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La culture du bla-bla

« Elle par­lait à tort et à tra­vers. Elle fait par­tie de cette cul­ture débile du bla-bla. De cette généra­tion qui est fière de son manque de pro­fondeur. Tout est dans la sincérité du numéro. Sincère, mais vide, totale­ment vide. C’est une sincérité qui part dans tous les sens, une sincérité pire que le men­songe, une inno­cence pire que la cor­rup­tion. Quelle avid­ité ça cache, cette sincérité, et ce jar­gon ! Ce lan­gage extra­or­di­naire qu’ils ont tous, et on dirait qu’ils y croient, quand ils par­lent de leur manque de valeur, alors qu’en dis­ant ça ils esti­ment au con­traire avoir droit à tout. Cette impu­dence qu’ils bap­tisent fac­ulté d’amour, l’avidité bru­tale qu’ils cam­ou­flent sous la pré­ten­due “perte de leur estime de soi”. Hitler aussi man­quait d’estime de soi. C’était son prob­lème. L’arnaque que ces jeunes ont mon­tée ! Cette mise en scène de la moin­dre émo­tion. Leurs “rela­tions”. Ma rela­tion. Il faut que je clar­i­fie ma rela­tion. Dès qu’ils ouvrent la bouche, j’ai envie de grimper aux rideaux. Tout leur dis­cours est un flo­rilège des con­ner­ies qui ont traîné ces quar­ante dernières années. La clô­ture nar­ra­tive. Autre cliché, tiens. Mes étu­di­ants n’arrivent pas à maîtriser leur pen­sée. La clô­ture nar­ra­tive ! Ils sont polar­isés sur le récit con­ven­tion­nel avec com­mence­ment, milieu et fin — toute expéri­ence ambiguë qu’elle soit, si épineuse, si mys­térieuse, doit se prêter à ce cliché de présen­ta­teur télé nor­matif et bien-pensant. Le pre­mier qui me parle de clô­ture nar­ra­tive, je vous le recale. Je vais leur en don­ner, moi, de la clô­ture nar­ra­tive, leur chapitre est clos. » LIRE LA SUITE