US (2019)

1. Plus per­sonne ne sait faire de film d’horreur con­ven­able aujourd’hui (exit Ari Aster) donc pourquoi ne pas remet­tre le cou­vert après le couron­nement de Get Out. Jor­dan Peele a de l’ambition.

2. En saupoudrant son film d’une vague cri­tique sociale — les gilets jaunes sont des com­bi­naisons rouges — et en évi­tant l’écueil de la secte, le réal­isa­teur sait qu’il séduira davan­tage les médias que, dis­ons, le dis­cours d’Escape Game. Le beau-frère de Jor­dan Peele est le boss de BuzzFeed.

3. Le plus effrayant dans Us est son absence totale de sub­stance (ou son trop-plein d’idées dira-t-on) : des dou­bles malé­fiques sous terre repro­duisant les gestes de leurs alter egos à la sur­face, un ver­set de la Bible, une fête foraine, une chaîne humaine, des lap­ins, des ciseaux… Et tou­jours cette pro­por­tion gran­dis­sante des films actuels qui hési­tent entre expli­ca­tion et libre-interprétation. De toute façon, les spec­ta­teurs sont bêtes et iront chercher leur réponse sur Inter­net. Jor­dan Peele est un snob.

4. Les per­son­nages ne sont ni attachants, ni effrayants, ni amu­sants (excepté Gabe durant 10 min­utes), la palme revenant au fes­ti­val de gri­maces d’Elisabeth Moss (héroïne de la navrante série The Handmaid’s Tale). Jor­dan Peele s’en cogne du casting.

5. D’où Us tire son orig­i­nal­ité alors ? En désta­bil­isant le spec­ta­teur qui ne sait plus s’il doit rire ou par­tir, crier ou pleurer ? En nous mon­trant des héros cools qui se posent à table en plein car­nage ? Des méchants mar­rants qui com­mu­niquent en bor­bo­rygmes ? En don­nant l’impression qu’il com­pose avec son pitch sans jamais savoir où il va ? En voulant don­ner de la pro­fondeur à du vide ? Jor­dan Peele est un humoriste.

6. La ter­reur est avant tout en cha­cun de nous et il est temps de lui faire face : ce film va libérer la parole des Améri­cains et occa­sion­ner une vague d’introspection sans précé­dent aux États-Unis. Jor­dan Peele est philosophe et optimiste.

7. A défaut d’enter­tainer l’auditoire qui se lasse très vite des facéties de cette famille, placer un T-shirt Michael Jack­son sur une enfant était un moyen sûr de mar­quer les esprits alors que Us sort le même mois que le doc­u­men­taire polémique Leav­ing Nev­er­land. Jor­dan Peele a une bonne styliste.

8. Entre les Luniz (le clas­sique “I Got 5 on It”), rejoué au piano lors d’une inten­able scène de bal­let mor­bide, et le grotesque place­ment de NWA sur une enceinte à com­mande vocale inti­t­ulée Ophélia (tou­jours le plus petit dénom­i­na­teur com­mun), la par­ti­tion stri­dente de Michael Abels finit par autant agacer que le film lui-même. Jor­dan Peele s’intéresse plus à la musique qu’au cinéma.

9. Le twist final prouve que Jor­dan Peele est déjà aussi moyen que M. Night Shya­malan. Mais le “nou­veau Hitch­cock” a plus d’un lapin dans son chapeau.

10. Pour ter­miner, cet élé­ment trivia glané sur le site IMDB résume bien l’essence de Us : “After ‘Get Out’, this is the sec­ond Jor­dan Peele fea­ture film to fea­ture a main char­ac­ter eat­ing Fruit Loops with their hands.

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