TOUS LES ARTICLES SOCIOLOGIE

Sérieux ?

« Dans un merveilleux article consacré à la diversité des sciences sociales, le Norvégien Johan Galtung comparait, il y a plus de trente ans, les styles intellectuels anglo-saxon, germanique, français et japonais (Saxonic, Teutonic, Gallic et Nipponic selon sa propre terminologie). Il y évoquait l’intellectuel anglais ou américain, empirique, concepteur d’une multitude de pyramides de taille modeste, point trop abattu lorsque l’invalidité de l’une de ses petites constructions était démontrée. Il peignait l’intellectuel japonais comme un homme (ou une femme) pourvu(e) d’une roue mobile lui évitant un engagement trop fort dans un modèle trop défini, soucieux avant tout de ne pas oublier la complexité du monde. Il y décrivait l’intellectuel allemand, architecte d’une impressionnante pyramide unique, mais prêt à s’effondrer psychologiquement si la fausseté de son système était prouvée. Il en venait enfin à l’intellectuel français, bâtisseur comme l’Allemand d’une grande théorie, mais que Galtung représentait joliment comme un hamac tendu entre deux pôles, un système sous tension jamais pris complètement au sérieux par son auteur, lui-même pressé de fuir autour d’un bon déjeuner une discussion de fond. Écoutons Galtung : « Je pense que l’intellectuel allemand (Teutonic) croit vraiment ce qu’il dit, une chose que son équivalent français (Gallic) ne ferait jamais vraiment… L’intellectuel français (Gallic) aurait plutôt tendance à considérer son modèle comme une métaphore qui jette un peu de lumière sur la réalité mais ne devrait pas être prise trop au sérieux. » LIRE LA SUITE

Italia 2018

TURIN (Piémont)


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MANGER

Actrices de gauche / Actrices de droite

« On sait qu’à ses propres yeux comme à ceux de l’étranger, la France s’incarne dans son cinéma, notamment par le choix de ses « stars ». En élisant, pour représenter Marianne, l’actrice la plus populaire de chaque époque, les Français entérinent plus ou moins consciemment la valeur politique des vedettes de l’écran. Chacun a son avis à donner sur le corps des modèles offerts à la communauté. C’est ainsi qu’aux antipodes du glamour américain, les actrices qui acceptent des rôles physiquement ingrats représentent pour les détracteurs du jeune cinéma le symptôme de décadence d’un art qui aurait oublié de distraire. Infatigable admirateur des « séries B » américaines, Alain Paucard stigmatise par exemple les « Vénus phtisiques » qui envahissent « son » cinéma : LIRE LA SUITE

Le système Belmondo

« L’affiche de cinéma, par sa taille, joue le rôle d’une image choc. Véritable carte visite du film, elle en exprime le thème central avec une grande force répétitive. Elle offre un support de choix pour l’exaltation des stars. Le « système Belmondo » l’utilise à fond : René Chateau investit 80 % du budget professionnel du Marginal dans 15 000 affiches tous circuits confondus. Aux exploitants, il fait même distribuer une mallette publicitaire avec gamme de produits (tirelires, crayons, briquets…) à l’effigie de Belmondo.

Il est facile de repérer le développement de la « mythologie belmondienne » ou d’autres stars à travers ces affiches omniprésentes. Elles composent des variations autour d’une icône familière. L’effet de série est frappant : toujours en haut et en très gros caractères, le nom de l’acteur. Rien d’autre, car la marque se suffit à elle-même, tout le monde sait de quoi on parle. En dessous, une photo ou plus souvent un dessin, très réaliste, cadre ce héros, en pied (ou plus rarement en gros plan). La mention « BELMONDO » associée à cette image constitue la marque de fabrique, le logo de l’acteur. Le vrai titre, en bas de l’affiche, n’est qu’une déclinaison du concept, qu’il s’épuise à définir sans jamais y parvenir tout à fait : « Voyou », « Incorrigible », « Magnifique », « Professionnel », « Marginal », etc. Sans rapport avec l’intrigue, le titre est ce que les publicitaires appellent la « promesse produit » : on nous promet que Belmondo sera fidèle au caractère établi. LIRE LA SUITE

L’ultima intervista

Annie hait les sucettes

« Comment le paradis néo-féministe ne serait-il pas menacé dès que la tentation de la solution amoureuse apparaît pour laisser supposer, même négativement, que tout rapport sexuel engendre une multiplicité de présences fantasmatiques, féminines et masculines ? Ou encore que la misère des rapports humains ne tient pas plus à un sexe qu’à l’autre mais à une misère sexuelle dominante que le néo-féminisme contribue à renforcer en enfermant les femmes dans un particularisme à la portée de toutes et dont le triomphalisme peut seulement distraire celles-ci des causes profondes de ce malheur ?

Car enfin, comment les femmes, faute d’avoir pu ou su aimer les hommes, n’en pourraient-elles que mieux aimer les femmes ? Je ne comprends pas que celles qui depuis toujours ont eu le goût des femmes ne se soient pas déjà insurgées de voir le lesbianisme devenir en quelques années la position de repli sexuel par excellence. A la lueur du néo-féminisme, l’homosexualité féminine n’est plus que la caricature d’elle-même; avant d’avoir été reconnue comme un des paysages de l’amour, la voici devenue le triste maquis d’où on peut haïr l’homme sans grand danger : il suffit de hurler avec les louves. »
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France 2017 : entre mythe et réalité

Saint-Palais-sur-Mer (17, Charente-Maritime)
Condom (32, Gers)
Lourdes (65, Hautes-Pyrénées) LIRE LA SUITE

Fashion Faux Pas

Un bon flic est un flic con

« Tout est fait pour éviter aux gens de se faire agresser dans la rue, mais être ainsi jeté dans la précarité sans espoir de retrouver un emploi – et une place dans la cité – est bien plus terrible que de prendre un coup de poing dans la gueule. Dans ce domaine, oui : je trouve notre société d’une violence insupportable.

Mais qu’on ne s’y méprenne pas : les flics sont des auxiliaires de justice, pas de morale. La frontière entre le bien et le mal est bien trop ténue, poreuse ou élastique pour que je sois capable d’être catégorique dans ce domaine. Et les poulets ne sont pas des saints, je le sais bien. Certes, la finalité de leur action est bonne, mais les méthodes pour y parvenir sont parfois borderline. Néanmoins, la situation aujourd’hui est plus clean qu’elle ne le fut. Pourquoi ? Parce que, selon moi, les flics sont moins audacieux, je n’ose dire moins courageux.

En effet, les officiers de police ne sont plus recrutés en fonction de leur motivation mais de leur niveau d’instruction. La culture générale, qui ne sert à rien pour être un bon flic sur le terrain, est ainsi devenue une épreuve essentielle pour être admis dans l’encadrement policier. Conséquence : les 30 ou 40 candidats retenus parmi 4000 postulants seront cultivés, mais ça ne garantit pas – à mes yeux – que ce seront de bons flics. »

Des deux côtés du miroir : itinéraire d’un flic pas comme les autres, Jean-Marc Bloch, 2015.
Légende : Parole de flic, 1985