TOUS LES ARTICLES SOCIOLOGIE

Oncle Roger

Ceux qui avaient trouvé Con­fes­sions d’un dragueur lourd et myso pour­raient bien dévisser à l’écoute des frasques de Ton­ton Roger. Pub­lic­i­taire le jour, pré­da­teur le soir, Camp­bell Scott met tout son bagout pro­fes­sion­nel à l’œuvre avec la gent fémi­nine, dans les bars les plus lounge de Man­hat­tan (on est en 2002) et pré­tend fière­ment ramener une femme chez lui chaque soir. Ça, c’est la ver­sion offi­cielle. LIRE LA SUITE

La phase dépressive de la culture

« Un tel mécan­isme de légiti­ma­tion cul­turelle, répété jusqu’à la par­o­die depuis années 1950, ne rend désor­mais plus prob­lé­ma­tique la ques­tion de la nature “artis­tique” du cinéma. Car il y a eu, dans la société, d’irrésistibles mou­ve­ments de fond qui ont rad­i­cale­ment trans­formé le statut de la cul­ture et déplacé, déter­ri­to­ri­al­isé, cette idée d’une val­ori­sa­tion artis­tique du cinéma. Depuis près de 40 ans, ce que l’on désigne comme la “grande cul­ture” ou cul­ture clas­sique est entrée dans une phase dépres­sive. La mon­tée hégé­monique (au sens gram­scien) d’une généra­tion et d’une classe sociale par­ti­c­ulière (la petite bour­geoisie) a créé les con­di­tions idéologiques d’une cri­tique du savoir qui a eu comme con­séquence une désacral­i­sa­tion de la cul­ture noble, idéolo­gie reprise depuis deux décen­nies, à leur compte, par les indus­tries cul­turelles elles-mêmes, sans doute parce qu’elle est le plus effi­cace instru­ment de leur dom­i­na­tion. LIRE LA SUITE

Le grand cauchemar des années 1980

1981

 
« L’atmosphère, “cette année-là”, n’est pas un élé­ment de con­texte mais une dimen­sion déci­sive. L’an 80 est l’ère de l’aura, de l’auréole des promesses. On cir­cule parmi l’émanation des pos­si­bles, dans l’éther des devenirs. Il n’est pas com­plète­ment anec­do­tique que le pre­mier été de la rose soit aussi le grand été du slow, de la bande orig­i­nale du film La Boum à Kim Carnes et “Imag­ine” de John Lennon : aucune musique n’est plus atmo­sphérique, envi­ron­nemen­tale, poudreuse. Il y a dis­sémi­na­tion des ent­hou­si­asmes col­lec­tifs, con­ta­gion des espoirs les plus fous par le seul effet de l’ambiance. Ne rêve t-on pas alors “à la semaine de 20 heures en l’an 2000″, à une revanche con­tre tous les priv­ilèges, à un régime digne du Chili de Sal­vador Allende, mais qu’aucun ennemi ne viendrait faucher dans son élan ? Pré­caires et pro­lé­taires béné­fi­cient à leur échelle de cette nou­velle atmo­sphère, les employés de grandes sur­faces notant par exem­ple que les chefs de rayon ne leur par­lent plus sur le même ton et que les clients les regar­dent autrement. LIRE LA SUITE

Les Signeurs de la Guerre

« La poli­tique médi­a­tique de l’émotion et l’éternel présent de l’urgence dépos­sède […] les vic­times en ques­tion de leur des­tin his­torique, au profit du bon samar­i­tain occi­den­tal ren­forcé dans son rôle d’éclaireur plané­taire. D’où le dou­ble para­doxe de ce par­a­digme human­i­taire, tel qu’il est refor­mulé à l’orée des années 1980. Sous pré­texte d’ouvrir son cœur au mal­heur du monde, tout en le fer­mant d’ailleurs sou­vent à ce qui se déroule sous ses fenêtres (la faim dans le monde sus­cite des élans lyriques, mais le SDF remis à la rue laisse de plus en plus indif­férent), on retire à ce monde déjà muselé toute ini­tia­tive sociopoli­tique. Et, en n’en faisant que l’objet rit­uel d’une com­miséra­tion oblig­a­toire, qui rend inutile de com­pren­dre ce qui se passe sur place, on ouvre aussi en France un cycle de fer­me­ture sur soi du débat pub­lic et d’absence de curiosité pour les réal­ités poli­tiques extérieures – que vien­dront clore seule­ment les guer­res soudaines du début des années 1990. LIRE LA SUITE

Triste plutôt que malheureux!

« Même en lui trou­vant toutes les raisons du monde, ce change­ment de cap presque simul­tané d’une grande par­tie de la généra­tion 68 est ce que peine tou­jours à com­pren­dre la généra­tion qui est la mienne. Un change­ment de cap qu’on pour­rait résumer d’un mot sous la fig­ure d’un aban­don de la résis­tance. En effet, ceux-là mêmes qu’obsédait depuis tou­jours l’imaginaire antifas­ciste de la Résis­tance, avec ses jour­naux clan­des­tins, ses por­teurs de valises, ceux qui s’en abreuvèrent peut-être d’autant plus que leurs par­ents avaient sou­vent préféré passer sous silence ces heures som­bres, ceux mêmes qui le placèrent au cœur de leur com­bat de jeunesse “sans fin” con­tre le cap­i­tal­isme, ceux-là inter­dirent ensuite toute résis­tance à l’ordre nou­veau qu’ils étab­lis­saient. Ils se sont acharnés à ren­dre cette résis­tance incon­cev­able, irreprésentable, une fois par­venus au faîte du pou­voir.
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Les rejetés du festin

« Con­tester l’état des choses et le mode de vie respon­s­able de leur per­pé­tu­a­tion n’est plus perçu comme une défense jus­ti­fiée du respect des droits humains perdus/volés (et pour­tant inal­ién­ables), dont les principes devraient être recon­nus et recevoir un traite­ment égal. Cette con­tes­ta­tion est même con­sid­érée de la manière dont Niet­zsche regar­dait la « com­pas­sion active pour tous les ratés et les faibles » : un sen­ti­ment « plus nuis­i­ble qu’aucun vice », car « ménager, com­patir, là fut tou­jours le plus grand de mes périls ». LIRE LA SUITE

Allez la France !

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La ville sans attaches

« D’après l’analyse de Hen­ning Bech, la sen­sa­tion grisante d’occasion et de lib­erté asso­ciée à la vie urbaine ne provient pas seule­ment de l’abondance des impres­sions disponibles, mais aussi – et peut-être prin­ci­pale­ment – de la « libéra­tion de soi-même » […] – les rela­tions urbaines sont anonymes et n’engagent à rien. Elles sont égale­ment sat­urées d’esprit con­sumériste : on ne s’y engage que pour les dis­soudre à nou­veau, elles durent autant que le plaisir qu’elles pro­curent, et s’effondrent dès qu’un plaisir plus grand, provenant d’une source dif­férente, com­mence à pointer le bout de son nez : on con­tracte les ren­con­tres for­tu­ites humaines aussi facile­ment qu’on s’en débar­rasse, comme pour l’appropriation des arti­cles de super­marché, puisqu’elles ne sont motivés et soutenus que par des atten­tions et désirs insta­bles. LIRE LA SUITE

Présent perpétuel

« Dans la vie-jeu des con­som­ma­teurs post­mod­ernes, les règles changent sans arrêt en cours de par­tie. La stratégie annon­cée con­siste donc à ne faire durer aucune par­tie – de sorte qu’un jeu de vie mené raisonnable­ment demande la divi­sion d’une même grande par­tie glob­ale, dotée d’enjeux colos­saux, en une série de par­ties brèves et étroites dotées de petits enjeux. Les principes directeurs de tout com­porte­ment rationnel devi­en­nent : « Déter­mi­na­tion à vivre un jour après l’autre » et « Décrire la vie quo­ti­di­enne comme une suc­ces­sion d’urgences mineures ».

Ne faire durer aucune par­tie sig­ni­fie se méfier des engage­ments à long terme. Refuser d’être « fixé » d’une manière ou d’une autre. Ne pas se faire lig­oter à un endroit, quand bien même il est présen­te­ment agréable d’y faire une halte. Ne pas con­sacrer entière­ment sa vie à une seule voca­tion. Ne jurer con­sis­tance et loy­auté à rien ni per­sonne. LIRE LA SUITE

La France se hait !

« Est-ce aimer la France ? S’aimer soi-même ? Ou, plus sim­ple­ment, aimer un ordre théâ­tral à l’intérieur duquel tri­om­phe la plus évi­dente mais aussi la plus facile des grandeurs mise en scène ? Chez les mau­vais auteurs, le thème du jardin à la française se dou­blera d’un autre cliché d’amour cour­tois, “la France grande dame”. Qu’il devient froid, l’amour de la France ! LIRE LA SUITE