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Un bon flic est un flic con

« Tout est fait pour éviter aux gens de se faire agresser dans la rue, mais être ainsi jeté dans la pré­car­ité sans espoir de retrou­ver un emploi — et une place dans la cité — est bien plus ter­ri­ble que de pren­dre un coup de poing dans la gueule. Dans ce domaine, oui : je trouve notre société d’une vio­lence insupportable.

Mais qu’on ne s’y méprenne pas : les flics sont des aux­il­i­aires de jus­tice, pas de morale. La fron­tière entre le bien et le mal est bien trop ténue, poreuse ou élas­tique pour que je sois capa­ble d’être caté­gorique dans ce domaine. Et les poulets ne sont pas des saints, je le sais bien. Certes, la final­ité de leur action est bonne, mais les méth­odes pour y par­venir sont par­fois bor­der­line. Néan­moins, la sit­u­a­tion aujourd’hui est plus clean qu’elle ne le fut. Pourquoi ? Parce que, selon moi, les flics sont moins auda­cieux, je n’ose dire moins courageux.

En effet, les officiers de police ne sont plus recrutés en fonc­tion de leur moti­va­tion mais de leur niveau d’instruction. La cul­ture générale, qui ne sert à rien pour être un bon flic sur le ter­rain, est ainsi dev­enue une épreuve essen­tielle pour être admis dans l’encadrement policier. Con­séquence : les 30 ou 40 can­di­dats retenus parmi 4000 pos­tu­lants seront cul­tivés, mais ça ne garan­tit pas — à mes yeux — que ce seront de bons flics. »

Des deux côtés du miroir : itinéraire d’un flic pas comme les autres, Jean-Marc Bloch, 2015.
Légende : Parole de flic, 1985