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Le système Belmondo

« L’affiche de cinéma, par sa taille, joue le rôle d’une image choc. Véri­ta­ble carte vis­ite du film, elle en exprime le thème cen­tral avec une grande force répéti­tive. Elle offre un sup­port de choix pour l’exaltation des stars. Le “sys­tème Bel­mondo” l’utilise à fond : René Chateau investit 80 % du bud­get pro­fes­sion­nel du Mar­ginal dans 15 000 affiches tous cir­cuits con­fon­dus. Aux exploitants, il fait même dis­tribuer une mal­lette pub­lic­i­taire avec gamme de pro­duits (tire­lires, crayons, bri­quets…) à l’effigie de Belmondo.

Il est facile de repérer le développe­ment de la “mytholo­gie bel­mon­di­enne” ou d’autres stars à tra­vers ces affiches omniprésentes. Elles com­posent des vari­a­tions autour d’une icône famil­ière. L’effet de série est frap­pant : tou­jours en haut et en très gros car­ac­tères, le nom de l’acteur. Rien d’autre, car la mar­que se suf­fit à elle-même, tout le monde sait de quoi on parle. En dessous, une photo ou plus sou­vent un dessin, très réal­iste, cadre ce héros, en pied (ou plus rarement en gros plan). La men­tion “BELMONDO” asso­ciée à cette image con­stitue la mar­que de fab­rique, le logo de l’acteur. Le vrai titre, en bas de l’affiche, n’est qu’une décli­nai­son du con­cept, qu’il s’épuise à définir sans jamais y par­venir tout à fait : “Voyou”, “Incor­ri­gi­ble”, “Mag­nifique”, “Pro­fes­sion­nel”, “Mar­ginal”, etc. Sans rap­port avec l’intrigue, le titre est ce que les pub­lic­i­taires appel­lent la “promesse pro­duit” : on nous promet que Bel­mondo sera fidèle au car­ac­tère établi. LIRE LA SUITE

L’ultima intervista

Annie hait les sucettes

« Com­ment le par­adis néo-féministe ne serait-il pas men­acé dès que la ten­ta­tion de la solu­tion amoureuse appa­raît pour laisser sup­poser, même néga­tive­ment, que tout rap­port sex­uel engen­dre une mul­ti­plic­ité de présences fan­tas­ma­tiques, féminines et mas­cu­lines ? Ou encore que la mis­ère des rap­ports humains ne tient pas plus à un sexe qu’à l’autre mais à une mis­ère sex­uelle dom­i­nante que le néo-féminisme con­tribue à ren­forcer en enfer­mant les femmes dans un par­tic­u­lar­isme à la portée de toutes et dont le tri­om­phal­isme peut seule­ment dis­traire celles-ci des causes pro­fondes de ce malheur ?

Car enfin, com­ment les femmes, faute d’avoir pu ou su aimer les hommes, n’en pourraient-elles que mieux aimer les femmes ? Je ne com­prends pas que celles qui depuis tou­jours ont eu le goût des femmes ne se soient pas déjà insurgées de voir le les­bian­isme devenir en quelques années la posi­tion de repli sex­uel par excel­lence. A la lueur du néo-féminisme, l’homosexualité fémi­nine n’est plus que la car­i­ca­ture d’elle-même; avant d’avoir été recon­nue comme un des paysages de l’amour, la voici dev­enue le triste maquis d’où on peut haïr l’homme sans grand dan­ger : il suf­fit de hurler avec les lou­ves. »
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HI-LA-RI-OUS

France 2017 : entre mythe et réalité

Saint-Palais-sur-Mer (17, Charente-Maritime)
Con­dom (32, Gers)
Lour­des (65, Hautes-Pyrénées) LIRE LA SUITE

Fashion Faux Pas

Un bon flic est un flic con

« Tout est fait pour éviter aux gens de se faire agresser dans la rue, mais être ainsi jeté dans la pré­car­ité sans espoir de retrou­ver un emploi — et une place dans la cité — est bien plus ter­ri­ble que de pren­dre un coup de poing dans la gueule. Dans ce domaine, oui : je trouve notre société d’une vio­lence insupportable.

Mais qu’on ne s’y méprenne pas : les flics sont des aux­il­i­aires de jus­tice, pas de morale. La fron­tière entre le bien et le mal est bien trop ténue, poreuse ou élas­tique pour que je sois capa­ble d’être caté­gorique dans ce domaine. Et les poulets ne sont pas des saints, je le sais bien. Certes, la final­ité de leur action est bonne, mais les méth­odes pour y par­venir sont par­fois bor­der­line. Néan­moins, la sit­u­a­tion aujourd’hui est plus clean qu’elle ne le fut. Pourquoi ? Parce que, selon moi, les flics sont moins auda­cieux, je n’ose dire moins courageux.

En effet, les officiers de police ne sont plus recrutés en fonc­tion de leur moti­va­tion mais de leur niveau d’instruction. La cul­ture générale, qui ne sert à rien pour être un bon flic sur le ter­rain, est ainsi dev­enue une épreuve essen­tielle pour être admis dans l’encadrement policier. Con­séquence : les 30 ou 40 can­di­dats retenus parmi 4000 pos­tu­lants seront cul­tivés, mais ça ne garan­tit pas — à mes yeux — que ce seront de bons flics. »

Des deux côtés du miroir : itinéraire d’un flic pas comme les autres, Jean-Marc Bloch, 2015.
Légende : Parole de flic, 1985

Célébrer la médiocrité

« Il importe de se rap­peler que Wil­son sor­tit Let’s Talk About Love à un instant charnière du jour­nal­isme musi­cal, alors que le légendaire essai de K. San­neh sur le « rock­ism », paru en 2004 dans le New York Times, était encore rel­a­tive­ment frais. L’écrit de San­neh fit pren­dre con­science d’un mou­ve­ment anti-rockism qui ser­vait une fin précieuse : il per­mit aux cri­tiques de dépasser les lim­ites du canon, leur donna la chance de con­tex­tu­aliser leurs pro­pres préférences en matière de goût et d’avouer leurs plaisirs (et déplaisirs) hon­teux en ter­mes de pop, d’une manière qui coïncidait avec l’essor du « pop­ti­mism » cul­turel. Or, en 2013, une réaction bru­tale éclata con­tre la pop d’évasion, celle qui est vue comme plate ou fuyant la réalité – con­sul­tez par exem­ple la polémique lancée par Rick Moody, « I Dared Crit­i­cize Tay­lor Swift » (« J’ai osé cri­ti­quer Tay­lor Swift ») sur le site Salon.com en février 2013 et les com­men­taires qu’il a suscités. LIRE LA SUITE

La subversion, pour quoi faire ?

« Cette interprétation à deux vitesses sur­git partout pour la musique sen­ti­men­tale: l’excès, le fait de suivre une recette, d’être bi-dimensionnel, peu­vent tous représenter des points posi­tifs pour une musique qui n’est pas douce et con­ciliante, mais furieuse et rebelle. On pour­rait dire que le punk est le schmaltz de la colère – notion renforcée par la facilité avec laque­lle, avec le punk « emo », elle est réadaptée pour exprimer des angoisses per­son­nelles. Le punk, le metal, même le rock à voca­tion de jus­tice sociale tels que U2 ou Rage Against The Machine, avec leurs slo­gans empha­tiques sur l’individualité et l’indépendance, sont aussi « stim­u­lants » ou « moti­vants » que la musique de Céline Dion, mais visent des sous-groupes cul­turels différents. En tout cas, ils sont tout aussi par­ti­aux et mal dégrossis. LIRE LA SUITE

L’anti-monde

« … sous l’œil vig­i­lant des Mil­ices égali­tistes, l’incitation à l’hétérosexualité est désor­mais alignable sur l’incitation, par exem­ple, à la haine raciale. Tous ces phénomènes mon­strueux au sens strict ne font que com­mencer, et ils n’ont pas encore pro­duit leurs plus suc­cu­lents effets, mais ça ne saurait tarder. “L’enfer se hait lui-même”, dis­ait Bernanos. Il faut ajouter que l’enfer auquel, sous les espèces spé­ci­fiques d’associations infati­ga­bles et déchaînées, on donne aujourd’hui la parole et le pou­voir, et notam­ment, dans les tri­bunaux, qui sont devenus les prin­ci­paux théâtres où ces inter­mit­tents de la per­sé­cu­tion se don­nent à voir, n’aura de cesse d’y pré­cip­iter tous les êtres sans excep­tion. Car cet enfer, comme d’ailleurs tous les enfers depuis que les hommes ont décou­vert l’existence des enfers, est rem­pli de damnés qui ne sup­por­t­ent pas d’être seuls damnés. C’est même à cela que l’on recon­naît le damné : à ce qu’il ne peut pas tolérer de rester seul ; et à ce qu’il va s’efforcer de pré­cip­iter tout le monde dans sa damna­tion. Dans le lan­gage de notre époque, qui essaie à grand-peine de trans­former la téra­tolo­gie quo­ti­di­enne en nor­mal­ité (c’est l’essentiel de son tra­vail), cela s’appelle flat­teuse­ment un mil­i­tant… » LIRE LA SUITE