KICKBACK: En noir et contre tout

Dans l’attente du brévi­aire «Tout ce que vous avez tou­jours voulu savoir sur Kick­back», voici un bilan d’anti-carrière du groupe le plus “insérez-un-adjectif-sulfureux” de France, réduit à un tri­dent bien aigu­isé com­posé de Stephen, Pas­cal et Damien. L’entretien s’est déroulé dans une cave du 18ème arrondisse­ment, véri­ta­ble par­adis ou pur­ga­toire pour rats de bib­lio­thèque. Le groupe était réuni géo­graphique­ment pour une tournée européenne fin 2012, qui n’était finale­ment pas la dernière puisqu’ils seront bien­tôt de retour. Une con­ver­sa­tion en 55 000 mots qui se révèle aussi longue et dis­parate que leur parcours.

La ver­sion allégée est con­sultable dans le n° V7N2 de VICE Mag­a­zine.
Les pho­tos inédites provi­en­nent des archives de Kick­back et de l’appareil de Mel­chior Tersen.

Vous vivez en Thaï­lande main­tenant c’est ça ?
Pas­cal: Pas du tout.
Stephen: Non non, y’a que moi qui vit là-bas mais per­sonne ne le sait. Je l’ai annoncé nulle part.
P: Moi je suis parisien à vie, j’ai mon abon­nement à Paris – mais pas au PSG.

Pourquoi t’es parti là-bas Stephen ?
S: Oh c’est plus pour des raisons per­sos, ça ren­tre pas dans Kick­back. Pour le dernier album, j’ai fait les voix là-bas.. Ca n’a rien à voir avec le groupe, ça fait longtemps que j’avais envie de me bar­rer. Le groupe exis­tait depuis 91, 20 ans, voilà quoi. J’ai tou­jours envie de faire des albums hein, c’est tou­jours un plaisir de bosser avec Pas­cal, Damien, de faire de la musique, des tournées, faire un groupe qui existe…
P: C’est vrai aussi que Damien, qui fait par­tie de Kick­back, a pas mal bougé, en Thaï­lande et ailleurs. Peut-être que c’est ça qui fait que les bruits courent.
Damien: Ouais, un moment on était tous là-bas, mais il y vit seul.
P: Voilà, c’est son petit jardin secret…

C’était quand la pre­mière fois ?
S:
J’y vais depuis 98. J’ai pris une claque dès la pre­mière fois que j’y suis allé. J’ai tou­jours voulu y retourner. La pre­mière fois, t’y vas en vacances donc c’est pas du tout la même démarche. J’avais envie de voir un peu ce qui s’y pas­sait, rester plus longtemps, m’immiscer dans le truc, et donc voilà, ça fait deux ans que j’y suis, ça passe super vite. Je suis allé partout en Thaï­lande mais surtout à Bangkok. Je reste quand même un rat des villes, et c’est une métro­pole assez hal­lu­ci­nante. J’y ai trouvé… l’envie d’y rester.

Vous n’avez jamais joué là-bas avec le groupe ?
S:
Ah non. Ca fait super longtemps qu’on devrait le faire mais Kick­back, au niveau de l’organisation…
D: On va le faire, on va le faire de toute façon.
P: Un peu plus de mécé­nat et on joue où vous voulez !
S: C’est prévu depuis super longtemps, on a des con­nex­ions, mais après, c’est pas qu’on est hand­i­capé mais bon, on n’a per­sonne der­rière nous, c’est galère.
P: On n’a pas tout le temps envie de se casser le cul non plus, on n’est pas allé jusqu’au Kib­boutz encore, à faire des pro­jets, des asso­ci­a­tions… Vu qu’on est un peu pré­ten­tieux aussi, si on pou­vait nous inviter là-bas, ou nous désirer un peu plus, on aurait foncé depuis longtemps. Ce n’est pas le cas non plus, mais ça se fera.
S: Oui, on n’a pas d’agenda, on n’est pas pressé. On a des envies, après, l’occasion fera le lar­ron. Je vois tous ces groupes qui exis­tent depuis un ou deux ans, qui ont déjà fait des tournées au Japon, des trucs comme ça, nous ça fait 20 ans qu’on existe et bon…
P: On n’a pas de plan de car­rière, on l’a pas encore ouvert en fait !
S: Puis c’est des struc­tures, des machins. Rien n’est com­pliqué remar­que, tu prends le bil­let, les gui­tares, on y va. On le fera pour nous. Ca a tou­jours été comme ça et ça le sera de plus en plus aujourd’hui.

Ça te manque pas les con­certs depuis que t’es parti ?
S:
Pas du tout ! Les con­certs ça fait super longtemps que j’en ai fait le tour, ça me fatigue le cerveau à un point.
D: Les con­certs faut arrêter quoi.
S: Et le live pareil. Ca n’a jamais été vrai­ment un besoin, c’était un plaisir. C’est impor­tant mais bon…
P: Surtout avec cette musique, c’est le para­doxe d’ailleurs.
S: Ca n’a jamais été un truc pri­mor­dial, c’est d’ailleurs pour ça que plein de fois c’est super parti en couilles, fal­lait bien qu’il se passe quelque chose. Parce que le live pour faire du live… Après c’est vrai que je suis con­tent, mais au départ, j’y vais tou­jours à recu­lons. C’est pas un truc qui me motive plus que ça. Et de plus en plus en vieillissant.

D’où les rumeurs du “groupe qui annule tout le temps”…
S:
Alors ça c’est n’importe quoi. Si tu veux on va par­ler de ça, les rumeurs et tout. Mais 99% des rumeurs ou des répu­ta­tions sont fausses. On en a fait des con­ner­ies, je peux t’en sor­tir, mais à chaque fois c’est à côté de la plaque. On existe depuis 20 ans, les con­certs qu’on a annulé c’était peut-être les dernières années où juste­ment…
D: On se fai­sait chier.
S: Y’avait plus vrai­ment d’actualité, les annu­la­tions ça a été avant “No sur­ren­der” mais c’est rien quoi.
P: On n’en a pas fait une dernière­ment ?
D: On l’a fait par ennui, parce que c’est tou­jours les mêmes salles, tou­jours les mêmes gueules…
P: Les mêmes looks, le même fonc­tion­nement… Je suis bien mieux devant un jeu vidéo ou un livre.
S: Bon moi j’ai mon cerveau qui ne fonc­tionne pas tou­jours for­cé­ment, mais j’ai l’impression qu’on a dû annuler 5 à 10 dates max­i­mum. C’est n’importe quoi.
D: C’est les gens frus­trés, mal à l’aise, ils ont payé leurs 10 euros pour leur petite place, ils vien­nent de province…
P: C’est même triste à dire, c’est telle­ment sur­fait, tout est sur­fait de toute façon, annu­la­tions et rumeurs. Tous les groupes se far­cis­sent ça, c’est presque inhérent au truc.
D: Et ça chiale, et ça chiale.
P: Comme si, dans cette musique, il fal­lait avoir un bon com­porte­ment, et y’a plein de choses, pas que ça, on y vien­dra sur d’autre sujets. A chaque fois, mais je pense que c’est dans la société entière, il faudrait avoir un com­porte­ment par­fait alors que déjà et d’une, on ne l’a jamais prôné, encore pire on prône l’inverse, et puis, qui donne l’exemple ? Que la masse de merde, que sont les gens, nous donne des leçons de morale, on rigole.
S: Il y a ma vie perso et après je fais de la musique à côté, donc il peut y avoir des évnène­ments dans ma vie que je con­sid­ère plus impor­tants, ou plus exci­tants, qu’aller faire un con­cert… Je sais que je les ai déjà envoyé chier parce que je suis parti dans des trucs, et on n’a pas fait le con­cert…
P: C’est plus chi­ant par rap­port au groupe que par rap­port aux autres en fait. Mais l’intérêt dans tout ça c’est de dire: est-ce qu’ils ont fait des bons dis­ques ? Est-ce que la musique est potable ? Ou ont-ils fait comme tous les autres: être à l’heure, faire des sourires, indi­quer la direc­tion du stand de t-shirts et foutre des albums en 5 min­utes qui col­lent à la mode du moment.
S: C’est pas pour ça qu’on a un mépris total hein, mais on a nos pri­or­ités.
P: On ne jouerait pas, si vrai­ment on n’avait du mépris, on ne serait pas devant des gens. On en a un petit peu quand même.

Pourquoi une tournée en Europe alors ?
S:
On peut le dire ?
P&D: Pour le fric !
P: Et aussi pour ban­der, faire une belle tournée.
D: Pour nous, pour jouer aussi.
P: Est-ce une si belle tournée que ça ?
D: Elle est nulle à chier !
P: Voilà, il s’est passé un truc, on avait envie de jouer.
D: Une énergie !
S: Ça fait deux ans que je suis plus en France, on a fait un album il y a un an et demi, ça fai­sait 3 ans qu’on n’avait pas joué, le label nous a demandé si ça nous chauf­fait, et on a dit oui.
P: En plus, quand on dit pour le fric… Je suis allé au cinéma, j’ai vu une pub d’Orelsan pour Reebok. J’imagine que lui en faisant sa petite pub de 5 min­utes en marchant dans une rue, il va se faire plus de fric que nous en faisant… 10 dates.
S: Puis moi, c’est aussi un plaisir de me retrou­ver avec Damien et Pas­cal.
P: On va faire de la bonne musique avec le nou­veau bat­teur en plus.
S: Et c’est agréable de jouer des nou­veaux morceaux surtout.
P: Plus on nous forcera, moins on le fera, toute per­sonne hon­nête est comme ça. Ce sera peut être la tournée où il fau­dra être justement.

Le fait que c’est toi Stephen qui aies choisi l’affiche de Paris en plus.
S:
Quand on m’a parlé de la date à Paris, je leur ai dit: on fait quelque chose ou pas ? Parce que si on fait rien, on va se taper les daubes habituelles, comme on va se les taper dans toutes les autres villes. Les daubes par rap­port à ce que moi j’aime, ce que j’ai envie d’écouter. La plu­part du temps je m’en fous mais là, on s’est dit: pourquoi pas ?
P: Vu qu’on joue jamais à Paris en plus.
S: En général quand on fai­sait des dates à Paris, j’essayais de met­tre des groupes que j’aimais bien, je fai­sais venir des groupes de Bel­gique… Là j’ai essayé de réfléchir un peu, de voir ce qui me plai­sait dans le paysage français. Cobra m’intriguait, j’avais envie d’en savoir un peu plus. C’est aussi une expéri­ence, parce que Cobra ça me plaît, mais sous un cer­tain angle, j’ai envie de voir ce qui se passe der­rière donc c’est aussi une occa­sion de ren­con­trer les gens. Et la même chose pour Yus­suf Jerusalem, au-delà du fait qu’il fasse du garage comme 20 000 groupes qui font du garage, y’a une imagerie et un per­son­nage qui m’ont l’air assez intéres­sant. Je me suis fait plaisir. Après, ce que va en penser le pub­lic, je m’en bats car­ré­ment. Comme d’habitude avec Kick­back les gens sont com­plète­ment à côté de la plaque. Même les mecs qui soi-disant com­pren­nent le groupe vont nous coller un sous-Eye Hate God ou un sous-machin, en pen­sant nous faire plaisir, ce qui est rarement le cas. Et puis j’aime bien, c’est français, ça donne un côté assez dif­férent. Y’a quand même une cer­taine ligne direc­trice j’ai l’impression, enfin on verra. C’est aussi un point d’interrogation. Plus ce sera décalé, plus ce sera drôle.

C’est quoi votre line-up fixe ?
S:
Nous 3. Voilà, Kick­back c’est ça, tout est fait ici de A à Z. Après y’a un line-up live, Waner, et là on a un nou­veau bat­teur. De toute façon, t’as bien vu, on n’a pas une actu­al­ité qui fait qu’on est des mer­ce­naires.

Vous prévoyez un nou­veau disque d’ailleurs ?
S:
Moi j’aimerais bien… mais y’a plus de jus.
D: Mais si, mais si.
S: Damien ne vient pas du tout du hard­core. Moi ça fai­sait des années que je voulais sor­tir Kick­back de ce car­can…
P: Musi­caliser un peu plus.
S: J’ai tou­jours été un peu otage des mecs avec qui je jouais, comme je ne com­po­sais pas. En même temps ça me plai­sait, puisqu’au départ on a fait un groupe de gens, mais j’ai vite voulu évoluer. Quand Damien est arrivé, c’était par­fait. Après on a con­tinué à faire Kick­back, même avec un min­i­mum de règles…
P: Oui, il y a le dogme, le cahier des charges.
S: Que Damien a respecté. On n’a pas vrai­ment de règles mais si on s’écarte trop, c’est plus Kick­back.
D: On va le faire avec la tournée, on va recréer une énergie à trois. On va jouer, et peut-être qu’on ira voir ailleurs, c’est sûr.
S: Je suis sat­is­fait à 100% de l’évolution du groupe. Ils m’ont fait venir pour la tournée, et ça m’excite pas plus que ça. Mais quand on me dit “viens on a des nou­veaux morceaux, on ren­tre en stu­dio pour faire un album”, moi j’adore ça. Alors que le live…
P: Et pour­tant c’est une musique de live.
D: Bah oui ! Le hard­core, c’est live.
P: Cette énergie il faut qu’elle s’expulse en live, plus que sur une chaîne hi-fi. Sinon on ferait des trucs bien plus mélodiques, comme on fait pour Diap­siquir. Ce qui marche dans ce style c’est aussi des trucs très sim­plistes, comme la techno quoi. Si tu veux faire de la bonne techno faut que ça fasse danser les gens.
S: Quoiqu’en même temps sur le dernier album, y’a des plans…
D: Oui, y’a des par­ties très dures mais les codes sont là.
S: Moi j’en ai rien à foutre, la musique vio­lente si c’est vio­lent, y’a rien besoin d’autre.
P: On pour­rait foutre tout en boîte à rythme, on pour­rait faire du noise, plein de trucs, mais ça ne serait plus vrai­ment Kickback.

Et Diap­siquir alors c’est qui ?
S:
Alors c’est le bébé de Damien, et Pas­cal est venu s’y gref­fer.
D: Ça existe depuis 1996, ça n’a rien à voir avec Kick­back. C’est mon groupe depuis très longtemps. On fait des trucs ensem­ble avec Stephen depuis env­i­ron 10 ans, y’avait lui d’un côté avec Kick­back et moi qui détes­tais car­ré­ment le hard­core.
S: Ah t’aimais bien Kick­back la pre­mière fois que je t’ai ren­con­tré.
D: J’aimais pas la voix. Main­tenant je le fais chanter donc c’est mieux.
P: Y’a eu un con­cert à l’époque aussi.
D: Oui c’est ça, on a joué au Pulp ensem­ble.
S: On en avait marre d’essayer des nases, et Damien cor­re­spondait com­plète­ment humaine­ment, à nos vies, à nos goûts… On cher­chait un gui­tariste et ça s’est fait naturelle­ment, au-delà de nos espérances. Ça a amené le groupe à un autre niveau.

S: La plu­part des groupes vont faire une démo super extrême puis vont être signés sur une major, et après ça devient de plus en plus com­mer­cial. Kick­back, si t’écoutes les pre­mières démos c’est l’inverse…
D: Oui et non, le dernier y’a un côté plus punk, mélodico-hype, Mars Volta, tu vois le truc, des influ­ences mod­ernes quoi. Donc, oui et non.
S: Pas­cal et Damien ont des influ­ences beau­coup plus larges que moi.

Kick­back touche un pub­lic plus large main­tenant donc ?
D:
Ouais je pense.
S: Ah ouais ?
D: Bah évidem­ment. On a déjà ramené les mecs de mon ancien groupe, plus death metal, black metal, c’est même un peu drôle. Aujourd’hui je vois des groupes de black qui met­tent des éléments hard­core, on a fait ça bien avant eux. Et on se dis­ait, est-ce que ce n’est pas un blas­phème ? Et main­tenant, ils le font tous. Ce mélange vient plus facilement.

Ça fait quand même 10 ans que vous drainez les mêmes ‘fans’, non ?
S:
Ah bon ? Moi je trouve qu’ils changent. Je recon­nais pas les mêmes têtes.
P: Nan je pense qu’il a peut-être rai­son, en France.
D: Ah non non, non non.
S: Déjà t’avais le pub­lic ‘Cor­nered’, un peu old school machin. En plus on avait des fig­ures dans le groupe, comme Jean-Marc de Lon­don Styl. Quand on a fait ‘For­ever war’, moi j’écoutais du Cathar­sis, du Gehenna, du Blood­let… Pour plein de mecs, c’était trop metal. Ca a giclé une par­tie du pub­lic. Ca a amené un côté peut-être plus H-8000, tous ces trucs là. Après on a fait les ‘150 pas­sions meur­trières’ où là je me suis plus lâché au niveau des lyrics, du con­cept. Et là, tous les bien-pensants du metal ont dit: “oh non, mysogine”. Tu sais qu’on l’avait envoyé à Vic­tory Records ? La meuf de Vic­tory nous a dit “ouais la musique c’est bien mais on en veut pas”… On n’a même pas pu être dis­tribués par Vic­tory parce que les paroles étaient trop misog­y­nes, trop machin… Donc ça a encore fait le tri dans le pub­lic. Je te parle pas en plus de l’attitude sur scène, les con­flits avec le pub­lic qui sont arrivés dans plein de con­certs. Ils se pre­naient 45 min­utes d’insultes, de crachats, de “ren­trez chez vous”. “Ah mais c’est ça Kick­back?” Après cer­tains con­certs en Bel­gique, les mecs revendaient leurs dis­ques.

D’un autre côté les gens vont vous voir pour ça, ils aiment ça.
S:
Moi si demain je vais voir Gehenna ou un autre groupe un peu con­flictuel, je vais éviter de me pren­dre un coup, mais si le chanteur vient, soit je lui en remets un, mais je viendrai pas pleurer en dis­ant “qu’est ce qui se passe?”.
P: Dans le pit, c’est bien plus vio­lent que ce qu’il y a dans les mots. Si tu réfléchis bien. C’est tou­jours la même chose. On fait rien, on a une gui­tare et on a un micro.
S: J’ai l’impression que c’était bien plus vio­lent à l’époque du hard­core cal­i­fornien, les con­certs de Germs, y’a ce côté…
D: Dan­gereux.
S: A part GG Allin qui a mis la barre super haute. J’ai pas l’impression que ce soit pire…
P: Non mais quand tu lis le livre de la tournée de Black Flag, “Get in the van”, tu te dis ok, on n’est rien quoi. Les mecs te crachent dessus, te tabassent, met­tent des coups aux mecs qui jouent, on est loin de ça.
S: C’est telle­ment mou, c’est mou… Tu vas faire le moin­dre truc ça va pren­dre des pro­por­tions énormes.
P: Les con­certs main­tenant c’est 300 mecs, face à 5 bal­tringues avec des gui­tares, com­ment on pour­rait être une men­ace ? Ça ridi­culise tout. Moi de toute façon je vais plus aux con­certs, on peut même pas fumer de clopes, donc encore moins de oinjs… C’est telle­ment bizarre l’ambiance dans les con­certs main­tenant. Et pas unique­ment parce que j’ai vieilli… Quand t’as dit oui à ça, t’as dit oui à tout. Imag­ine, le truc le plus nase: fumer des clopes. Non ? Ok, on arrête alors. Je fume pas de clopes hein… Mais ça me rend ouf, tous les fumeurs arrê­tent de fumer comme ça.
S: La soumission.

Rien à voir, Stephen, ça t’a déjà effleuré l’esprit d’écrire autre chose que des lyrics ?
S:
Euh oui.
D: Ah ah ah, niqué là.
S: Oui et non. Enfin il y a plusieurs choses. Déjà, un niveau a été atteint, rien que quand tu lis Sade… En lit­téra­ture, comme en cinéma d’ailleurs. Et je me trompe hein, mais je me dis que la barre a été mise telle­ment haute que bon. Quand tu regardes des Genet, des Drieu, tu lis ça et tu te dis, stop quoi. Mais après, je lis aussi beau­coup de con­tem­po­rains et ils ont une approche dif­férente, qui n’est pas for­cé­ment dans le style, le style est très impor­tant, mais il y a des expéri­ences de vie… Ce qui m’intéresse d’abord c’est la per­sonne der­rière, autant dans la musique que dans la lit­téra­ture, pour moi c’est très impor­tant de con­naitre le per­son­nage. Mais il y a surtout le style, et je pense que je ne suis large­ment pas au niveau. J’ai mon petit style pour faire les lyrics, et j’en chie d’ailleurs, c’est super tanné d’écrire des lyrics pour moi. J’ai grandi en écoutant des trucs comme Sheer Ter­ror, là t’as un vrai tal­ent d’écriture que je n’ai pas. Je me sat­is­fais de mon style, j’écris pour moi, des con­ner­ies. Peut être que j’écrirai une sorte de jour­nal, j’y ai pensé. Surtout par rap­port à Kick­back. J’ai la mémoire qui flanche un peu mais Pas­cal lui, a une mémoire d’éléphant. Il me rap­porte en per­ma­nence des anec­dotes qu’on a vécu pen­dant les 20 ans, que j’ai com­plète­ment oublié. Faire le “Tout ce que vous avez tou­jours voulu savoir sur Kick­back”, on en entend telle­ment de con­ner­ies. On va peut être l’écrire. Quand on a com­mencé Kick­back, on a tou­jours mis la barre super haute. Quand j’ai voulu faire un groupe de hard­core c’était “on va faire comme les New-Yorkais” tu vois. Là je suis en train de lire du Mil­let, des mecs comme ça, et voilà. Je me con­tente de mes petits lyrics…

C’est quoi ton dernier choc textuel ? Peter Sotos ?
S:
Ah Sotos tou­jours. Je l’ai décou­vert à l’époque de “Pure”, ça va faire plus de 20 ans, sans prob­lème. En plus je le con­nais main­tenant, je l’ai ren­con­tré. On a sym­pa­thisé. C’est très impor­tant pour moi de ren­con­trer les gens, comme je le dis­ais. Que ça soit un pro­jet musi­cal, ou autre, j’ai besoin de ren­con­trer la per­sonne. Et ça peut com­plète­ment me casser le truc. Et Sotos j’ai pas été déçu. Même si dans la vie t’as des péri­odes, j’ai jamais lâché. En plus, y’a une vraie évolu­tion dans son écri­t­ure, qui ne me déçoit pas.
D: Tout.
S: Ouais. Même les clas­siques, j’ai pas encore tout lu…
D: On va de Urkas à Bloy, voilà c’est tout. Urkas à Bloy.
S: Voilà, sans faire une liste atten­due, du name­drop­ping.
D: Mishi­maaaa, Cara­coooo, non !
S: Si les gens s’intéressent à Kick­back, il y a des signes un peu partout. Dans les cita­tions mises dans le dernier album, il y a Klima, Caraco. Si on cite ça, c’est parce qu’il y a quelque chose der­rière, rien n’est fait au hasard. On n’a pas besoin d’en dire plus.

Y’a une référence un peu moins atten­due dans le dernier juste­ment, “Cav­al­care el tigre” de Julius Evola.
S:
Ah bon, tu trou­ves ? Si tu con­nais le par­cours d’Evola, “Chevaucher le tigre” c’est sur la fin, quand il a fait le tour de la poli­tique. Comme Jünger à la fin.
D: Jünger à mort !
S: “Waldganger, le recours aux forêts”, les mecs ont fait des recherches sur plein de choses, mais à la fin, ils se replient sur eux-mêmes, une sorte de retraite, même si Evola et Jünger c’est pas tout à fait pareil. Le recours aux forêt pour l’un, et pour l’autre, c’est rester et chevaucher, une sorte de surf dans le chaos. A par­tir du moment où t’es dans une intro­spec­tion, une recherche per­son­nelle, c’est des gens que tu vas for­cé­ment ren­con­trer dans tes lec­tures, pour moi ça reste com­plète­ment logique. Ce sont des références lit­téraires, au-delà de la poli­tique. Nous on a jamais fait de poli­tique, tu t’en doutes. “Chevaucher le tigre” c’est un choc lit­téraire, une façon de voir la vie… Y’a des gens, tu les lis, et tu retrou­ves ta façon de voir les choses, ta vision du monde. Le prob­lème de beau­coup de gens c’est qu’ils lisent et qu’ils essaient d’adapter comme si c’était un guide, un mode d’emploi, alors que loin de là. C’est des choses que tu prends, ça et là.
P: Ouais, ou alors ça te cham­boule tout. Ça per­turbe tous tes acquis.

Ouais.
S:
Ça revient à ce que je dis­ais tout à l’heure, je n’ai jamais trouvé un truc auquel je pou­vais adhérer à 100%. Peut être le hard­core quand j’étais jeune. C’est pour ça que j’ai mis une étiquette Kick­back – Hard­core quand on a com­mencé. “Ouais on fait du hard­core”, j’étais fier. C’est un des seuls trucs dans ma vie auquel j’ai vrai­ment adhérer et dont j’ai accepté d’endorser l’étiquette. A l’époque, il y avait une telle lib­erté, le hard­core c’était telle­ment…
P: Rien !
S: Varié. Tu pou­vais être Crown of Thornz ou Dark­side NYC, rien à voir.
P: Et puis frais. Ce que nous on aimait, c’était pas le vieux hard­core, les punks. Ca exis­tait déjà bien avant, mais nous ce qu’on aimait, c’est que ça cor­re­spondait à ce qu’on vivait. Y’avait du rap, y’avait l’attitude, y’avait un délire de ban­des, un peu de metal… C’est ça qui a férédé ce qu’on s’est mis à faire avec Kick­back. Plutôt que le punk, l’engagement poli­tique, façon Dead Kennedys. Les années 90 étaient spé­ciales.
S: Il y avait aussi ce truc indi­vid­u­al­iste. C’est pour ça que ça ne m’a pas gêné de dire qu’on était un groupe de hard­core, ça lais­sait une porte ouverte à une vraie lib­erté. Le hard­core ça pou­vait être autant Youth Defense League qu’un groupe qui allait faire 50 chan­sons d’amour à la Sheer Ter­ror, y’avait pas vrai­ment de car­can. Mais je me suis un peu trompé, la lib­erté n’était peut être pas assez grande pour nous, c’est pour ça qu’après je n’ai plus voulu du tout d’étiquette.

On vous a déjà reproché de jouer les “érudits du hard­core” ?
S:
On passe plutôt pour de gros abrutis en général non ? Dis­ons qu’entre les inter­views orales faites dans des états éthyliques proche de la débil­ité, les inter­views écrites plus posées, l’irrévérence chao­tique et l’anarchie de cer­tains con­certs, la vio­lence maîtrisée et tra­vail­lée des albums, nos influ­ences extra-musicales, etc, les gens ne savent pas trop sur quel pied danser. Peu importe, on avance masqué en plein jour et, mal­gré le fait que les pièces du puz­zle soient toutes présentes, et que pour quelqu’un d’intelligent et un tant soit peu curieux toutes les réponses sont là, nous restons incom­pris. Je ne m’en plains pas une sec­onde, car notre démarche est avant tout intime et per­son­nelle. Seuls les vrais savent comme dirait l’autre.
P: Au roy­aume des aveu­gles les borgnes sont rois, non ? Allez sans rire, nous avons 40 ans pour les plus vieux, on ne va pas illus­trer nos albums avec des poings améri­cains ou des tatoos trib­aux… Il en va de même pour les paroles ou la musique. Nous essayons de faire pour chaque disque une œuvre cohérente. Mais c’est surtout Stephen qui élabore les con­cepts en pre­mier lieu. Si per­sonne ne fait l’effort de se pencher sur nos œuvres, tant pis. La Mort est uni­verselle. ELLE est notre seul guide. Son énergie marche avec nous, chaque jour.

Dans les années 90, vous cotoyiez des graf­feurs, rappeurs. Vous êtes restés en con­tact depuis ?
P:
Très peu, moi je sors pas et lui habite en Thaï­lande, donc bon ! Mais il y en a.
D: Non, mais il veut savoir si à l’époque il y avait du sul­fureux avec des arabes et des noirs. Donc oui !
S: Mais non, en plus c’était que des petits blancs ! Je vais t’expliquer, c’est d’une sim­plic­ité… Mais les gens devi­en­nent fous avec ça. En fait, je me suis retrouvé dans une école privée, après m’être fait tej de plein d’écoles, et il y avait que des gars coincés. Et donc moi, je com­mençais à écouter du hard­core, c’était le début, j’écoutais de la oi!, j’étais habillé en Fred Perry, etc. J’étais un peu le freak de l’école, et les seuls mecs avec qui j’ai réussi à sym­pa­thiser, qui étaient des freaks aussi, c’était des taggeurs. L’époque de Krs-1, les débuts du hip hop, moi je con­nais­sais un peu, j’écoutais vite fait. C’était l’époque où il y avait les con­certs Pub­lic Enemy/Beastie Boys. Donc voilà, c’était les seuls mecs un peu oufs et ils m’emmenaient taguer avec eux. C’est tout sim­ple. Le mec qui a fait le logo (Aurel aka Marc-Aurèle Vec­chione), ceux qui ont fait le mur (sur la back cover de Cor­nered), c’est des mecs avec qui j’étais à l’école. On n’est pas allé les chercher du tout.
P: Même moi à Nan­terre, je trainais avec des gueurta. J’étais même ennemi avec ses potes !
S: Pas­cal vient d’une cité de Nan­terre, et quand il était jeune, il traî­nait avec des cailleras, des mecs qui taguaient, lui aussi taguait à l’époque. Bref, ça fai­sait par­tie inté­grante de notre envi­ron­nement.
P: Et quand on a aimé NY c’était la même chose. C’était une bande de tagueurs, ils écoutaient soit du metal, soit du rap, et ils venaient du hard­core.
S: Quand je trainais dans le tag, je leurs dis­ais DMS et ils con­nais­saient parce que il y avait un tagueur du DMS qui s’appelait MQ. Un des meilleurs potes de Ezec, un mec que j’ai ren­con­tré à NY et qui n’a rien à voir avec le hard­core, mais il a défoncé la ville et il est sur-connu. Et donc mes potes étaient là “ah ouais”. C’était à l’époque de la pre­mière com­pile NYHC (The Way It Is), t’avais des graf­fi­tis, des logos War­zone, des t-shirts Pub­lic Enemy…
P: T’avais des skins en cas­quette ! C’était incom­préhen­si­ble. Les skins ici c’était l’inverse, c’était les car­cans à fond.
S: Nous on s’est pris ça en pleine gueule et on s’est dit: putain, ils sont comme nous. Je mon­trais ça à mes potes, bon la musique ça pas­sait pas hein, ça n’est jamais passé, mais bon voilà. “Fais moi un truc pour mon groupe Kick­back” et ça s’est fait comme ça. Pro­fecy qui a rappé sur notre maxi de 2000 c’était la même bande. On avait décou­vert Necro avec son clip “I need drugs”, et son oncle qui fume du crack…
P: Il reprend le morceau de LL Cool J “I need love” et il en fait “I need drugs”.
S: Y’avait aussi R.A. The Rugged Man, un rappeur blanc qui rap­pait pieds nus, une sorte de GG Allin du hip hop, super crade. Avec Pro on fai­sait des soirées, on se bour­rait la gueule et on par­lait de ça, je lui dis­ais: tu me fais un texte dans l’esprit, il ado­rait. Et voilà. Mais c’est vrai qu’on a été asso­cié à ce côté hip hop…
P: Oui, à un moment on a été quelque peu zoulouifiés.

Ahah.
S:
Mais moi j’écoute plus de rap depuis 15 ans…
P: C’est nor­mal, on écoutait Mobb Deep, Damien t’écoutais du peura aussi. Les gens intel­li­gents vont pas faire l’impasse sur une musique, le rap c’était majeur à l’époque.
S: Sauf que moi je te dis, j’écoute plus de rap depuis peut-être, Tragedy Khadafi
P: Attends, t’écoutais Rick Ross y’a deux jours !
S: T’es malade ou quoi !
P: T’écoutes Booba.
D: T’écoutes Boobaaaa !
S: Ouais, j’aime bien Booba, mais c’est le seul.
P: Et bah Booba c’est du rap.
D: Et Rohff avec “Zoulette” là, arrêêête !
S: Mais t’es fou à lier. Je peux écouter Mobb Deep ou Wu-Tang encore, mais je me suis arrêté.
P: Le rap c’est tombé un peu. Mais je peux écouter du reg­gae, ça me dérange pas moi !

Y’a plus rien qui vous branche là-dedans ?
D:
On s’ennuie !
S: A part Mobb Deep.
P: Mobb Deep c’est tombé, c’est mort depuis mille ans. Mais l’autre fois j’écoutais Rick Ross, bon, j’aimais pas trop Rick Ross. Rick Ross c’est toutes les semaines dans Vice Mag­a­zine, mais sa dernière musique, je kiffe.
D:Nige­ria” ?
P: Ouais. C’est mod­erne, ils font ça bien. Le clip est mor­tel, ça marche. Mais bon de toute façon j’écoute plus de hard­core, j’écoute plus de metal, tout est vendu, c’est le moment où t’achètes toute la col­lec­tion main­tenant. Je kif­fais Vice avant quand je le voy­ais à NY, “oh un truc sur la drogue”, mais main­tenant c’est les apôtres du diver­tisse­ment, ça démoc­ra­tise tout quoi. C’est peut-être bien en fait, comme ça tout va exploser. A un moment, tout le monde aura tout et tout le monde par­tira. Et ceux qui sont vrai­ment pas­sion­nés res­teront. En atten­dant, j’ai pas envie de cri­ti­quer non plus c’est trop facile. Moi c’est jazz, j’écoute que du jazz de toute façon.
S: C’est vrai que eux ce sont des musi­ciens, moi je le suis pas du tout, donc j’écoute des trucs lo-fi même si ça sait pas jouer. Damien il vient du black metal donc ça le dérange pas.
P: Damien, c’est black metal, mais plus pour la musi­cal­ité.
D: Attends, l’idéologie aussi.
S: Ouais, par con­tre Pas­cal il peut pas écouter un truc si les mecs jouent mal ou jouent faux.
P: Faut vrai­ment qu’il y ait une rage absolue, que ça vienne du coeur, si c’est juste du caca, non je peux pas. C’est comme pour les films.
S: Même les groupes de black metal, ça jouait pas dans les temps.
P: Par exem­ple, un truc mal joué comme un Burzum j’aime bien, parce qu’il y a tout.
D: Ca n’a rien à voir.
P: C’est pour ça qu’il est connu je pense parce qu’il y a tout. Les pre­miers Emperor j’aime bien. De toute façon le black metal c’est pas mal joué, arrêtez de rêver.
S: Alors dites-moi un groupe qui nous met tous d’accord.
P&D: Dark­throne.
S: Ouais, ok.
P: La Oi! non, là je peux pas. Cock­ney Rejects oui, mais c’est pas de la oi!, c’est du rock. On vous laisse jouer sur les mots pen­dant deux heures !

Je suis tombé sur une vidéo de Mer­auder de 1993 où l’on voit ta tronche Stephen.
D:
Ouaaaai­iis !
P: Ah c’est beau, c’était en plein rap ça.
S: Alors j’ai regardé le truc, j’ai fait: qui suis-je, où suis-je ? Je me suis car­ré­ment pas reconnu. Y’a une péri­ode où j’allais hyper sou­vent à New York. Tu peux voir Sob sur la vidéo, le gui­tariste de Mer­auder, c’était un de mes meilleurs potes, il est mort main­tenant. Je logeais chez lui, il m’emmenait partout. Et donc là, c’est un back­stage d’un con­cert de Mer­auder, je ne sais où, dans le New Jer­sey… Y’a des jeunes filles en train de pren­dre de la drogue, et voilà, le truc habituel quoi.
P: Jeune et drogué. C’est ça.

Vous avez déjà joué à NY ?
S:
Deux fois. J’avais un label qui s’appelait Hard­way Records, j’ai sorti quelques trucs, dont un groupe qui s’appelait Con­fu­sion et un des mecs du groupe, le gui­tariste Frank Collins, est mort. Ils ont donc fait un ben­e­fit show au CBGB. Y’avait Dark­side, All Out War, Sub­zero, Stark­weather auraient dû jouer aussi, tout ce que j’aimais quoi. J’ai dit aux mecs du groupe: allez faut qu’on essaye d’y jouer, tout le monde était d’accord.
P: On est parti comme ça, sans rien. On n’avait pas d’instruments.
S: J’ai con­tacté les gars, je les con­nais­sais. Je crois qu’ils nous avaient dit qu’on pour­rait s’incruster sur le set d’un groupe… Je sais plus si All Out War nous avaient laissé joué.
P: Non c’est Con­fu­sion, qui s’était reformé ce soir là, avec l’handicapé, non ?

L’handicapé ?
S:
Ouais, le chanteur de Con­fu­sion était para­plégique. Bref, en plein CBGB pen­dant le show ils nous ont laissé les instru­ments. On a du faire “Will to power”, au CBGB, avant que ça ferme.
P: Ca devait être en 1999 ou 2000.
S: Et sinon après on a fait le Super­bowl, ils nous avaient con­tacté.
P: Là c’était la fin de tout. C’est peut-être l’âge qui fait ça, mais je me suis rendu compte de ce que c’était…
S: On en a prof­ité pour faire une mini-tournée là-bas, j’avais demandé à Rick Ta Life qu’il nous organ­ise ça, c’était avant qu’il soit… fou.

Qu’est ce qu’il devient d’ailleurs ?
S:
Je sais pas, j’ai plus de nou­velles. Mais lui c’est un gars qui vient du New Jer­sey, d’un quartier bien cracké, d’une famille sur-white trash. Et ils nous avait organ­isé une petite tournée, 4–5 dates.
P: Ouais en fait il a pris le camion, et il a fait une tournée. Le mec il sur­vivait comme ça, il appelait les locaux, est-ce qu’on peut jouer ? En cinq min­utes il for­mait un groupe et voilà.
S: Il a fait des trucs oufs mais bon…
P: Oui mais lui il le fait, je préfère ce côté là que le côté organ­isé, fes­ti­val metal, façon Super­bowl.
S: Puis c’est un mec qui vient du NYHC, mais il capte les trucs extrêmes à côté… Ca il en a eu pour son argent sur cette tournée. On l’a fait chier. Je l’ai un peu rendu ouf le pau­vre… Ce sera dans le bouquin !
D: C’était bien, c’était bien.
S: Y’a eu quelques anec­dotes…
P: Oui oui, tou­jours.
S: Des hand­i­capés étran­glés… Des machines à café volées… Un mec m’a dit ça une fois, je sais plus où. “Ouais vous avez joué, et dans les back­stages vous avez volé une machine à café”. C’est car­ré­ment une insulte ! A la lim­ite il m’aurait dit “vous avez tout cassé”, ok j’veux bien. Mais là, “c’est ça que tu me reproches ? Tu me prends pour un fon­bou ?“
P: Je crois qu’il y a un mec qui a vrai­ment volé cette cafetière. Une cafetière élec­trique à deux balles, bidon. Je sais même pas qui a fait ça. Un mec a dû la pren­dre en prof­i­tant du bor­del dans la MJC…
S: Nan mais pour te dire. Donc bref, on a fait les Etats-Unis, ah!

Mais t’avais quel age Stephen pour bouger là-bas aussi tôt et aussi sou­vent ?
S:
Dès que j’ai com­mencé à décou­vrir le hard­core, comme je dis­ais tout à l’heure, j’ai eu besoin de savoir qui était der­rière, il fal­lait que je ren­con­tre les gens. En fait j’ai monté mon label comme ça. Le pre­mier groupe que j’ai sorti c’est Dis­ci­pli­nary Action. C’était un groupe de skins de Long Island, com­plète­ment dingue, un truc old school mélangé à du Celtic Frost. On était comme des oufs, on se pas­sait la démo en boucle. Je voulais enten­dre d’autres morceaux d’eux. C’était l’époque des démos, tu rece­vais des K7, y’avait pas d’email, rien, juste un n° de télé­phone. Moi j’habitais dans le 18ème, je me dis allez je les appelle et je vais sor­tir leur disque. Si jamais ils acceptent, je créérai mon label. Donc j’appelle le gars, “oui j’appelle de France”, “hey fuck you”, il me rac­croche au nez. Bon. J’ai rap­pelé, “Non mais je suis vrai­ment français”, “ah what what what?”, et après ça s’est fait. J’ai monté le label et j’ai sorti le EP. On s’est dit, il faut qu’on aille les voir. On est parti avec Pas­cal, et ça a été car­ré­ment au-delà de nos espérances. On est arrivé à l’aéroport, et c’était pas le p’tit gars en sweat shirt, c’était un ancien Marines de je sais pas quel âge, tout tatoué, en pick-up: “hey what’s up!”…
P: Voilà, on était à la fois dans le hard­core et le cinéma bis améri­cain, donc là t’avais directe­ment une plongée dans tout l’univers qu’on aimait !
S: C’était un bon ouf, un bon freak. Ses meilleurs potes c’étaient les mecs de Neglect, dont le chanteur qui était com­plète­ment dingue à l’époque. Il racon­tait qu’il y avait une mai­son, habitée par des skin­head girls, et qu’il allait là-bas, bouf­fer la chatte des meufs qui avaient leurs règles… Puis il pre­nait des trucs, dans le camion…
P: Il était un peu handicapé.

Ahah.
S:
En fait, tous ces mecs tra­vail­laient dans le bâti­ment. Neglect avait un morceau qui s’appelait “Man­ual labor”, un hom­mage au tra­vail manuel. Dans Dis­ci­pli­nary Action, t’avais un plom­bier, le chanteur était ser­rurier, ils avaient des tshirts “Locksmih”, “Plumber”…
P: Un char­p­en­tier aussi. C’était la work­ing class. En fait, c’est tout ce qu’ont repris Bio­haz­ard ensuite. C’est mar­rant.
S: Ouais, ils se con­nais­saient, les mecs de Bio­haz­ard étaient super fans de Dis­ci­pli­nary Action, d’où “Urban dis­ci­pline”. Ils leur ont pompé plein de trucs.
P: Ils ont repris le con­cept.
S: Donc il y a eu ce con­cert pour Hard­way Records à Long Island, avec Neglect, Dis­ci­pli­nary Action.
P: Life Of Agony aussi.
S: Et après, j’ai signé Con­fu­sion qui étaient de Brook­lyn. Je suis allé chez le chanteur, un enfant adopté, dans une famille juive de Brook­lyn, super white trash. Ils avaient une dizaine d’enfants adop­tés, tous ayant subi des abus sex­uels ou des trucs du genre.
P: Ca et aussi 200 colonies de cafards, au sec­ours !
S: Le chanteur de Con­fu­sion était un mec en fau­teuil roulant, qui pre­nait des trips, etc. Il était pote avec tous les gars de Brook­lyn et ils déboulaient sou­vent dans sa baraque. Moi j’étais le petit français qui avait sorti le skeud, puis j’étais pas le mec à rester dans mon coin ni le dernier à faire des con­ner­ies. Les mecs m’ont tout de suite adopté et je traçais avec eux. C’était une époque où tout était dif­férent. Les pre­mières fois où j’allais aux Etats-Unis, les mecs m’appelaient “Frenchie”, j’étais LE français. Y’avait peut-être un ou deux français qui allaient là-bas.
P: On a même logé dans New-York, parce qu’avant il y avait encore des gens qui habitaient dans NY. Le NYHC était dans NY. Main­tenant avec la gen­tri­fi­ca­tion, comme elle existe ici aussi, ça n’est plus pos­si­ble. Même les groupes indés de NY main­tenant ils sont de Brook­lyn, tout devient Brook­ly­nois. Avant, on squat­tait dans des taudis, en plein NY, chez Sub­zero, y’avait encore des plans. On est revenu plusieurs fois ensuite et les types nous dis­aient: “non non, plus per­sonne n’habite là”. Y’avait car­ré­ment même plus de clubs. C’est comme partout hein.

Quand vous revenez en France et que vous mon­tez votre groupe vers 91, c’est le désert non ?
P:
Des groupes essaient de faire ça mais…
S: Il y avait un groupe avant nous, on n’est pas les pre­miers à avoir fait ça.

Hate Force ?
S:
Exacte­ment, y’avait Hate Force. Le mec je l’avais ren­con­tré une fois, ils avaient joué à Paris. On avait le disque. Mais le prob­lème qui s’est posé tout de suite: c’était un chanteur-batteur.
D: Ah ça va pas du tout ça.
S: Il traî­nait à NY, plutôt avec des skins, et les skins de là-bas me demandaient si je le con­nais­sais. C’était un mec du sud, qui avait l’air d’être un vrai gars.
P: Batteur-chanteur ça marche pas ça.
D: Non ça va pas.
P: Non et puis en plus le hard­core, enfin le “NYHC” qu’on pla­giait, ça mar­chait avec une ville, avec un métro, avec des graf­fi­tis. Lui il habitait à Car­cas­sonne… Nous de fait, quand plusieurs potes vien­nent te voir, ça forme un crew, ça cor­re­spond plus. C’est pour ça aussi qu’on avait l’image qui allait avec.
S: C’est mar­rant, aujourd’hui plus rien n’a d’importance. Comme dirait Dieudonné, tu peux être coiffeur-astronaute… Les mecs se posent plus de ques­tions. “Tiens j’vais me faire un tatouage dans le cou, sur le front”. Oui mais ça c’est rue, c’est gang­ster, “ah mais c’est pas grave, c’est joli”.
D: Ils ont tout, ils ont tout ! Ils ont accès à tout !
S: Il n’y a plus aucune sig­ni­fi­ca­tion. A l’époque, tu réfléchis­sais avant de faire quoique ce soit. Ca, ça appar­tient à tel truc, etc. Même le DMS quand ils com­mençaient à se faire tatouer les goth­iques, les mecs savaient que c’était un truc de gang de L.A., ils avaient des notions.

Vous êtes passés d’un côté très améri­can­isé au début, à un côté très français main­tenant. C’est dû à quoi cette évolu­tion à votre avis ?
S:
C’est vrai, nos influ­ences musi­cales étaient plus Anglo-saxonnes que Françaises, nos goûts per­son­nels eux (lec­ture, cinéma, etc), étaient depuis longtemps très Européens. Et notre atti­tude a tou­jours été elle aussi très “Parisi­enne”. Au fur et à mesure que Kick­back deve­nait ce qu’il aurait tou­jours dû être, et que nous nous débar­ras­sions du super­flu pour s’affiner et aller puiser encore plus dans nos obses­sions et nos vérités, le côté Français s’est fait de plus en plus présent. C’était inévitable. L’arrivée de Damien a été l’étincelle qu’il fal­lait pour embraser le tout et accélérer le proces­sus. Le goût pour la lit­téra­ture inhérent à nous trois y est bien entendu aussi pour beau­coup.
P: Nous étions impres­sion­nés et naïfs, surtout moi… Je ne rejette pas tout en bloc dans la cul­ture US mais en France, artis­tique­ment, et surtout lit­téraire­ment, il y a de quoi être fier.

Vers 1998, t’arrêtes ton label. Ca te saoulait déjà ?
S:
Ouais, après j’ai eu envie de le relancer, mais y’avait telle­ment de labels, telle­ment de trucs.
P: Je pense que la musique il s’en foutait. Et le hard­core c’était fini.
S: Je fai­sais ça vrai­ment en dilet­tante.
P: C’est le cas de le dire ! Avec un grand D !
S: Ahah. J’ai pas dû envoyer tous les paquets à tout le monde.
P: Aucune promo, rien.
S: C’était plus pour se faire plaisir. Pour avoir des nou­veaux morceaux. J’étais réglo avec les groupes hein, je leur envoy­ais tout.
P: Une sorte de mécène, c’était du mécé­nat hein. C’est beau.
D: C’est très beau.

De toute façon avec Kick­back, vous n’aviez jamais vrai­ment voulu faire par­tie de “la scène hard­core”.
D:
A une époque si, non ?
P: Si, mais quand on l’a ren­con­tré, on a telle­ment vu la blague que c’était, qu’on lui a pissé dessus tout de suite !
S: Ouais.
D: C’est comme le black.
P: Y’a plein de gens que je respecterai et qui ont fait des trucs mor­tels. Mais tu finis par aimer que May­hem, être plus rad­i­cal, comme moi, je vais dire Dead Kennedys, Black Flag, Dead Kennedys, Black Flag, Bad Brains… je m’en fous du reste. Sou­vent c’est les orig­in­aux qui ont le plus de trucs à dire. C’est hor­ri­ble à dire mais c’est comme ça. J’ai du respect pour ce genre de groupes, mais le cirque hard­core actuel j’en ai rien à foutre.

S: Comme je t’ai dit on avait mis la barre haute. Moi j’allais aux Etats-Unis, y’avait telle­ment de dif­férences. On ne s’y retrou­vait pas ici. C’est pour ça que je trainais avec des mecs dans le graf­fiti, des tagueurs, parce que dans l’attitude, ils étaient plus proches de ce que devait être un mec dans le hard­core, un jeune gars de 20 ans. Les mecs qui étaient dans le tag, c’était des van­dales, ils pre­naient de la drogue, bai­saient les meufs… A l’époque où je trainais avec ces mecs là, on s’incrustait dans les soirées, on se bour­rait la gueule, ça draguait les meufs, on se fai­sait jeter dehors, on s’embrouillait, bref. J’allais à NY, avec les mecs de Mer­auder, Ezec, les mecs du DMS, qu’est ce qu’ils fai­saient ? Ils se bour­raient la gueule, ils m’emmenaient dans des soirées branchées, on s’incrustait, on draguait, on se bat­tait, c’était la même chose. Sauf qu’en France, ceux qui fai­saient ça, c’était les mecs dans le graf­fiti. Les mecs dans le hard­core, c’était nul quoi. Y’avait pas cette atti­tude.
P: Le p’tit galérien, c’était un peu ça.
S: Ce truc un peu street, un peu hooli­gan.
P: On kif­fait traîner dans les villes la nuit. C’est une ville ouverte la nuit ici, c’est pas un vil­lage. Les mecs fai­saient pareil. Tu marches la nuit, tu t’achètes à boire. Et tu ren­con­tres d’autres gens…

Paris a dû beau­coup changé depuis vos débuts.
S:
Je ne saurai te répon­dre, j’ai fui vers des cieux plus clé­ments à mon épanouisse­ment per­son­nel.
P: Paris est tou­jours aussi belle mais est dev­enue entre temps une ville con­sti­tuée unique­ment de bour­geois, ou de larbins… Les pre­miers se “promè­nent” et les suiv­ants essayent de “suivre” tant bien que mal. A notre époque (fin 80, début 90), Paris avait encore un coté sul­fureux et vio­lent. En Europe, nous étions précurseurs; graf­fiti, hip hop, skin­head vs antifa, etc… Main­tenant, c’est devenu la ville de Paris plage, de la techno parade, une ville sympa, for­matée à l’extrême et safe ! Mais toutes les grandes cap­i­tales occi­den­tales ont connu le même sort : gen­tri­fi­ca­tion.

Pour revenir au hard­core, vous pensez qu’il pos­sède encore une spé­ci­ficité com­paré à d’autres sous-cultures musi­cales ?
S:
Ah non non non, c’est pathé­tique le hard­core.
D: Nulle part ! Tout est mixé.
S: Après par con­tre, t’as des vrais gars. Moi j’ai des potes qui sont dans le hard­core aux Etats-Unis. Je sais que si je vais les voir en vacances, je passerai une soirée de ouf. Par con­tre je par­lerai pas musique avec eux, ou même lit­téra­ture ou autre…
P: Pour moi, si le hard­core avait évolué en musique, ce serait Mars Volta. C’était un peu hard­core avant, les mecs con­nais­sent Bad Brains…
S: Arrête ! Même At The Drive-In c’était pas du hard­core. Tu te tires les veuchs.
D: Pfff, c’est du post-punk ouais, allez.
S: Non mais lui il veut des trucs poin­tus, je com­prends. Non non non, que dalle.
P: Il me fait écouter des petits groupes des fois, les petits rasés qui font du old school.
S: A la lim­ite ouais, je pour­rais plus écouter du Youth Attack. Je retrou­verais plus l’agressivité. Par con­tre, ça m’a l’air telle­ment d’être des bal­tringues les mecs. Tous des bin­oclards.
P: Le dernier truc que j’ai acheté c’est Bone Awl, et pour moi c’est du hard­core.
S: Ah mais non, Bone Awl ça n’a rien à voir.
P: C’est l’énergie qu’il y a dedans, je pour­rais dire que ça ressem­ble à du hard­core.
S: Non mais je vois ce qu’il veut dire. Même des groupes comme All Out War, qu’on ado­rait, ils ont fait les albums de trop. Mer­auder a fait l’album de trop. Mad­ball a fait je ne sais com­bien d’albums de trop !
D: Nous aussi peut-être d’ailleurs.
P: Non, on n’est pas encore tombés dans le com­mer­cial. On n’a pas fait de neo-metal.
S: On n’a fait aucune copie. All Out War et tous ces groupes, ils ont eu le syn­drome Slayer. C’est à dire qu’ils ont une recette, et après ils repren­nent leurs riffs, c’est eux qui se repom­pent.
P: On pour­rait faire pareil avec Kick­back, tout le monde voulait qu’on refasse du “No sur­ren­der”, et bah non. Con­verge, voilà ça c’était du hard­core. Mais est-ce que ça l’est encore ? Ca a bien évolué.
S: Mais après on aime la qual­ité. Si demain tu me dis, y’a tel groupe, je vais écouter. On a tou­jours été exigeants.

C’est finale­ment vous les “old school” aujourd’hui. La mode et les ten­dances n’ont pas eu trop de prise sur vous. Y’a des trucs que vous ne feriez jamais pour la thune ?
S:
Dès le début on n’a pas voulu jouer le jeu, ce qui est pour moi la déf­i­ni­tion même du hard­core, tout du moins celui qu’y se reflé­tait dans les pro­jets que j’écoutais… Anti-clones, anti-moutons, anti-cons .. Pour ma part, du moment que mon intégrité n’est pas en jeu, tout est pos­si­ble. On peut jouer n’importe où, avec n’importe qui, on sera tou­jours les mêmes. Après, c’est vrai que per­son­nelle­ment, il y a plus d’une cause pour laque­lle je ne par­ticiperai jamais, quelque soit la somme pro­posée… Nous ne sommes bien évidem­ment pas à ven­dre.
P: Tu dois sûre­ment con­naître cette chan­son de Killing TimeFools die”, elle résume tout assez bien… Nous avons essayé de rester fidèle à cette romance hard­core et aujourd’hui encore, mal­gré notre éloigne­ment de toute scène, elle est encore vivace chez nous. Mais c’est impal­pa­ble, nous n’avons plus 20 ans. Le Hard­core est un sous-genre, du rock n’roll, du punk, un média pour des blancs-gâchés comme nous. Et on a déjà vendu notre âme, plus d’une fois, et pas qu’au Dia­ble.… so what ?! Nous sommes notre pro­pre chal­lenge et c’est déjà pas si mal.

Vous croisez encore les anciens mem­bres du groupe où tout le monde sort tou­jours de Kick­back sur embrouille ? (Je suis tombé sur ce site l’autre jour)
S:
Si tu aban­donnes le navire en cours de route c’est clair que tu va pas avoir droit à un départ en fan­fare… On a tou­jours été très intran­sigeant et exigeant avec les nou­veaux arrivants comme avec les anciens. Kick­back ça a tou­jours été marche ou crève. Je ne te parle même pas du nom­bre d’incompétents qui ont voulu se join­dre à nous juste pour se faire mousser et qui se sont sauvés ou bien sou­vent fait dégager avant même la bataille. Avec le recul, il appa­raît de manière très clair, que pour que Kick­back devi­enne l’entité pure et impi­toy­able qu’elle est aujourd’hui, il était essen­tiel d’affiner le trou­peau. Un peu d’eugénisme n’a jamais fait de mal. Musi­cale­ment et créa­tive­ment, jamais le groupe n’a jamais été aussi fort et puis­sant, n’en déplaise aux passéistes, et c’est tout sim­ple­ment dû au fait d’avoir réduit le groupe à un tri­dent, trois têtes pen­santes et agis­santes, com­plé­men­taires et kamikazes. Rajoute à ça des mer­ce­naires de haute qual­ité pour les rit­uels que sont devenus les lives et tu obtiens une machine de guerre.
Pour ce qui est du site, ça me fait penser à Warhol et ses “15 min­utes de gloire” … Mar­rant quand tu lis les textes de cette péri­ode juste­ment, et quand tu sais qu’on a tou­jours con­sid­éré vivre dans le passé comme une mar­que de faib­lesse.
P: En lisant ton lien j’ai encore bien ri, pas par ce qui y est écrit mais plutôt par ce qui n’y est pas. Mais tout le monde fait ça, se rat­traper aux branches du passé… bref ! Nous avons col­laboré avec telle­ment de monde, mais dans le tas qui a vrai­ment com­pris ou donné son âme au dia­ble pour ce groupe ? Per­sonne !!! Avec tous les anciens mem­bres, nous sommes qua­si­ment resté en bons ter­mes, mais per­sonne ne se fréquente plus, à part peut-être Irvin. Moi de toute façon, je ne fais plus aucun effort dans ce sens.

Stephen, tu dis­ais dans une inter­view que l’attitude néga­tive que vous aviez sur scène n’était pas tou­jours en cor­réla­tion avec vos vraies per­son­nal­ités. Tu te qual­i­fi­ais de “bon vivant” !
D:
Niet­zsche, oui !
S: Alors oui, c’est comme une pièce, t’as plusieurs facettes. C’est sûr que je suis un bon vivant mais quand je monte sur scène c’est autre chose…
D: On baise, on bande, on bouffe. On vit.
S: Après tout dépend de la sit­u­a­tion, s’il faut se taper faut se taper, s’il faut être bon vivant, faut être bon vivant, etc… Mais quand je prends le micro c’est la guerre. Ou pas. Ca peut être l’ennui, le dégoût, mais ça reste quand même fort. C’est comme des mecs qui me par­lent de Sotos, quand tu le ren­con­tres dans la rue, c’est le mec le plus poli, le plus aimable.
P: Il est juste per­turbé dans son cerveau.
S: C’est pas parce qu’on a une façon dif­férente d’interpréter notre, j’allais dire “art”, mais je déteste ce mot.
P: T’intellectualises là.
D: C’est eux qu’ils le font !
P: Les fan­tasmes.
S: C’est pas un dégueulis mais presque. Que ce soit Bacon ou un autre, le mec il dégueule sur du papier. Moi c’est pareil, je prends le micro je dégueule. Sinon, j’aurais jamais fait de hard­core. On n’en a pas parlé mais ce qui m’a poussé dans le hard­core en pre­mier, c’est un besoin interne de dégueuler. C’est le prob­lème avec 99% des groupes de hard­core aujourd’hui, les mecs cri­ent mais ils cri­ent pour quoi ? C’est comme Hate­breed, ça crie mais y’a pas de haine, ou d’angoisse ou n’importe quoi, y’a rien. Je pense qu’il faut être quand même un peu dérangé… Y’a un côté ou anti­so­cial, ou pas­sionné, ou obses­sion­nel, sinon tu prends pas un micro. Tu fais pas du hard­core, tu fais autre chose.
D: C’est une pas­sion, c’est un con­texte.
S: Pour l’attitude néga­tive, tout est relatif… Il m’arrive d’avoir des dis­cus­sions avec des gens, je suis posé, je parle sans m’énerver, et les gens vont me dire “ah t’es super extrême, t’es fou”, unique­ment pour avoir eu des avis sur un truc.

Mmm.
S:
C’est vrai que j’ai tou­jours vu la scène comme un con­flit. A la base c’était pas tout à fait ça, mais je ne par­lais pas avec le pub­lic, y’a jamais eu de com­mu­ni­ca­tion. C’est arrivé pour­tant, c’est arrivé plein de fois, et c’était super agréable aussi, des con­certs où un vrai truc se passe avec le pub­lic, tu sais pas pourquoi mais ça se fait, les mecs ont com­pris. Mais en général, t’as les mecs qui bavent devant, t’es en province, t’as même pas envie… On n’est pas des amuseurs, on n’est pas des enter­tain­ers. “Allez les gars, réveillez-vous !” Tu veux pas bouger ? Bah casse-toi ! Ce ne sont que des réac­tions naturelles, instinc­tives, ani­males. Moi j’arrive dans la salle, selon le degré d’alcool, ou de drogue, tu sens les vibes direct. Tu sais si ça va être con­flictuel ou pas. Je ne sais jamais com­ment ça va se passer. Quand on a fait le Hellfest, j’arrive, je prends le micro, je vois un parterre de merde, je jette le pied de micro.
D: C’est rien ! On l’a fait 100 fois, 100 fois. Mais comme par hasard, c’était le Hellfest. Paysans et fon­bous.
S: C’était instinc­tif. Rien n’est cal­culé là-dedans. Si je com­mençais à cal­culer les trucs, j’arrêterais tout.
P: C’est pour ça que c’est encore un peu mar­rant. Sinon on se ferait chier. Moi je sais pas com­ment ils font tous ces mecs qui tour­nent…
S: Ils sont dans une démarche, ils sont dans l’entertainment, dans le business.

Vous avez déjà pensé arrêter le groupe ?
D:
Ah ah. 600 fois.
S: Non, jamais moi !
D: “Et on change de nom”…
S: Ah oui ! Je voulais changer le nom. Mais ils n’ont pas eu les couilles. Ils se sont chiés dessus.
P: Non mais je ne vois pas pourquoi, je suis un fidèle moi. Je suis fidèle à tout.
S: Déjà on n’a jamais splitté. A un moment, on s’est juste retrouvé à deux, Pas­cal et moi. On s’est jamais dit “on arrête”, même si on a mis 10 ans avant d’enregistrer un nou­vel album parce qu’on ne trou­vait per­sonne, mais dans notre tête c’était “on va y arriver”. “Never give up, never give in”. Kick­back c’est ça aussi, c’est une vraie lutte. Que ça soit dans nos vies per­son­nelles ou ailleurs. Puis il n’y a même pas de rai­son d’arrêter, pourquoi on arrêterait ? Quel intérêt de dire “Bon bah on arrête”. Non, on dit rien. Puis si on fait rien, on fait rien. On n’a pas besoin de dire que c’est fini.

Merde. J’ai oublié d’évoquer vos pas­sages télé dans les années 90 ? Sur MCM notam­ment.
P:
Du copinage, de l’entrisme.
S: Que de l’entrisme.
P: De toute façon, le busi­ness de la télé c’est ça.
S: C’était grace à Vir­gin, vu qu’on était chez Hos­tile.
P: Après quand t’as un groupe, tout dépend de ton attaché de presse. L’attaché de presse, il a des con­nex­ions et un car­net d’adresses. Nous on n’en avait pas mais on avait Dama [Ben­jamin Chul­vanij], qui a créé Hos­tile. Et on avait des potes, on con­nais­sait le fils de Laure Adler.
S: C’était un tagueur, il taguait SEYO.
P: Voilà, ça a aidé encore. Et comme Dama taguait aussi…
S: On n’a jamais couru après ça.

Et le film ‘La Mort du Chi­nois’ ?
D:
Zzzzzz, rrrrrrr.
S: Avec le recul je me dis, mais qu’est ce qu’on a fait. Quand t’es en train de le faire sur le moment, t’es avec tes potes, tu te bour­res la gueule, tu te rends pas compte.
P: Moi je suis pas dedans, j’avais esquivé. J’ai pris l’argent mais j’y suis pas allé.
S: Je crois qu’on ne s’est pas rendu compte de l’image du truc. Au final on s’en fout, c’est ridicule mais bon.
D: Zzzzzzz, rrrrrrr.
S: Ca nous représente pas. A un moment on a fait un truc ridicule, mais qui peut échap­per au ridicule 24/24.
D: C’était avant quoi, avant.
S: On a bien rigolé, on a pris de la thune.
P: C’était la fête ! Tout le monde était bourré…
S: C’est vrai qu’on était à deux doigts de leur dire, “bon allez vous faire enculer”. En fait, le deal du départ, ils voulaient un groupe. On a dit OK mais nous on ne chang­era pas, on va pas se déguiser. On arrive sur le tour­nage et il faut passer au maquil­lage, cos­tumes. “Cos­tume de quoi ?” On a refusé. Les mecs étaient en train de pani­quer… Après le plan, je l’avais eu avec quelqu’un que je pou­vais pas envoyer chier toute la journée non plus. Donc on a dit “bon allez, on le fait”.
P: Il faut savoir aussi que c’est la pre­mière fois de notre vie où l’on a été cool, on a été “Unity” avec la scène et com­pag­nie. Parce qu’on a fait venir tous les hard­core de Paris pour qu’ils soient payés à faire les fig­u­rants. Ce qui a posé des prob­lèmes. Y’en avait plein. On a quand même fait cro­quer tout le monde à l’époque. Même si c’était minable.
P: Pour Arte, on con­nais­sait Roizès, c’est tout. On a fait Tracks.
S: Ouais, il y a un mec qui s’appelait Philippe Roizès et qui était jour­nal­iste pour Arte, un ancien mec du hard­core, du vieux hard­core. Il avait un groupe qui s’appelait Heimat-Los.
P: Non lui c’était Kro­mo­zom 4. Mais c’était plutôt le man­ager, le label.
S: Oui mais c’était cette bande là. Et donc lui est devenu jour­nal­iste, et c’est lui qui a voulu faire la même chose que le clip de Sick Of It All sur les danses avec ‘For­ever war’, pour Tracks.
P: C’était le pitch pour y avoir accès.

Et aujourd’hui, vous faites quoi à côté du groupe pour payer vos loy­ers ?
S:
Cha­cun se débrouille comme il peut, en gar­dant tou­jours en tête le groupe comme pri­or­ité, donc boulots ali­men­taires de merde, sys­tème D ou tout sim­ple­ment l’illégal… Per­son­nelle­ment, j’ai décidé il y a quelques temps déjà que je ne tra­vaillerai plus jamais pour un patron.
P: Par­lons peu par­lons bien… En 2012, Kick­back c’est 3 per­son­nes. Cha­cun trouve, selon son orig­ine sociale, le moyen de ne pas s’aliéner avec le tra­vail et toutes les con­trar­iétés qui vont avec. Après, on ne peut pas tout te dire quant au finance­ment per­son­nel de cha­cun… Vol, pros­ti­tu­tion, salariat, sub­ven­tion… On pren­dra tout mais on ne don­nera rien, du moins on essaiera le plus pos­si­ble.


2 Commentaires

  1. Hé mec, le lien pour YOUTH ATTACK c’est ça:

    http://www.ihateyouthattack.com/

    pas ce groupe pourri que t’as posté…

  2. ROD

    C’était donc le label et pas le groupe ?

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