CARBONE 14, LE FILM

Afin de pour­suivre cette semaine placée sous le signe de la sub­ver­sion dro­la­tique (rires), par­lons donc de Car­bone 14, “la radio qui vous encu­lait les oreilles”. Pen­dant des années, Jean-François Gal­lotte, alias David Gros­sexe, a voulu sor­tir ce doc­u­men­taire réal­isé en 1983 qui n’avait jamais vu d’yeux, même à Cannes où il devait être pro­jeté à l’époque. Le DVD a enfin pris forme en 2011. Car­bone 14 se créé à l’automne 1981 après une annonce passée par Gérard Fenu dans Libé. Ce pub­lic­i­taire sus­pect allié au maire social­iste veut créer un coup, et engage les pre­miers gugusses qui se pointent: David Gros­sexe donc, mais pas que, José Lopez, Robert Lehaineux ou encore Jean-Yves Lafesse, qui n’aime pas trop se sou­venir de cette péri­ode. Traître ! Et on com­prend pourquoi ! Pen­dant les 10 pre­mières min­utes du doc, lui et David font l’amour au micro en gueu­lant et se roulant par terre, allant par­fois jusqu’à sor­tir leur bite. Finale­ment, on se rend compte que les 80 min­utes du film seront unique­ment basées là-dessus.

En fait, la péri­ode clé de la radio dure un an, jusqu’en sep­tem­bre 1982, où qua­si­ment tout le monde a foutu le camp, s’étant sans doute aperçu de la supercherie de la “radio libre”. Libre pourquoi ? Lafesse et Super­nana restent et c’est à ce moment que Galotte décide de tourner son doc­u­men­taire bidonné. En effet, il recon­stitue l’ambiance de l’âge d’or de la sta­tion, au siège rue Paul Fort dans le 14ème, en réin­vi­tant notam­ment Siné et la chanteuse Sapho. Tout le monde en fait des tonnes. On nav­igue entre nos­tal­gie et agace­ment. Le tout est très régres­sif, (les précurseurs du Morn­ing Live de Michael Youn ?), et on se demande si l’on doit rire ou haïr. Le siège de Car­bone 14 devient vite un cen­tre aso­cial pour deal­ers de pas­sages, chômeurs zonards, céli­bataires en rut et alcooliques anonymes. Les débor­de­ments sont tou­jours sous-jacents. Super­nana qui a pris le train en cours de route est la nou­velle ani­ma­trice des nuits chaudes (la radio per­met bien des fan­tasmes quand on ne voit pas son inter­locul­teur) et devient la reine de la bâche ver­bale dans un con­cours de rac­crochage au nez.

Ce qui est un peu dom­mage dans le doc, c’est que tout tourne autour du cul sans vrai­ment y toucher. Les autres émis­sions comme “Cinquante mil­lions de voleurs” ou “Vive la guerre” sont à peine évo­quées, à part dans les bonus sonores. Et le pro­gramme new wave de Phil Bar­ney non plus ! La radio ‘lib­er­taire’ est aussi dev­enue célèbre pour avoir été n°1 sur l’enlèvement de Jean-Edern Hal­lier et avoir retrans­mis pour la pre­mière fois “L’amour en direct”, le principe: un cou­ple cop­ule à l’antenne. Le plus gros coup mar­ket­ing de Fénu. Au-delà de ça, on ne voit pas dans quelles mesures elle dérangeait le sys­tème. A l’été 82, la Haute Autorité de la Com­mu­ni­ca­tion Audio­vi­suelle inter­dit à Car­bone 14 d’émettre. Pen­dant un an (quand même), ils braveront l’interdiction jusqu’à la saisie du matériel en août 83. Banni à Cannes la même année ils ripos­teront en agré­men­tant les affiches René Château de mag­nifiques bulles: “J’encule Delon” ou “Je suce Bébel”. Ahah.

Bref, la radio antipathique par excel­lence aurait peut-être mérité un traite­ment à la hau­teur de sa haine. Quoique. Il faut aussi sig­naler que ce n’est pas les audi­teurs qui rel­e­vaient le niveau, et ils méri­taient bien tous ces châ­ti­ments à l’antenne. Les idiots par­lent aux abrutis ! Ce témoignage rap­pelle une époque bien révolue, où tout le monde pou­vait dire n’importe quoi, bénév­ole­ment, et à des heures de grande écoute. Ils en ont prof­ité et se sont bien marré. La morale ? Y’en a pas. Le DVD com­porte le film, un livret assez com­plet, un dia­po­rama crado et des bonus vidéo (court-métrage, inter­views) et audio (extraits d’émissions et grille des pro­grammes). Toutes les chroniques de cet objet ont été pires que néga­tives, excepté une. Je vous laisse avec l’avis impec­ca­ble du Nou­vel Obser­va­teur: “La radio la plus affligeante, la plus ringarde, la plus bête, la plus débile­ment provo­ca­trice n’est pas faite pour être vue. Surtout par le truche­ment d’un film nullis­sime.” Voyez-le!

CARBONE 14, LE FILM (2011)
Les Mutins de Pangée

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