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Denys Arcand : Du déclin aux ténèbres

LE DÉCLIN DE L’EMPIRE AMÉRICAIN (1986)



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Réappropriation !

« …je voudrais une nou­velle fois m’arrêter sur ce stéréo­type de la réap­pro­pri­a­tion de la cité, véri­ta­ble psittacisme que les nervis dada de la Mairie de Paris, mais pas seule­ment eux, ont sans cesse au bec. Récem­ment, dans un quo­ti­dien, on par­lait d’inciter les gens à “se réap­pro­prier les points d’accès pub­lic à l’Internet sans fil”, c’est-à-dire le réseau wi-fi, comme si quelque chose qui vient seule­ment d’apparaître pou­vait déjà avoir été mécham­ment dérobé et qu’il fal­lait par­tir à sa recon­quête. Qu’est-ce que c’est que cette affaire de réap­pro­pri­a­tion générale et de réap­pro­pri­a­tion de Paris en par­ti­c­ulier ? LIRE LA SUITE

L’homme-loyer

« La vie elle-même est dev­enue le ‘locataire’ fiévreux de la grande ville. Le citoyen lui-même a perdu de vue le véri­ta­ble but de l’existence humaine et il accepte des buts de sub­sti­tu­tion dans la mesure où son exis­tence arti­fi­cielle­ment gré­gaire s’oriente de plus en plus vers la promis­cuité aveu­gle et aven­tureuse d’un ani­mal rusé, une cer­taine forme de greffe, une quête fébrile du sexe pour se ‘reposer’ de la rou­tine factuelle du tumulte mécanique des con­flits mécaniques. En atten­dant, il s’efforce de main­tenir arti­fi­cielle­ment ses dents, ses cheveux, mus­cles et sève; il voit sa vue et son audi­tion faib­lir à force de tra­vailler à la lumière arti­fi­cielle ou de com­mu­ni­quer par télé­phone; il se déplace à contre-courant ou au tra­vers de la cir­cu­la­tion au risque d’être blessé ou de mourir. Il gaspille régulière­ment le temps des autres comme les autres gaspillent tout aussi régulière­ment le sien car tous vont dans des direc­tions dif­férentes sur des échafaudages, des sur­faces de béton ou sous terre pour entrer dans une autre cel­lule sous la dépen­dance de quelques autres pro­prié­taires. LIRE LA SUITE

Elvis, prince des péquenauds

« Elvis est fréquem­ment accusé d’avoir, à lui seul, volé le rock’n’roll au peu­ple noir. « Les Blancs ont volé le rock’n’roll aux Noirs » scan­dent encore et tou­jours les papil­lons sen­si­bles de la musique. Bien sûr, les maisons de dis­ques appar­tenant aux Blancs ont escro­qué sans ver­gogne d’innombrables musi­ciens noirs, mais les péque­nauds, aussi, ont été dépouil­lés. Le rock’n’roll était essen­tielle­ment une musique sud­iste, avec des influ­ences noires et blanches entrelacées. Après tout, même le blues­man à la peau la plus som­bre du Delta chan­tait ses chan­sons en anglais. Ce qu’il faut retenir, c’est que ce sont les maisons de dis­ques du Nord et de Grande-Bretagne qui ont volé le rock’n’roll au Sud.
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Chers djihadistes

« Toutes ces réflex­ions aussi brèves que super­fi­cielles n’avaient pour but que de vous faire savoir où vous met­tez les pieds. Et, une fois encore, de vous aver­tir que nous vain­crons parce que nous sommes les plus faibles.

Craignez la fureur des mou­tons ! Craignez la colère des bre­bis enragés !
Vous voulez notre peau, mais sachez que nous nous bat­trons jusqu’au dernier et que si par mal­heur vous tri­om­phiez ce ne serait que sur des mon­ceaux de cadavres comme vous ne pou­vez pas en imag­iner et qui, même à vous, soulèveraient le cœur et sup­primeraient jusqu’à l’envie de jouir de votre tri­om­phe. LIRE LA SUITE

Nuisibles et Pervers

« Le droit s’est sub­sti­tué à la psy­chi­a­trie pour dif­férencier les “para­philes” autorisés des “para­philes” soci­aux, c’est-à-dire ceux dont les actes tombent sous le coup de la loi : vio­leurs, pédophiles, assas­sins, mani­aques, crim­inels sex­uels, exhi­bi­tion­nistes, vio­leurs de sépul­tures, harceleurs. Sont égale­ment assim­ilés à cette caté­gorie de “déviants” ou de “délin­quants” tous ceux qui, bour­reaux et vic­times d’eux-mêmes et des autres, trou­blent l’ordre pub­lic en por­tant atteinte, par leur com­porte­ment nihiliste et dévas­ta­teur, à l’idéal véhiculé par le biopou­voir : homo­sex­uels nomades infec­tés par le virus du sida et jugés coupables de le trans­met­tre par refus de toute pro­tec­tion, ado­les­cents délin­quants récidi­vistes, enfants dits “hyper­ac­t­ifs”, agres­sifs, vio­lents, échap­pant à l’autorité parentale ou sco­laire, adultes obèses, dépres­sifs, nar­cis­siques, sui­cidaires, volon­taire­ment rebelles à tout traite­ment. LIRE LA SUITE

L’envers puritain

« D’une manière plus générale, on peut dire que c’est par l’identification à l’idéal d’une fétichi­sa­tion mon­di­al­isée du corps et du sexe des humains et des non-humains, et à tra­vers la pré­va­lence général­isée d’un efface­ment de toutes les fron­tières — l’humain et le non-humain, le corps et la psy­ché, la nature et la cul­ture, la norme et la trans­gres­sion de la norme, etc. — que la société mer­can­tile d’aujourd’hui est en train de devenir une société per­verse. Autant d’ailleurs par la dif­fu­sion d’images que par l’instauration d’une pornogra­phie virtuelle, policée, pro­pre, hygiéniste, sans dan­ger appar­ent. Cette société est plus per­verse en quelque sorte que les per­vers qu’elle ne sait plus définir mais dont elle exploite la volonté de jouis­sance pour mieux ensuite la réprimer. Quant aux théories anti­spé­cistes sur la libéra­tion ani­male, comme de nom­breuses autres du même genre, qui par­o­di­ent l’idéal du pro­grès et des Lumières, elles ne sont que l’envers puri­tain de la face vis­i­ble de cette pornogra­phie domestiquée. »

La part obscure de nous-mêmes, Elis­a­beth Roudi­nesco, 2007.
Légende : Der Freie Wille, Matthias Glas­ner, 2006.

Oncle Roger

Ceux qui avaient trouvé Con­fes­sions d’un dragueur lourd et myso pour­raient bien dévisser à l’écoute des frasques de Ton­ton Roger. Pub­lic­i­taire le jour, pré­da­teur le soir, Camp­bell Scott met tout son bagout pro­fes­sion­nel à l’œuvre avec la gent fémi­nine, dans les bars les plus lounge de Man­hat­tan (on est en 2002) et pré­tend fière­ment ramener une femme chez lui chaque soir. Ça, c’est la ver­sion offi­cielle. LIRE LA SUITE

La phase dépressive de la culture

« Un tel mécan­isme de légiti­ma­tion cul­turelle, répété jusqu’à la par­o­die depuis années 1950, ne rend désor­mais plus prob­lé­ma­tique la ques­tion de la nature “artis­tique” du cinéma. Car il y a eu, dans la société, d’irrésistibles mou­ve­ments de fond qui ont rad­i­cale­ment trans­formé le statut de la cul­ture et déplacé, déter­ri­to­ri­al­isé, cette idée d’une val­ori­sa­tion artis­tique du cinéma. Depuis près de 40 ans, ce que l’on désigne comme la “grande cul­ture” ou cul­ture clas­sique est entrée dans une phase dépres­sive. La mon­tée hégé­monique (au sens gram­scien) d’une généra­tion et d’une classe sociale par­ti­c­ulière (la petite bour­geoisie) a créé les con­di­tions idéologiques d’une cri­tique du savoir qui a eu comme con­séquence une désacral­i­sa­tion de la cul­ture noble, idéolo­gie reprise depuis deux décen­nies, à leur compte, par les indus­tries cul­turelles elles-mêmes, sans doute parce qu’elle est le plus effi­cace instru­ment de leur dom­i­na­tion. LIRE LA SUITE

Le grand cauchemar des années 1980

1981

 
« L’atmosphère, “cette année-là”, n’est pas un élé­ment de con­texte mais une dimen­sion déci­sive. L’an 80 est l’ère de l’aura, de l’auréole des promesses. On cir­cule parmi l’émanation des pos­si­bles, dans l’éther des devenirs. Il n’est pas com­plète­ment anec­do­tique que le pre­mier été de la rose soit aussi le grand été du slow, de la bande orig­i­nale du film La Boum à Kim Carnes et “Imag­ine” de John Lennon : aucune musique n’est plus atmo­sphérique, envi­ron­nemen­tale, poudreuse. Il y a dis­sémi­na­tion des ent­hou­si­asmes col­lec­tifs, con­ta­gion des espoirs les plus fous par le seul effet de l’ambiance. Ne rêve t-on pas alors “à la semaine de 20 heures en l’an 2000″, à une revanche con­tre tous les priv­ilèges, à un régime digne du Chili de Sal­vador Allende, mais qu’aucun ennemi ne viendrait faucher dans son élan ? Pré­caires et pro­lé­taires béné­fi­cient à leur échelle de cette nou­velle atmo­sphère, les employés de grandes sur­faces notant par exem­ple que les chefs de rayon ne leur par­lent plus sur le même ton et que les clients les regar­dent autrement. LIRE LA SUITE