Esoterra : Super Sized Satanic

EsoTerra est un mag­a­zine améri­cain qui a sévi durant la majeure par­tie des années 90 et assur­ait la col­lu­sion entre l’occulte et la pop cul­ture, en pleine ère rave et col­orée. A tra­vers 9 numéros, Chad Hens­ley, entouré d’acolytes triés sur le volet, a réuni des inter­views et arti­cles puis­sants, puisant dans la musique extrême, l’art mor­bide ou la magie noire. Salué par Adam Par­frey, un livre rétro­spec­tif de 320 pages con­tenant les meilleures choses parues dans le zine a été pub­lié il y a quelques temps par Cre­ation Books. Sa ver­sion française devrait être dispo chez Camion Noir en juin prochain alors que Chad est en train de pré­parer le le numéro 11 de la revue. Je l’avais inter­viewé en 2012, il venait alors de se manger un énième cyclone en pleine face, et m’avait répondu en direct de son pré­fab­riqué de la Nouvelle-Orléans, sur une con­nex­ion DIY de for­tune.

UNE INTERVIEW PARUE DANS LE N° V8N2 DE VICE MAGAZINE.

Quand et pourquoi as-tu créé le mag­a­zine EsoTerra ?
En Octo­bre 1989, peu de temps après avoir eu mon diplôme uni­ver­si­taire, j’ai démé­nagé du Mis­sis­sippi à Los Ange­les. J’étais déjà dans la scène punk depuis ’84. A Los Ange­les, j’ai réussi à m’installer à deux pas de Mel­rose Avenue, qui, à cette époque, était une sorte de par­adis de la cul­ture under­ground. Tu y trou­vais des mag­a­sins comme Vinyl Fetish, la galerie d’art La Luz De Jesus, la librairie Soap Plant ou encore Golden Apple Comics. Même si c’était plus loin, je pou­vais aussi bouger jusqu’à la librairie Amok. Tous ces lieux ainsi que les con­certs du coin m’ont fait décou­vrir cette cul­ture qui n’existait tout sim­ple­ment pas dans mon Sud profond.

A la fac, j’ai com­mencé à écrire de la fic­tion d’horreur et de la poésie, en me faisant pub­lier dans des zines comme Deathrealm, New Blood, et The Sil­ver Web. Ces petites revues pub­li­aient des nou­velles, de la poésie, et de l’art provenant aussi bien d’auteurs déjà étab­lis que de nou­veaux venus. Quelques-uns de mes poèmes ont reçu une men­tion hon­or­able dans Year’s Best Fan­tasy and Hor­ror ce qui m’a poussé à continuer.

Bien avant que je com­mence à soumet­tre mes papiers à des mag­a­zines d’horreur, j’étais déjà fam­i­lier avec la cul­ture zine par le biais du punk, du metal, et des zines de skate que mes potes fai­saient, ou que je com­mandais par cor­re­spon­dance quand j’étais ado dans le Mis­sis­sippi. Une fois à Los Ange­les, mon réseau zine s’est élargi jusqu’à inclure des pub­li­ca­tions axées sur la musique indus­trielle, la cul­ture apoc­a­lyp­tique, et l’occulte.

Aussi étrange que ça puisse paraître, cette com­bi­nai­son de lit­téra­ture d’horreur, de musique under­ground, et de sous-culture jeune mélangées ensem­ble fonc­tion­nait vrai­ment bien pour moi… et elle a eu une influ­ence indé­ni­able sur la créa­tion d’EsoTerra. Le pre­mier numéro du mag­a­zine est sorti en jan­vier 1992. Il était con­densé en for­mat A5 avec 28 pages. J’en ai imprimé une cen­taine d’exemplaires, façon pro. 50 copies avaient une séri­gra­phie en quadrichromie de Lind­sey Kuhn en cou­ver­ture, les autres ont été signés par d’autres con­tribu­teurs comme Frank Kozik. Toutes ces copies ont été séri­graphiées à la main et numérotées. J’ai vendu la pre­mière ver­sion 5 dol­lars et celles avec les séri­gra­phies 7 dol­lars. Je dis­tribuais le zine par la poste et dans des bou­tiques comme Amok, les mag­a­sins de dis­ques, et les librairies occultes tra­di­tion­nelles. Les numéros #2 et #3 étaient aussi en A5 mais j’en ai imprimé 300 de chaque. Les numéros d’après (jusqu’au #9) étaient en for­mat mag­a­zine A4 et imprimés à 1000 exem­plaires (2000 pour le #9) avec des séri­gra­phies pour le #2, #3 et le #4.

Tu lisais quoi comme mag­a­zines à cette époque ?
J’échangeais sou­vent des zines par cour­rier, en écrivant directe­ment à d’autres édi­teurs et écrivains. J’ai pu échanger des copies de EsoTerra con­tre des mag­a­zines comme The Fifth Path, The Black Flame, The Fen­ris Wolf, Ohm Clock, Descent, des pub­li­ca­tions de chez Full Force Frank ou du Tem­ple of Psy­chic Youth par exem­ple. Je lisais aussi des bouquins comme Apoc­a­lypse Cul­ture de chez Feral House ou Rapid Eye de chez Cre­ation Books.

Quelle est ta déf­i­ni­tion d’une contre-culture ?
Ma contre-culture c’était la scène punk rock du début des années 80, qui cohab­itait d’ailleurs avec le milieu du skate. Elle m’a donné l’occase de voy­ager partout dans le Sud, de skater et de voir de la musique live partout où j’allais, sou­vent dans des con­certs de hard­core et de metal. Il y avait de petites scènes qui se sont éten­dues du Texas à la Floride. Quand j’ai bougé à Los Ange­les, tout cela a explosé, en inclu­ant de nou­veaux élé­ments comme la musique indus­trielle ou la noise.

Avec Inter­net, la cul­ture alter­na­tive est hyper facile d’accès main­tenant, pour tous.
Grâce à Inter­net, la musique, l’art, et la lit­téra­ture de n’importe quel genre sont main­tenant disponibles 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. C’est à la fois bien et mal. Dans les pre­mières années d’EsoTerra, tu devais vrai­ment chercher de la musique qui était dure, voire impos­si­ble à trou­ver. J’arrivais à me démerder en voy­ageant pas mal, en écumant les dis­quaires des autres états, ou en com­man­dant par l’intermédiaire des listes de VPC, pas vrai­ment le même délire que l’achat de dis­ques sur Inter­net. Vu qu’il n’y avait pas d’email, tu devais tou­jours con­tac­ter les per­son­nes en direct en leur écrivant des let­tres, et en y glis­sant de la thune pour recevoir leur marchan­dise. Si tu voulais réaliser une inter­view, tu devais le faire par télé­phone ou aussi par cour­rier. Pas sim­ple­ment en envoy­ant un email…

Com­ment tu choi­sis­sais les arti­cles à pub­lier dans EsoTerra ? Des lim­ites étaient fixées ?
J’ai ren­con­tré R.F. Paul par cour­rier. Il édi­tait le zine Fool’s Feast à l’époque. Il par­tic­i­pait égale­ment au Tem­ple ov Psy­chick Youth [con­frérie ‘artis­tique’ créée par les mem­bres de Psy­chic TV, Coil et Cur­rent 93 en 1981.] Les mem­bres du TOPY étaient friands de ma poésie.

Donc j’ai ‘engagé’ R.F. Paul en tant que co-rédacteur en chef et nous sommes par­tis à la recherche de matériel à pub­lier dans les pages de EsoTerra. Nous voulions que le mag­a­zine soit occulte et pop cul­ture en même temps, mix­ant des inter­views poussées avec des musi­ciens, des artistes et des écrivains, et à côté des arti­cles sur l’occulte et les sujets fortéens. [Auteur du «Livre des damnés», Charles Fort est le pre­mier chercheur sérieux à avoir ren­seigner les phénomènes para­nor­maux.] Le seul critère pour avoir sa place dans le mag­a­zine était le suiv­ant : l’idéologie des per­son­nes con­sultées devait être impéra­tive­ment exprimée à tra­vers leur musique, leur art ou leur écri­t­ure. Bien qu’aucun sujet ne com­por­tait de lim­ite, des mecs en pris­ons me com­mandaient des zines et ils se fai­saient blo­qués avant d’arriver. Par­fois, je rece­vais un for­mu­laire offi­ciel expli­quant pourquoi le zine avait été con­fisqué. Les cour­ri­ers citaient générale­ment des images ou des arti­cles de nature sex­uelle qu’ils jugeaient nocifs pour la per­sonne incarcérée.

De quel arti­cle d’EsoTerra es-tu le plus fier ?
Je suis fier de tout ce qui a été pub­lié dans le mag­a­zine, en par­ti­c­ulier par des gens aussi tal­entueux que Adam Par­frey, Alan Moore, Gen­e­sis P-Orridge, Carl Abra­hams­son, R.N. Tay­lor, H.R. Giger, Lind­sey Kuhn, et, tout le reste des con­tribu­teurs en fait. Cer­tains arti­cles ont attiré davan­tage l’attention au fil du temps, comme mes trois arti­cles sur la scène Black Metal norvégi­enne, les entre­tiens avec Andrew Chum­b­ley et Thomas Lig­otti réal­isés par R.F. Paul, et aussi les trois arti­cles de R.N. Tay­lor sur l’Église du Juge­ment Dernier (Process Church). À un moment donné, une demi-douzaine de sites et de blogs ont util­isé des cita­tions de mon inter­view de Merzbow, cet arti­cle sem­ble assez pop­u­laire aussi.

Tu as ren­con­tré beau­coup de types obscurs avec à ton zine, qui était le plus impres­sion­nant ?
Je pense que je vais dire Boyd Rice. J’étais à Den­ver, dans le Col­orado, pour une con­ven­tion mon­di­ale de l’Horreur et j’avais réussi à con­vier Boyd à un cer­cle de dis­cus­sion sur l’histoire du satanisme. Avant que le débat com­mence, on est allé boire des coups au bar de l’hôtel pen­dant que je l’interviewais. Il fumait des cig­a­res et pri­sait du tabac pen­dant mes ques­tions, il a con­tinué à priser au cours de la dis­cus­sion de groupe. Tout au long de la soirée, Boyd était poli et telle­ment drôle… C’est un putain d’orateur.

La dernière fois que Boyd Rice est venu à Paris, il por­tait un uni­forme d’inspiration SS. Salaud !
J’aime la con­tro­verse mais pas au niveau de Boyd Rice. Mais Boyd m’a déjà foutu dans la merde, indi­recte­ment… J’avais fait une inter­view de lui pour un webzine qui s’appelait Gothic.Net au début des années 2000 (l’interview avait aussi été pub­lié dans EsoTerra, et fig­ure donc dans le livre). J’étais à mon taf au moment où l’interview a été pub­liée. Je vais donc sur le site pour l’imprimer avec l’imprimante du boulot. Quand je suis revenu au tra­vail le lundi, j’ai décou­vert que l’entreprise avait installé un pro­gramme de sur­veil­lance inter­net et que Gothic.Net avait été réper­torié comme site pornographique. La DRH, sans même aller véri­fier, a con­firmé les dires du logi­ciel. Elle voulait me faire signer un doc­u­ment comme quoi je recon­nais­sais avoir con­sul­ter un site porno au boulot. J’ai refusé de signer et j’ai démis­sionné de la boîte. J’ai écrit un arti­cle à pro­pos de cette his­toire, tu peux le lire ici: www.davidjschow.com/essay/essay_porn.html

Tu écris de la fic­tion et de la poésie main­tenant. Pourquoi avoir arrêté le mag­a­zine ?
Lorsque j’ai pub­lié le #9, je tra­vail­lais pour une start-up à Seat­tle. Le numéro 9 a une cou­ver­ture réal­isée par H.R. Giger ainsi que 4 pleines pages en couleur de Trevor Brown. Le mag entier est imprimé sur du papier glacé à 2000 exem­plaires. La société pour laque­lle je bos­sais a fait subite­ment fail­lite et il m’a fallu plus d’un an pour retrou­ver un emploi dans mon domaine, ce qui a eu un gros impact sur le mag­a­zine. Donc, pen­dant ce temps, je n’avais pas assez d’argent pour pub­lier le numéro 10, même si je cher­chais tou­jours du con­tenu. En 2005, j’avais l’intention de pub­lier le #10 sur Inter­net, mais l’ouragan Kat­rina est passé sur la Nouvelle-Orléans et a ruiné tous mes efforts. La plu­part des arti­cles que j’avais recueilli pour le numéro 10 se trou­vent main­tenant dans le livre EsoTerra.

J’ai com­mencé à écrire de la poésie et des nou­velles pen­dant mes études. Je suiv­ais quelques cours d’écriture créa­tive, mais rien qui inclu­ait du jour­nal­isme ou un truc de la sorte. Au milieu des années 90, j’ai com­mencé à écrire pour des mag­a­zines cul­turels divers comme Sec­onds et Ter­ror­izer en Angleterre ou pour Warp Japan à Tokyo. Ces édi­teurs m’ont poussé à améliorer mon écri­t­ure et m’ont con­duit à signer des arti­cles encore meilleurs pour EsoTerra. Par la suite, j’ai eu des paru­tions dans Apoc­a­lypse Cul­ture 2 (Feral House) et dans les vol­umes 2 et 3 de Anti­bothis (une antholo­gie occulte du Por­tu­gal), ainsi que des trucs dans Hus­tler et le fanzine Slayer de Norvège, qui sont con­sulta­bles dans le livre. En ce qui con­cerne Anti­bothis et Slayer fanzine, les arti­cles de la revue ont été repris dans leur inté­gral­ité. En fait, le livre de chez Met­al­lion The Slayer Mag Diaries con­tient mon inter­view de Mar­i­lyn Man­son, bien que je ne sois aucune­ment crédité…

Hus­tler, le mag­a­zine porno ?
Oui. J’ai un arti­cle dans le livre Apoc­a­lypse Cul­ture 2 à pro­pos d’une nécrophile occulte qui s’appelle Leilah Wen­dell. Le papier est bien plus long que dans le livre EsoTerra. Quand Apoc­a­lypse Cul­ture 2 est sorti, un édi­teur de Hus­tler mag­a­zine m’a con­tacté pour que je leur écrive un truc sur la nécrophilie. Pas que sur Madame Wen­dell mais sur d’autres nécrophiles des USA, ainsi que sur les lois con­cer­nant cette pra­tique selon les dif­férents états… Je me suis donc mis à tra­quer les nécrophiles pour leur poser des questions…

Qu’est ce que ta mère pen­sait de tout ça ?
J’avais vingt-trois ans et mon diplôme uni­ver­si­taire en poche quand j’ai quitté la mai­son pour Los Ange­les. Je n’ai pas vécu avec mes par­ents, donc c’était très facile de leur cacher l’existence du mag­a­zine quand j’ai com­mencé à tra­vailler dessus. Vers la fin des années 90, j’ai créé un site web pour le mag­a­zine. Mais, vu que l’URL du site est www.esoterra.org le rap­proche­ment n’est pas évi­dent. Je crois que jamais per­sonne de ma famille proche n’a vu un exem­plaire du mag, ni le site, même si ma mère pos­sède une copie du livre car­tonné. Elle aime avoir un exem­plaire des livres où fig­ure mon tra­vail, même si elle ne les lit pas vrai­ment. Mon père a jeté briève­ment un œil au bouquin une fois, il a tout de suite jugé ça comme de la “pornogra­phie”, il rigole pas avec ça.

As-tu une expéri­ence per­son­nelle avec la magie ?
Je me suis impliqué dans TOPY au début des 90’s, juste avant que le tem­ple ne se dis­soute. J’aime la magie des sceaux (sigil mag­ick) et depuis le temps que je la pra­tique j’ai pu témoigner de ses effets.

[La magie des sceaux ou sig­ili­sa­tion ou ‘sig­illo­man­cie’ con­siste à for­mer une phrase ou un sym­bole qui résume une inten­tion ou qui représente une force, un démon. Le sceau écrit peut se trans­met­tre et agir comme un sort. Cette pra­tique ances­trale se matéri­alise dans des cul­tures aussi diverses que le Tantra Hindu, les Runes Ger­maniques ou la Cabale Juive. — A 23h, le 23 de chaque mois, les mem­bres du Tem­ple de la Jeunesse Psy­chique étaient invités à réaliser des sceaux mag­iques. Ils devaient envoyer ensuite leurs sym­boles dans une let­tre vers un point cen­tral où l’énergie mag­ique se trou­vant à l’intérieur d’eux pou­vait les améliorer… ]

C’est quoi l’histoire du ‘Bram Stoker Award’ ?
Chaque année, l’Association des écrivains d’horreur décerne le prix Bram Stoker pour les écrits d’horreur les plus réus­sis. Ceci inclus trois caté­gories: fic­tion d’horreur, non-fiction, et poésie. Mon recueil de poésie What the Caco­dae­mon Whis­pered a été final­iste en 2001.

Tu écris tou­jours pour la presse ? Trouves-tu autant de bons sujets que dans les années 90 ?
Oui, je fais encore du jour­nal­isme musi­cal et des arti­cles bizarres comme ceux que tu peux trou­ver dans le livre EsoTerra. J’ai quelques textes qui sont parus dans le vol­ume #4 de Anti­bothis (et des inter­views de Joe Cole­man, Trevor Brown, et de Karl Buech­ner, le chanteur d’Earth Cri­sis). Je suis une per­sonne curieuse de nature donc je peux encore trou­ver beau­coup de ques­tions à poser aux gens. Et j’écris tou­jours de la poésie, et des nou­velles aussi… J’aimerais bien inter­viewer Ron Athey un jour. Gen­e­sis P-Orrige une deux­ième fois aussi, main­tenant qu’il est devenu une femme. Et puis aussi Masami Akita dont le cat­a­logue de pro­duc­tions ne cesse de grossir et grossir.

Tu t’intéresses à la poli­tique ? Tu vis où d’ailleurs ?
J’ai tou­jours vécu en Amérique, mais j’ai ten­dance à préférer les métrop­o­les. Actuelle­ment, je vis à la Nouvelle-Orléans, en Louisiane. Plus jeune, j’étais totale­ment indif­férent à la poli­tique. C’est seule­ment depuis quelques années que je com­mence à y accorder plus d’attention. Je n’avais jamais voté à une élec­tion prési­den­tielle jusqu’aux élec­tions de 2008. Il y a vrai­ment des prob­lèmes impor­tants avec les deux prin­ci­paux par­tis poli­tiques de ce pays. La société améri­caine dom­i­nante devient vrai­ment un problème…

Tu crois en Satan ?
Non, j’aimerais bien, mais je ne crois pas que le dia­ble m’ait déjà poussé à faire quoique ce soit.

Tu n’as pas l’impression que l’occulte, le pagan­isme et l’ésotérisme devi­en­nent de plus en plus ten­dance ?
Peut-être que ces sujets sont à la mode en Europe, mais pas vrai­ment en Amérique, en tous cas à la Nouvelle-Orléans. Et pour­tant la ville pos­sède son lot de sor­cel­lerie et de bou­tiques vau­dou dans le quartier français.

Beau­coup de gens célèbrent les années 90 comme une époque de lib­erté, de couleur et de fun. C’est fatiguant. Parle-moi de tes années 90 à toi.
J’ai démé­nagé à Los Ange­les en 89. J’avais l’habitude de traîner dans le loft de Green Jello (le groupe s’appelle Green Jelly main­tenant) et j’ai pu assisté à la for­ma­tion de Tool. J’ai vu des con­certs de Tool avec seule­ment 10 per­son­nes dans la salle. Par rap­port à main­tenant, c’était très cool. Quand j’étais à LA, je pas­sais aussi mon temps au café Jab­ber­jaw, j’ai vu beau­coup de bons groupes là-bas. Il y a un livre qui va sor­tir sur le Jab­ber­jaw et tout ce qui s’est passé là-bas (j’apporte mon témoignage dedans). Après j’ai bougé à Austin, Texas, en été 92. Je taffais comme séri­graphiste pour les artistes Frank Kozik et Lind­sey Kuhn, et dans une fab­rique de posters appelée Wacky Land. J’ai même dess­iné mes pro­pres posters pour des con­certs de Sleep Cham­ber et Crash Wor­ship quand j’étais là-bas. Pen­dant mon séjour à Austin, j’ai pra­tique­ment vécu en per­ma­nence à l’Emo night­club. Cette salle est dev­enue célèbre depuis, en rai­son de tous les bons groupes qu’elle a fait tourner (en plus l’entrée était gra­tu­ite pour tout le monde). En 1994, j’ai démé­nagé à la Nouvelle-Orléans et c’est là que j’ai com­mencé à faire du jour­nal­isme musi­cal, puis EsoTerra. Enfin, en Octo­bre 1997, je suis allé vivre à Seat­tle et j’ai été témoin des derniers jours du Grunge. Quand j’ai quitté Seat­tle, les années 90 étaient finis.

ESOTERRA
CREATION BOOKS
CAMION NOIR



/// ENGLISH VERSION \\\

When and why did you set up EsoTerra mag­a­zine?
In Octo­ber of 1989, shortly after I grad­u­ated from col­lege, I moved to Los Ange­les from Mis­sis­sippi where I had been involved in the punk scene since ‘84. In Los Ange­les, I man­aged to move two blocks from Mel­rose Avenue which, at that time, was sort of a haven of under­ground cul­ture. Stores like Vinyl Fetish record store, the La Luz De Jesus art gallery and the Soap Plant book store beneath it, and Golden Apple Comics. Though it was fur­ther away, I could also drive to the Amok book store. All of these shops as well as live music exposed me to a wide range of sub­cul­ture that was sim­ply not preva­lent in the Deep South.

In col­lege, I started writ­ing hor­ror fic­tion and poetry, get­ting pub­lished in hor­ror zines like Deathrealm, New Blood, and The Sil­ver Web. These small press mag­a­zines pub­lished fic­tion, poetry, and art from estab­lished authors as well as new com­ers. A few of my poems received hon­or­able men­tions in Year’s Best Fan­tasy and Hor­ror which inspired me.

Even before I started sub­mit­ting to hor­ror mag­a­zines, I was already famil­iar with zine cul­ture through punk, metal, and skate­board­ing zines put out by friends or obtained through the mail while I was grow­ing up in Mis­sis­sippi. Once I was in Los Ange­les, my zine net­work expanded to include pub­li­ca­tions that focused on indus­trial music, apoc­a­lypse cul­ture, and the occult.

As strange as it may sound, this com­bi­na­tion of hor­ror lit­er­a­ture, under­ground music, and youth sub­cul­ture mixed together really well for me…and had a def­i­nite influ­ence on the cre­ation of EsoTerra mag­a­zine. The first issue of EsoTerra mag­a­zine was pub­lished in Jan­u­ary of 1992. It was digest-sized 5.5 inches by 8.5 inches with 28 pages. I had one hun­dred copies pro­fes­sion­ally printed. Fifty of these copies had a four color silkscreen cover by Lind­sey Kuhn and 23 of the copies with silkscreen cov­ers were signed by sev­eral con­trib­u­tors includ­ing Frank Kozik. All of these silkscreen copies were hand-numbered. I sold the first issue for five dol­lars and the ones with a silkscreen cover for seven dol­lars each. I sold the zine through the mail and at shops like the Amok book store, record stores, and the occa­sional occult book store. Issues #2 and #3 were also digest-sized but I printed 300 copies of each. Issues #4, #5, #6, #7, #8, and #9 were magazine-sized, 8.5 inches by 11 inches. There are also silkscreen cover ver­sions of issues #2, #3, and #4 with 300 copies of issue #4 being printed. The print run was increased to a thou­sand copies with issue #5, #6, #7, and #8 and increased to two thou­sand copies with #9.

What kind of mag­a­zines were you read­ing ?
I often traded zines through the mail, con­nect­ing directly with other edi­tors and writ­ers. I was able to trade copies of EsoTerra for mag­a­zines like The Fifth Path, The Black Flame, The Fen­ris Wolf, Ohm Clock, Descent, Full Force Frank pub­li­ca­tions, and var­i­ous Tem­ple of Psy­chic Youth pub­li­ca­tions, for exam­ple. I was also read­ing books like Apoc­a­lypse Cul­ture from Feral House and Rapid Eye from Cre­ation Books.

What is your def­i­n­i­tion of counter-culture ?
My counter-culture was the punk rock scene of the early ‘80s which was also mixed with skate­board­ing. This gave me the oppor­tu­nity to travel around the South skat­ing and lis­ten­ing to live music wher­ever I went, often hard­core and metal gigs. There were small scenes that stretched from Texas to Florida. When I moved to Los Ange­les, all of this exploded includ­ing adding new ele­ments like indus­trial music and noise to the mixture.

With Inter­net, alter­na­tive cul­ture seems to be as avail­able as easy for every youth now.
Thanks to the Inter­net, music, art, and lit­er­a­ture of every kind are now avail­able twenty-four hours a day, seven days a week. This is both a good and bad thing. In the early days of EsoTerra mag­a­zine, you had to actively search for music that was often very hard to find, if not almost nearly impos­si­ble. I did this by trav­el­ing around and going to record stores in other states. Or order­ing music through the mail; not the same as order­ing it over the World Wide Web. Since there was no email, you often had to con­tact indi­vid­u­als by writ­ing let­ters and send­ing them through the post office, along with your money for their mer­chan­dise. In order to con­duct an inter­view, you had to do it over the phone or through let­ter writ­ing. Not by merely send­ing an email…

How did you select the stuff you pub­lished in EsoTerra ? Did you set lim­its ?
I met R.F. Paul through the mail. He was the edi­tor of the zine Fool’s Feast. He was also involved with the Tem­ple of Psy­chic Youth. Mem­bers of TOPY were fre­quently fond of my poetry and some of my early cor­re­spon­dence with var­i­ous sta­tions of the orga­ni­za­tion was through sub­mit­ting mate­r­ial for pub­li­ca­tion in the zines the sta­tions pub­lished, such as Fool’s Feast for example.

So I enlisted R.F. Paul to be my co-editor and off we went in search of mate­r­ial to pub­lish in the pages of EsoTerra. We wanted the mag­a­zine to be occult pop cul­ture mix­ing in-depth inter­views with musi­cians, artists, and writ­ers along­side arti­cles on the occult and fortean top­ics. The only cri­te­ria for the indi­vid­u­als fea­tured in the mag­a­zine was that their ide­ol­ogy had to be expressed through their music, art, or writ­ing. While no sub­ject mat­ter was off lim­its, I do know that mag­a­zines ordered by indi­vid­u­als in cor­rec­tional facil­i­ties were often seized by author­i­ties. Some­times, I would receive an offi­cial form let­ter stat­ing why the zine had been con­fis­cated. These let­ters typ­i­cally cited imagery or arti­cles of a sex­ual nature they thought had the poten­tial to be harm­ful to the inmate.

What is the piece are you’re most proud of ?
I am proud of all the mate­r­ial pub­lished in the mag­a­zine, espe­cially by such tal­ented indi­vid­u­als as Adam Par­frey, Alan Moore, Gen­e­sis P-Orridge, Carl Abra­hams­son, R.N. Tay­lor, H.R. Giger, Lind­sey Kuhn, and all the rest of the con­trib­u­tors over the years. Cer­tain arti­cles have gar­nered more atten­tion over time includ­ing my three arti­cles on the Nor­we­gian black metal scene, inter­views with Andrew Chum­b­ley and Thomas Lig­otti both by R.F. Paul, and R.N. Taylor’s three arti­cles on the Process. At any one time, there’s about half a dozen web­sites and blogs using quotes from my Merzbow inter­view so that one seems pretty pop­u­lar too.

You met a lot of dark fig­ures dur­ing the fanzine era, who was the most impres­sive ?
I think I have to pick Boyd Rice. I was in Den­ver, Col­orado for a World Hor­ror con­ven­tion and I got Boyd to sit in on a panel dis­cus­sion about the his­tory of Satanism. Before the panel even began, we hung out at the bot­tom of the hotel in a bar drink­ing while I inter­viewed him. He smoked cig­ars and snorted snuff dur­ing the inter­view and con­tin­ued with the snuff dur­ing the panel dis­cus­sion. Through­out the evening, Boyd was polite and often humor­ous as well as an excel­lent par­tic­i­pant on the panel.

When Rice last came to play in Paris, he was dressed in SS uni­form. Con­tro­versy !
I like con­tro­versy but not as much as Boyd Rice. But Boyd has got­ten me in trouble…I did an inter­view with Boyd for an inter­net based mag­a­zine called Gothic.Net some­time in 2000 (this same inter­view was pub­lished in EsoTerra mag­a­zine and, con­se­quently, the book). I was at my day job when the inter­view came out. I went to the web­site and printed out the inter­view on a com­pany printer. When I returned to work after the week­end, I dis­cov­ered my com­pany had installed inter­net mon­i­tor­ing soft­ware and that the soft­ware ranked every­thing on the Gothic.Net web­site as pornog­ra­phy. Since the soft­ware said the web­site was pornog­ra­phy, the human resources man­ager said it was pornog­ra­phy. She wanted me to sign a legal doc­u­ment stat­ing I had been look­ing at pornog­ra­phy while at work. I refused to sign the doc­u­ment and resigned from the com­pany. You can read my arti­cle about this event which explains the entire story in great detail: www.davidjschow.com/essay/essay_porn.html

You’re writ­ing fic­tion and poetry now. Why did you stop the zine ? Were you a jour­nal­ist by default ?
When I pub­lished issue #9, I was work­ing for a dot com com­pany in Seat­tle, Wash­ing­ton. Issue #9 has a wrap-around, color cover by H.G. Giger as well as four full color pages of Trevor Brown art­work. The entire mag is printed on glossy paper and had a run of two thou­sand copies. The dot com went out of busi­ness and it took me over a year to find employ­ment in my field, which had an impact on the mag­a­zine. So dur­ing this time, I had no money to pub­lish issue #10, though I was still seek­ing con­tent for that issue. By 2005, I was plan­ning to pub­lish issue #10 on the inter­net but Hur­ri­cane Kat­rina hap­pened and impacted that effort. I did include most of the mate­r­ial I had col­lected for issue #10 in the EsoTerra book.

I started writ­ing hor­ror poetry and fic­tion while in col­lege. I took a hand­ful of cre­ative writ­ing courses but noth­ing that involved jour­nal­ism of any kind. In the mid-90s, I began writ­ing for var­i­ous cul­ture mag­a­zines like Sec­onds and Ter­ror­izer in Eng­land as well as Warp Japan in Tokyo. These edi­tors pushed my writ­ing which in turn pushed the arti­cles in EsoTerra mag­a­zine to be bet­ter with each issue. Con­se­quently, I’ve had arti­cles pub­lished in the books Apoc­a­lypse Cul­ture 2 by Feral House and vol­umes two and three of Anti­bothis (an occult anthol­ogy from Por­tu­gal), as well as the mag­a­zines Hus­tler and Slayer fanzine from Nor­way based on sub­ject mat­ter that orig­i­nally appeared in EsoTerra mag­a­zine. In the cases of Anti­bothis and Slayer fanzine, arti­cles from the mag­a­zine were reprinted in their entirety. In fact, Metallion’s book The Slayer Mag Diaries con­tains my Mar­i­lyn Man­son inter­view, though no credit to me is given.

Hus­tler, you mean the porn mag­a­zine ?
Yes. I have an arti­cle in the book Apoc­a­lypse Cul­ture 2 about a necrophil­iac occultist named Leilah Wen­dell. This is a much longer arti­cle than in EsoTerra the book. After Apoc­a­lypse Cul­ture 2 came out, I was con­tacted by an edi­tor at Hus­tler mag­a­zine who wanted me to write an arti­cle about necrophilia. But not just about Ms. Wen­dell but also about other necrophiles in the United States as well as states’ laws about necrophilia. So I did research as well as track­ing down other necrophiles and ask­ing them questions…

What was your mother think­ing about all that ?
I was twenty-three years old and had grad­u­ated from col­lege when I moved to Los Ange­les from Mis­sis­sippi. I did not live with my par­ents so it was very easy to hide the mag­a­zine from them when I began work­ing on it. At some point in the late ‘90s, the mag­a­zine got a web­site. But, since the web­site URL is www.esoterra.org it is still not easy to find. I do not think any of my imme­di­ate fam­ily has ever seen the mag­a­zine or the web­site though my mother does have a copy of the lim­ited edi­tion hard­back book. She likes to get a copy of the books fea­tur­ing my work, even if she does not really read them. My father looked at the book briefly once and called it “pornog­ra­phy” so I know he’s not very keen on it.

Do you have a per­sonal expe­ri­ence with magic, or an anec­dote from beyond ?
I was involved with TOPY in the early ‘90s, right before it ended. I like sigil mag­ick and have found it to be effec­tive over lengths of time.

Tell me about this ‘Bram Stoker Award’ story!
Each year, the Hor­ror Writer’s Asso­ci­a­tion, an orga­ni­za­tion of hor­ror writ­ers, presents the Bram Stoker Awards for Supe­rior Achieve­ment in hor­ror writ­ing. This includes awards for supe­rior hor­ror fic­tion, non-fiction, and poetry. My poetry col­lec­tion What the Caco­dae­mon Whis­pered was a final­ist for the award in 2001.

Do you still write for the press and still find as much things to talk as in the 90’s ?
Yes, I still do music jour­nal­ism as well as weird non-fiction arti­cles like those in EsoTerra the book. I have some writ­ing in Anti­bothis vol­ume #4 (inter­views with Joe Cole­man, Trevor Brown, and Karl Buech­ner, vocal­ist for Earth Cri­sis). I am an inquis­i­tive per­son by nature so I can still find plenty of ques­tions to ask peo­ple. I still write hor­ror poetry and fic­tion as well… At some point, I would like to inter­view Ron Athey. I would also like to inter­view Gen­e­sis P-Orridge again, now that he has become s/he. Also Masami Akita as his cat­a­log of work just keeps grow­ing and growing.

Do you care about pol­i­tics ? Where do you live by the way ?
I have always lived in Amer­ica, though I tend to favor met­ro­pol­i­tan cities. Cur­rently, I live in New Orleans, Louisiana. When I was younger, I was totally apa­thetic to pol­i­tics. Only in the last few years have I started to pay more atten­tion to pol­i­tics. I had never voted in a pres­i­den­tial elec­tion until the elec­tion in 2008. How­ever, there are sig­nif­i­cant prob­lems with both of the major polit­i­cal par­ties in this coun­try. I don’t really like main­stream Amer­i­can society…

Do you believe in Satan?
No. I would like to but I don’t believe the devil ever made me do anything.

Don’t you feel occult, pagan and eso­teric stuff is so trendy nowa­days ?
Maybe these top­ics are trendy in Europe but not really in Amer­ica, espe­cially in New Orleans though the city does have its fair share of witch­craft and voodoo shops in the French Quarter.

A lot of peo­ple are cel­e­brat­ing the 90’s like an era of free­dom, color and fun. Tell me about your 90’s.
I moved to Los Ange­les in ’89. I use to hang out at the Green Jello loft (the band is now called Green Jelly) and got to see the for­ma­tion of Tool. I have seen Tool play shows with only a hand­ful of peo­ple in the audi­ence. Com­pared to now, that was very nice. When I lived in LA I also hung out at the Jab­ber­jaw cof­fee house and got to see a lot of great bands. There is a book com­ing out this sum­mer about the Jab­ber­jaw cof­fee house and the shows that went on there that I wrote a lit­tle for. I moved to Austin, Texas in the sum­mer of ’92 and worked as a silkscreen poster printer for the artists Frank Kozik and Lind­sey Kuhn at the Wacky Land poster fac­tory. I even made a few gig posters fea­tur­ing my own art­work for the bands Sleep Cham­ber and Crash Wor­ship while work­ing at Wacky Land. Dur­ing my time in Austin, I prac­ti­cally lived at Emo’s night club. This club has now become pretty famous for all the good shows that went on there and, in the begin­ning, it was also free to get in the club if you were an adult. In 1994, I moved to New Orleans and that’s when I started doing music jour­nal­ism in addi­tion to EsoTerra mag­a­zine. Finally, in Octo­ber of 1997, I moved to Seat­tle, Wash­ing­ton and got to expe­ri­ence the final days of Grunge. By the time I left Seat­tle, the ‘90s were over.

THE END.

LACHER UN COM

Current month ye@r day *