

« Je doute fort qu’un jeune d’aujourd’hui puisse être intéressé par un vers, un coup de pinceau, un son qui ne com­porte pas un reflet ironique. Après tout, ce n’est pas com­plète­ment nou­veau, ni comme idée ni comme théorie. Au début du XIXe siè­cle, un groupe de roman­tiques alle­mands con­duit par les frères Schlegel proclama l’Ironie comme caté­gorie esthé­tique suprême pour des raisons qui coïn­ci­dent avec la nou­velle inten­tion de l’art. Celui-ci ne se jus­ti­fie pas s’il se lim­ite à repro­duire la réal­ité, la dupli­quant en vain. Sa mis­sion con­siste à sus­citer un hori­zon irréel. Pour y arriver, il n’existe pas d’autres moyens que de nier notre réal­ité, en nous situ­ant par cet acte au-dessus d’elle. Être artiste équiv­aut à ne pas pren­dre au sérieux l’homme si sérieux que nous sommes lorsque nous ne sommes pas artistes. LIRE LA SUITE

Hate explains everything

« Le pre­mier dis­cours de haine de l’Amérique fut la loi de sédi­tion de 1798. A peine vingt ans après la Déc­la­ra­tion d’Indépendance qui ren­ver­sait le gou­verne­ment bri­tan­nique par la force, les États-Unis rendaient crim­inel le fait de ren­verser le gou­verne­ment par la force. Voilà le nou­veau patron, le même que l’ancien. Il était désor­mais con­damnable de dire ou de pub­lier des choses qui pour­raient “exciter les haines pop­u­laires” con­tre les respon­s­ables gou­verne­men­taux. Alors peut-être que toute cette mas­ca­rade à pro­pos du “dis­cours de haine” a moins à voir avec le racisme qu’elle a à voir avec la cri­tique du gou­verne­ment. Voilà com­ment décom­poser le cour­roux du dis­cours haineux. LIRE LA SUITE

Tourisme et Islamisme

« Tourisme et islamisme se dressent main­tenant, et pour pas mal de temps sans doute, face-à-face, comme deux con­cep­tions du monde, comme deux visions de l’homme et de la société, comme deux doc­trines com­plètes et cohérentes, et qui impliquent un pro­gramme et une action. Pour être la dernière-née des grandes con­cep­tions du monde, le tourisme comme ensem­ble doc­tri­nal n’est d’ailleurs pas la moins bien armée, la moins rigoureuse, même si elle ne peut met­tre en avant aucun penseur d’envergure, à part les tour-opérateurs. C’est une grande pen­sée floue et pos­i­tive, qui prend appui sur la Géo­gra­phie comme suc­cesseur de l’Histoire, et qui à mon avis a l’avenir devant elle, con­traire­ment à l’islamisme, même si celui-ci peut encore faire d’horribles dégâts. Je ne vois pas ce qu’il y aurait à lui opposer. La seule chose intéres­sante par rap­port à cette grande pen­sée spon­tanée, incon­sciente, mou­vante, c’est de la faire émerger à la con­science. Je m’y emploie. LIRE LA SUITE

Denys Arcand : Du déclin aux ténèbres

LE DÉCLIN DE L’EMPIRE AMÉRICAIN (1986)



LIRE LA SUITE

Réappropriation !

« …je voudrais une nou­velle fois m’arrêter sur ce stéréo­type de la réap­pro­pri­a­tion de la cité, véri­ta­ble psittacisme que les nervis dada de la Mairie de Paris, mais pas seule­ment eux, ont sans cesse au bec. Récem­ment, dans un quo­ti­dien, on par­lait d’inciter les gens à “se réap­pro­prier les points d’accès pub­lic à l’Internet sans fil”, c’est-à-dire le réseau wi-fi, comme si quelque chose qui vient seule­ment d’apparaître pou­vait déjà avoir été mécham­ment dérobé et qu’il fal­lait par­tir à sa recon­quête. Qu’est-ce que c’est que cette affaire de réap­pro­pri­a­tion générale et de réap­pro­pri­a­tion de Paris en par­ti­c­ulier ? LIRE LA SUITE

Tout entendre, tout voir, tout montrer

« Niet­zsche dis­ait qu’on peut mourir d’être immor­tel; mais main­tenant ce qu’il faut dire c’est qu’on peut mourir d’être réel, et c’est tout le des­tin de notre monde de mourir d’être trop réel, d’être gavé de bien plus de réel qu’il n’en peut avaler et d’en mourir comme ce per­son­nage des Fic­tions de Borgès, Ire­neo Funes, qui meurt suf­fo­qué, lit­térale­ment engorgé de mémoire, parce qu’il est atteint de l’étrange mal­adie de ne rien pou­voir oublier, jamais. Nous c’est un peu le con­traire, nous oublions tout mais nous sommes obligés de tout voir, tout le temps, comme nous sommes obligés de tout enten­dre, nous sommes pris­on­niers de l’excès d’exhibition et de pré­ci­sion pornographiques, nous n’avons même plus le droit de détourner les yeux (ni les oreilles), ce serait une insulte à la con­fu­sion empathique des sen­ti­ments que com­mande la démoc­ra­tie ter­mi­nale pour que nous ne nous sen­tions plus jamais seuls. »

Fes­tivus fes­tivus, Philippe Muray, 2005.