TOUS LES ARTICLES AVEC Années 80

Le grand cauchemar des années 1980

1981

 
« L’atmosphère, “cette année-là”, n’est pas un élé­ment de con­texte mais une dimen­sion déci­sive. L’an 80 est l’ère de l’aura, de l’auréole des promesses. On cir­cule parmi l’émanation des pos­si­bles, dans l’éther des devenirs. Il n’est pas com­plète­ment anec­do­tique que le pre­mier été de la rose soit aussi le grand été du slow, de la bande orig­i­nale du film La Boum à Kim Carnes et “Imag­ine” de John Lennon : aucune musique n’est plus atmo­sphérique, envi­ron­nemen­tale, poudreuse. Il y a dis­sémi­na­tion des ent­hou­si­asmes col­lec­tifs, con­ta­gion des espoirs les plus fous par le seul effet de l’ambiance. Ne rêve t-on pas alors “à la semaine de 20 heures en l’an 2000″, à une revanche con­tre tous les priv­ilèges, à un régime digne du Chili de Sal­vador Allende, mais qu’aucun ennemi ne viendrait faucher dans son élan ? Pré­caires et pro­lé­taires béné­fi­cient à leur échelle de cette nou­velle atmo­sphère, les employés de grandes sur­faces notant par exem­ple que les chefs de rayon ne leur par­lent plus sur le même ton et que les clients les regar­dent autrement. LIRE LA SUITE

Les Signeurs de la Guerre

« La poli­tique médi­a­tique de l’émotion et l’éternel présent de l’urgence dépos­sède […] les vic­times en ques­tion de leur des­tin his­torique, au profit du bon samar­i­tain occi­den­tal ren­forcé dans son rôle d’éclaireur plané­taire. D’où le dou­ble para­doxe de ce par­a­digme human­i­taire, tel qu’il est refor­mulé à l’orée des années 1980. Sous pré­texte d’ouvrir son cœur au mal­heur du monde, tout en le fer­mant d’ailleurs sou­vent à ce qui se déroule sous ses fenêtres (la faim dans le monde sus­cite des élans lyriques, mais le SDF remis à la rue laisse de plus en plus indif­férent), on retire à ce monde déjà muselé toute ini­tia­tive sociopoli­tique. Et, en n’en faisant que l’objet rit­uel d’une com­miséra­tion oblig­a­toire, qui rend inutile de com­pren­dre ce qui se passe sur place, on ouvre aussi en France un cycle de fer­me­ture sur soi du débat pub­lic et d’absence de curiosité pour les réal­ités poli­tiques extérieures – que vien­dront clore seule­ment les guer­res soudaines du début des années 1990. LIRE LA SUITE

Triste plutôt que malheureux!

« Même en lui trou­vant toutes les raisons du monde, ce change­ment de cap presque simul­tané d’une grande par­tie de la généra­tion 68 est ce que peine tou­jours à com­pren­dre la généra­tion qui est la mienne. Un change­ment de cap qu’on pour­rait résumer d’un mot sous la fig­ure d’un aban­don de la résis­tance. En effet, ceux-là mêmes qu’obsédait depuis tou­jours l’imaginaire antifas­ciste de la Résis­tance, avec ses jour­naux clan­des­tins, ses por­teurs de valises, ceux qui s’en abreuvèrent peut-être d’autant plus que leurs par­ents avaient sou­vent préféré passer sous silence ces heures som­bres, ceux mêmes qui le placèrent au cœur de leur com­bat de jeunesse “sans fin” con­tre le cap­i­tal­isme, ceux-là inter­dirent ensuite toute résis­tance à l’ordre nou­veau qu’ils étab­lis­saient. Ils se sont acharnés à ren­dre cette résis­tance incon­cev­able, irreprésentable, une fois par­venus au faîte du pou­voir.
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Les années 80 ?

« Économie, Reli­gion, Sno­bisme, Anti-Sémitisme bon enfant, Faux Clas­si­cisme, Réac­tion­nar­iat sub­limod­ernisé, Rétro-Chic, Photo, Vidéo, Pro­preté, Arriv­isme, Sport, Froideur, Ennui, Fadeur, Égoïsme, Col­lec­tion, Sym­pa­thie, Sol­i­dar­ité, Gaspillage… Des broutilles, je vous dis ! On n’a encore rien vu ! Lente­ment, douce­ment, les esprits se lais­sent glisser vers une gris­erie du mod­ernisme, un Pro­grès «in Progress» extrême­ment sournois. Il est temps aujourd’hui, où se sont déclarés tous les nou­veaux pon­cifs, de chier défini­tive­ment cette généra­tion, cette cul­ture et ces quar­terons de chiens, débiles dis­tin­gués et déguisés qui occu­pent l’avenir. LIRE LA SUITE