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La culture du bla-bla

« Elle par­lait à tort et à tra­vers. Elle fait par­tie de cette cul­ture débile du bla-bla. De cette généra­tion qui est fière de son manque de pro­fondeur. Tout est dans la sincérité du numéro. Sincère, mais vide, totale­ment vide. C’est une sincérité qui part dans tous les sens, une sincérité pire que le men­songe, une inno­cence pire que la cor­rup­tion. Quelle avid­ité ça cache, cette sincérité, et ce jar­gon ! Ce lan­gage extra­or­di­naire qu’ils ont tous, et on dirait qu’ils y croient, quand ils par­lent de leur manque de valeur, alors qu’en dis­ant ça ils esti­ment au con­traire avoir droit à tout. Cette impu­dence qu’ils bap­tisent fac­ulté d’amour, l’avidité bru­tale qu’ils cam­ou­flent sous la pré­ten­due “perte de leur estime de soi”. Hitler aussi man­quait d’estime de soi. C’était son prob­lème. L’arnaque que ces jeunes ont mon­tée ! Cette mise en scène de la moin­dre émo­tion. Leurs “rela­tions”. Ma rela­tion. Il faut que je clar­i­fie ma rela­tion. Dès qu’ils ouvrent la bouche, j’ai envie de grimper aux rideaux. Tout leur dis­cours est un flo­rilège des con­ner­ies qui ont traîné ces quar­ante dernières années. La clô­ture nar­ra­tive. Autre cliché, tiens. Mes étu­di­ants n’arrivent pas à maîtriser leur pen­sée. La clô­ture nar­ra­tive ! Ils sont polar­isés sur le récit con­ven­tion­nel avec com­mence­ment, milieu et fin — toute expéri­ence ambiguë qu’elle soit, si épineuse, si mys­térieuse, doit se prêter à ce cliché de présen­ta­teur télé nor­matif et bien-pensant. Le pre­mier qui me parle de clô­ture nar­ra­tive, je vous le recale. Je vais leur en don­ner, moi, de la clô­ture nar­ra­tive, leur chapitre est clos. » LIRE LA SUITE

L’envers puritain

« D’une manière plus générale, on peut dire que c’est par l’identification à l’idéal d’une fétichi­sa­tion mon­di­al­isée du corps et du sexe des humains et des non-humains, et à tra­vers la pré­va­lence général­isée d’un efface­ment de toutes les fron­tières — l’humain et le non-humain, le corps et la psy­ché, la nature et la cul­ture, la norme et la trans­gres­sion de la norme, etc. — que la société mer­can­tile d’aujourd’hui est en train de devenir une société per­verse. Autant d’ailleurs par la dif­fu­sion d’images que par l’instauration d’une pornogra­phie virtuelle, policée, pro­pre, hygiéniste, sans dan­ger appar­ent. Cette société est plus per­verse en quelque sorte que les per­vers qu’elle ne sait plus définir mais dont elle exploite la volonté de jouis­sance pour mieux ensuite la réprimer. Quant aux théories anti­spé­cistes sur la libéra­tion ani­male, comme de nom­breuses autres du même genre, qui par­o­di­ent l’idéal du pro­grès et des Lumières, elles ne sont que l’envers puri­tain de la face vis­i­ble de cette pornogra­phie domestiquée. »

La part obscure de nous-mêmes, Elis­a­beth Roudi­nesco, 2007.
Légende : Der Freie Wille, Matthias Glas­ner, 2006.