TOUS LES ARTICLES SOCIOLOGIE

L’ultime selfie

« Dans la période où se déroule le roman, Patrick Bateman appartenait déjà au 1 % qui n’avait pas encore été nommé ainsi, comme il en ferait partie aujourd’hui. Mais vivrait-il ailleurs, avec des intérêts différents ? Est-ce que les progrès de l’expertise médico-légale – pour ne pas mentionner les caméras de Big Brother virtuellement à chaque coin de rue – l’empêcheraient de se tirer sans dommage des meurtres qu’il confesse avoir commis au lecteur, ou bien l’expression de sa rage prendrait-elle une autre forme ? Hanterait-il les réseaux sociaux en tant que troll utilisant des fausses identités ? Aurait-il un compte Twitter pour se vanter de ce qu’il a accompli ? Présenterait-il sur Instagram sa richesse, ses abdominaux, ses victimes potentielles ?

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David Geffen : démon ou génie ?

« Les géants de l’industrie de l’entertainment américain viennent souvent des finances, des banques, fréquemment de la télévision ou des agences de talents, parfois du cinéma, presque jamais de l’industrie du disque. Sauf David Geffen.

Avec Motown, Berry Gordy a su vendre la pop music aux teenagers blancs, en rendant la musique noire « hip ». David Geffen va faire mieux : il va rendre le rock « soft » et la pop « cool ». Ce passage du « hip » au « cool » est un tournant important pour l’entertainment.

Si Berry Gordy est né noir, David Geffen est né pauvre. « En Amérique, la plupart des riches ont commencé par être pauvres », explique Tocqueville, en une formule célèbre. Issu d’une famille juive européenne émigrée de Tel-Aviv (alors encore en Palestine), Geffen a grandi dans les années 1940 dans le quartier juif de Brooklyn à New York. Autodidacte, il n’a jamais fini ses études universitaires, même s’il s’invente un diplôme de UCLA, l’université publique de Californie, pour obtenir un premier job à vingt ans chez l’une des « talent agencies » d’Hollywood, William Morris. Il commence à distribuer le courrier dans les bureaux et observe les gens parler au téléphone. « Je les écoutais parler et je me suis dit : je peux faire ça moi aussi. Parler au téléphone. »

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Like it or Not

« L’économie de la réputation est un autre exemple de l’affadissement de notre culture, même si l’application de la pensée unique sur les réseaux sociaux n’a fait qu’accroître l’anxiété et la paranoïa, parce que ceux qui approuvent impatiemment l’économie de la réputation sont aussi, bien entendu, les plus effrayés. Que se passerait-il s’ils perdaient leur plus important – sinon unique – actif ? C’est un autre rappel inquiétant du caractère désespéré, financièrement, de la situation des individus et du fait que le seul instrument dont ils disposent pour s’élever dans l’échelle économique est leur réputation étincelante d’optimisme avec sa fausse surface sans défaut – qui ne fait qu’ajouter à leur inquiétude incessante, leur besoin continuel d’être aimé, aimé, aimé. Ce que les gens semblent oublier dans ce miasme de faux narcissisme et dans notre nouvelle culture de l’étalage, c’est que l’autonomisation ne résulte pas du fait d’aimer ceci ou cela, mais plutôt du fait d’être fidèle à notre moi contradictoire et chaotique – qui implique en fait, parfois, de haïr. LIRE LA SUITE

Point immobilier

« Nous habitions un grand trois pièces au 29e étage de la tour Totem, une espèce de structure alvéolée de béton et de verre posée sur quatre énormes piliers de béton brut, qui évoquait ces champignons d’aspect répugnant mais paraît-il délicieux que l’on appelle je crois des morilles. La tour Totem était située au cœur du quartier Beaugrenelle, juste en face de l’île aux Cygnes. Je détestais cette tour et je détestais le quartier Beaugrenelle, mais Yuzu adorait cette gigantesque morille de béton, elle en était « immédiatement tombée amoureuse », c’est ce qu’elle déclarait à tous nos invités, au moins dans les premiers temps, elle le déclarait peut-être toujours d’ailleurs mais ça faisait bien longtemps que j’avais renoncé à rencontrer les invités de Yuzu, immédiatement avant leur arrivée je m’enfermais dans ma chambre et je n’en sortais plus de la soirée. LIRE LA SUITE

La fabrication du mainstream

« La campagne commerciale d’un long-métrage hollywoodien est un véritable plan de bataille coordonné sur plusieurs continents. C’est l’étape essentielle de tout film mainstream. Durant les trente dernières années, ces campagnes se sont professionnalisées et leur coût a décuplé (environ 2 millions de dollars pour un film de studio en moyenne en 1975 ; 39 millions en moyenne en 2003, mais fréquemment plus de 100 millions pour les principaux blockbusters). LIRE LA SUITE

Disney über alles

« À l’origine du Roi Lion en comédie musicale, il y a le succès du film qui en trois ans de distribution, salles, home video et produits dérivés inclus, a rapporté près d’un milliard de dollars. « Eisner savait que les industries créatives doivent constamment se renouveler. Il ne voulait pas que Disney devienne un musée, il fallait donc se réinventer chaque jour. C’est pour cette raison, puisque j’avais fait le film pour Disney, qu’il m’a finalement donné le feu vert pour emmener Le Roi Lion à Broadway », explique Schumacher. Qui s’engage dans l’aventure avec les moyens financiers que l’on imagine. Pour expérimenter le projet, Disney débloque immédiatement 34 millions de dollars. Deuxième étape : le rachat d’un célèbre théâtre de la 42e rue, l’Amsterdam, un bijou d’architecture Art nouveau datant de 1903, avec ses peintures murales allégoriques, ses frises et ses mosaïques, peu à peu tombé à l’abandon à mesure que les sex-shops, la prostitution, la drogue et les gangs ont envahi la rue. LIRE LA SUITE

Comizi d’Amore

En 1964, Pier Paolo Pasolini réalise une enquête sur la sexualité à travers toute l’Italie. Il en tire un document vorizzimo, visible entièrement ici.

Février du cinéma français

– Marion et Ben, trentenaires, font connaissance sur Tinder. C’est à peu près tout ce qu’ils ont en commun ; mais les contraires s’attirent, et ils décident au petit matin de leur rencontre de partir ensemble en vacances malgré l’avis de leur entourage. Ils partiront finalement… en Bulgarie, à mi-chemin de leurs destinations rêvées : Beyrouth pour Marion, Biarritz pour Ben.

– Alain dirige une célèbre maison d’édition, où son ami Léonard, écrivain bohème publie ses romans. La femme d’Alain, Séléna, est la star d’une série télé populaire et Valérie, compagne de Leonard, assiste vaillamment un homme politique. Les relations entre les deux couples vont se compliquer.

– La vie de Wanda va à vau-l’eau depuis qu’elle a une phlébite. Cette mannequin jambes se retrouve au chômage technique. En vacances à la montagne, elle ne peut pas skier. Son mari ne la comprend plus. Ses enfants non plus. Mais son vrai problème porte un nom : le syndrome du moniteur de ski. LIRE LA SUITE

Horizombre

« Au-delà du jeunisme de Canal+, nous pouvons voir sur nos écrans défiler l’après-midi des publicités traitant de baignoires sécurisées, de fuites urinaires et d’assurances obsèques. Nous vivons dans un monde idéologiquement dominé par l’âge, dans lequel les jeunes sont incités à se préoccuper de leur retraite avant même d’avoir trouvé un emploi. Bien loin d’avoir des vieux qui restent jeunes d’esprit, les sociétés les plus avancées fabriquent des jeunes programmés pour le vieillissement, qui veulent par exemple le plus vite possible acheter un logement – c’est un complément de retraite – et contribuent ainsi, en faisant monter les prix, à la diminution de leur propre surface habitable. Pour compléter le tableau, « l’État social des classes moyennes et des vieux » n’investit plus vraiment dans la construction de logements. LIRE LA SUITE

Sérieux ?

« Dans un merveilleux article consacré à la diversité des sciences sociales, le Norvégien Johan Galtung comparait, il y a plus de trente ans, les styles intellectuels anglo-saxon, germanique, français et japonais (Saxonic, Teutonic, Gallic et Nipponic selon sa propre terminologie). Il y évoquait l’intellectuel anglais ou américain, empirique, concepteur d’une multitude de pyramides de taille modeste, point trop abattu lorsque l’invalidité de l’une de ses petites constructions était démontrée. Il peignait l’intellectuel japonais comme un homme (ou une femme) pourvu(e) d’une roue mobile lui évitant un engagement trop fort dans un modèle trop défini, soucieux avant tout de ne pas oublier la complexité du monde. Il y décrivait l’intellectuel allemand, architecte d’une impressionnante pyramide unique, mais prêt à s’effondrer psychologiquement si la fausseté de son système était prouvée. Il en venait enfin à l’intellectuel français, bâtisseur comme l’Allemand d’une grande théorie, mais que Galtung représentait joliment comme un hamac tendu entre deux pôles, un système sous tension jamais pris complètement au sérieux par son auteur, lui-même pressé de fuir autour d’un bon déjeuner une discussion de fond. Écoutons Galtung : « Je pense que l’intellectuel allemand (Teutonic) croit vraiment ce qu’il dit, une chose que son équivalent français (Gallic) ne ferait jamais vraiment… L’intellectuel français (Gallic) aurait plutôt tendance à considérer son modèle comme une métaphore qui jette un peu de lumière sur la réalité mais ne devrait pas être prise trop au sérieux. » LIRE LA SUITE