TOUS LES ARTICLES AVEC Ville

Glissez !

« Je demeu­rais songeur et triste devant la tombe que les fos­soyeurs comblaient. Je ten­tais de mémoriser un dis­cours de Ouap, de ces dis­cours décousus qui pour­tant frap­paient juste et touchaient fort. Les ter­mes exacts étaient presque ceux-ci : “Plaquez tout, les petits. Le tra­vail — dans ce con­texte — n’ennoblit pas l’homme. Les idéo­logues qui pré­ten­dent le con­traire, quelle est leur pro­fes­sion ? Et quelles sont les chances de durée, je veux dire de durer dans l’amour, d’un cou­ple qui se sépare à 7 heures pour se revoir vers 20 heures, fatigué, au cœur d’une bruyante cité HLM ? Moi, je suis parti longtemps, préférant la gêne dans le bleu de la Provence à la survie au milieu des odeurs de choux et de volailles, ici. Vos yeux sont des miroirs las de refléter les grues, le ciment, les tours et les usines. Glis­sez, mor­tels, sur la pente savon­neuse du turbin-chagrin ! Glis­sez vers les cimetières pop­u­laires surpe­u­plés ! Glis­sez sur vos rêves écrabouil­lés, magma rosis­sant et doré des splen­deurs à venir. Glis­sez sur le flot de vos larmes ren­trées, sur votre sueur, sur le sang des règles qui prend l’ouvrière debout quand, ailleurs, on va “s’étendre un moment”. Eh oui ! petit, je m’excuse mais c’est comme ça ! Glis­sez sous ce beau ciel qui part pour ailleurs ! Glis­sez au rythme du piano du voisin d’à côté qui était peut-être un vir­tu­ose et qui attend son can­cer loin de l’odeur du lilas et des roses ! Glis­sez, mor­tels et songez que ce n’est pas juste vis-à-vis des garçon­nets et des fil­lettes que vous étiez et qui auraient dû avoir tous les droits ! Ah ! nom de Dieu, vive la Révolution ! »

Tueurs de flics, Frédéric H. Fajardie, 1979.
Légende : Anthony Dominguez.

L’homme-loyer

« La vie elle-même est dev­enue le ‘locataire’ fiévreux de la grande ville. Le citoyen lui-même a perdu de vue le véri­ta­ble but de l’existence humaine et il accepte des buts de sub­sti­tu­tion dans la mesure où son exis­tence arti­fi­cielle­ment gré­gaire s’oriente de plus en plus vers la promis­cuité aveu­gle et aven­tureuse d’un ani­mal rusé, une cer­taine forme de greffe, une quête fébrile du sexe pour se ‘reposer’ de la rou­tine factuelle du tumulte mécanique des con­flits mécaniques. En atten­dant, il s’efforce de main­tenir arti­fi­cielle­ment ses dents, ses cheveux, mus­cles et sève; il voit sa vue et son audi­tion faib­lir à force de tra­vailler à la lumière arti­fi­cielle ou de com­mu­ni­quer par télé­phone; il se déplace à contre-courant ou au tra­vers de la cir­cu­la­tion au risque d’être blessé ou de mourir. Il gaspille régulière­ment le temps des autres comme les autres gaspillent tout aussi régulière­ment le sien car tous vont dans des direc­tions dif­férentes sur des échafaudages, des sur­faces de béton ou sous terre pour entrer dans une autre cel­lule sous la dépen­dance de quelques autres pro­prié­taires. LIRE LA SUITE

Traité de Lisbonne

Bien­v­enue à Lis­bonne, 500 000 habi­tants, cap­i­tale la plus à l’ouest de l’Europe, ville aux 7 collines, pays de tolérance et de belle faïence.

Alfama : Le meilleur quartier où se paumer tel un marin triste des années 30, au milieu des gar­gotes, des vieux, des mon­tées infer­nales, des chanteuses de fado… et for­cé­ment des touristes français.

Bairro Alto : “Dans ce quartier se con­cen­trent générale­ment les groupes de tribus urbaines, qui pos­sè­dent des étab­lisse­ments et des lieux de réu­nion pro­pres.” Quadrillage de ruelles, bars dou­teux, améri­cains besogneux… et un peu plus bas, la piste aux étoiles, “comme à Hol­ly­wood”. LIRE LA SUITE

PARIS n’existe pas.

« Ce grand Paris, cap­i­tale du monde, auprès duquel Athènes, Rome, Mem­phis, Baby­lone, n’étaient que des bour­gades provin­ciales, ce Paris qui a fait et défait l’univers plusieurs fois, comme on fait et défait une couche; ce Paris rêve de tout homme venant en ce monde, et de tout homme arrivé aux dernières lim­ites du pèleri­nage vers la tombe; ambi­tion de tout poète, de tout artiste, de tout con­quérant: pôle nord et sud à la fois de la civil­i­sa­tion; ce Paris qu’il faut habiter pour être quelque chose sur cette terre, LIRE LA SUITE