ARCHIVES POUR 2017

Il n’y a nulle part où aller

« — Les quinze jours d’attente, dit Ter­rier, je veux les passer en Océanie.
– Mais pourquoi ? demanda Cox, avec un éton­nement sincère.
– Parce que je ne vois rien de mieux. Où est-ce que vous iriez, vous, à ma place ?
– Je ne bougerais même pas.
– Ça ne m’étonne pas.
– Vous êtes stu­pide, Chris­t­ian, dit Cox avec une espèce de colère. Vous êtes un crétin. Je ne bougerais pas d’ici où de n’importe quel endroit où je me trou­verais, parce qu’il n’y a plus aucun endroit qui soit mieux qu’un autre, sauf les pays com­mu­nistes qui sont encore pires. Il n’y a plus aucun endroit qui soit bien, vous ne com­prenez pas ça ? Ah non, je ne bougerais même pas ! répéta-t-il avec force. Il n’y a nulle part où aller. »

La Posi­tion du tireur couché, Jean-Patrick Manchette, 1981.
Légende : Le Dernier saut, Edouard Luntz, 1970.

Un seul parti !

Plus de LSD ici.

ROUGE-GORGE (1985)

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Profession : Ennemi public

US Go Home !

« A par­tir de 1950, cent mille sol­dats améri­cains ont sta­tionné entre Bor­deaux, La Rochelle, Saint-Nazaire, Poitiers, Château­roux, Chi­non, jusqu’à Fontainebleau, Reims, Ver­dun. Orléans était le cen­tre stratégique chargé de l’approvisionnement et de la ges­tion en hommes et matériels du SHAPE en Europe. Aux camps de Maison-Fort et de Harbord-Barracks à Olivet, deux hôpi­taux de mille lits cha­cun étaient prêts pour accueil­lir les blessés d’une troisième guerre mon­di­ale immi­nente. Au camp La Forêt près de Fleury-les-Aubrais se trou­vaient les écoles pour les mille cinq cents kids trans­portés chaque jour en school bus matin et soir ; ce camp abri­tait aussi une laverie-blanchisserie et une boulan­gerie indus­trielle fab­ri­quant le pain de mie et aux raisins pour les quinze mille Améri­cains de la zone, civils, épouses et enfants com­pris. Ils avaient leurs ter­rains de base-ball et de foot­ball améri­cain, leurs lieux de culte, leurs ciné­mas qui pas­saient des films avant Paris — chaque jour deux séances, un film dif­férent — et leurs bowl­ings, bib­lio­thèques, agences de voy­ages, golfs pour officiers. Tout était fait pour qu’ils ne se sen­tent pas dépaysés dans une ville de soix­ante mille habi­tants — un peu com­plexés par ces “Ricains” mod­ernes, mobiles, organ­isés et puis­sants. LIRE LA SUITE

Nightmare Logic

Le sale mec

« Aimant assez la logique des mots, je vais essayer de m’y can­ton­ner, espérant ne pas me faire trop de nou­veaux enne­mis. Je suis nanti en ce domaine.

Le cinéma intel­lectuel n’existe pas, n’a jamais existé, n’existera jamais.

Le cinéma n’est pas un art.

Les gens qui entrent dans une salle de cinéma s’appellent des spec­ta­teurs. Le cinéma est donc un spec­ta­cle. Un grand film est des­tiné à plaire à des mil­lions de spec­ta­teurs. On ne fait pas de l’art pour autant de gens. Il faudrait, par con­séquent, faire des petits films. Or, le but d’un cinéaste est de faire des grands films. Du moins quand il le peut.

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La Vigue !

Berlin a jamais fait rire


« cette ville a déjà bien souf­fert… que de trous, et de chaussées soulevées ! (…) il paraît à Hiroshima c’est beau­coup plus pro­pre, net, tondu… le ménage des bom­barde­ments est une sci­ence aussi, elle n’était pas encore au point… (…) ce qu’était assez curieux c’est que sur chaque trot­toir, tous les décom­bres, poutres, tuiles, chem­inées, étaient amon­celés, impec­ca­bles, pas en tas n’importe com­ment, chaque mai­son avait ses débris devant sa porte, à la hau­teur d’un, deux étages… et des débris numérotés !… que demain la guerre aille finir, subit… il leur faudrait pas huit jours pour remet­tre tout en place… Hiroshima ils ne pour­raient plus, le pro­grès a ses mau­vais côtés… là Berlin, huit jours, ils remet­taient tout debout ! (…) là vous voyez un peu­ple s’il a l’ordre inné… (…) Paris aurait été détruit vous voyez un peu les équipes à la recon­struc­tion !… ce qu’elles feraient des briques, poutres, gout­tières !… peut-être deux, trois bar­ri­cades ?… encore !… là ce triste Berlin, je voy­ais dabs, daronnes, dans mes prix, et même plus vio­ques, dans les soixante-dix, quatre-vingts… et même des aveu­gles… absol­u­ment au boulot… (…) pas de laisser-aller !… pluie, soleil, ou neige Berlin a jamais fait rire, per­sonne ! un ciel que rien peut égayer, jamais… déjà à par­tir de Nancy, vous avez plus rien à atten­dre… que de plus en plus d’ennuis, sérieux, énormes labeurs, transes de tristesse, guer­res de sept ans… mille ans… tou­jours !… regardez leurs vis­ages !… même leurs eaux !… leur Spree… ce Styx des teu­tons… comme il passe, inex­orable, lent… si limoneux, noir… que rien que le regarder il couperait la chique, l’envie de rire, à plusieurs peu­ples… on le regar­dait du para­pet, nous là, Lili, moi, Bébert… »

Louis-Ferdinand Céline, Nord, 1960.

2017