LA BOUCHE DE JEAN-PIERRE (1997)

Qui donc se sou­vient du pre­mier moyen-métrage de Lucile Hadz­i­halilovic sorti en 1997 ? Il n’aura pas eu la durée et la portée dont Carne a béné­fi­cié (redé­cou­vert en pre­quel de Seul Con­tre Tous), réal­isé par son parte­naire pro­fes­sion­nel Gas­pard Noé. Noé par­ticipe d’ailleurs aussi à La Bouche de Jean-Pierre et on peut donc dire que ces deux films courts, réal­isés à 6 ans d’intervalle, provi­en­nent du même esprit et du même objec­tif. From the mind of a ter­ror­ist !. L’un étant la ver­sion mâle de l’autre. Même réal­isme mal­sain, même poésie froide. Gros plans vio­lents, effets sonores puis­sants, caméra vicieuse, coins et recoins. Ici la couleur existe à peine, tout est terne, vert hôpi­tal, jaune pisse. L’isolement est étouf­fant, apparte­ment de ban­lieue étriqué, cité béton­née, cham­bre de for­tune fer­mée par un rideau. Tout ça se ressent jusque dans les dia­logues, rou­tiniers et sans saveur. L’enfer domes­tique, la pornogra­phie du quo­ti­dien. Le cinéma français est dép­ri­mant, et alors ?

Pour­tant, le pro­tag­o­niste ici n’est pas un boucher chevalin mais une fil­lette blonde de 12 ans. Ceci écarte le film de la vilénie ambiante et d’accusation mal placée de philopédie (ce sera le cas pour Innonence, le long-métrage de Lucile H. sorti en 2002). Ne pensez-pas pour autant que la cor­rec­tion poli­tique est de mise. Une tante indigne, un oncle per­vers, des voisins xéno­phobes, le trait n’est pas forcé, tout est clair et pré­cis. La mélan­colie de la mère absente et la naïveté de Mimi don­nent un côté sen­si­tif au film, bien plus naturel qu’intellectuel. Et pour un pre­mier film, cha­peau. Un vrai conte de la tristesse ordi­naire. Moral­ité ? Non ! Regarde et con­clus. C’est Bad­lands (nou­velle mai­son d’édition rat­tachée au webzine 1kult) qui s’est chargé d’éditer ce DVD. Et bonus qui vont avec. Le spot Good boys use con­doms, les témoignages des acteurs et des ‘amis’ du film (per­son­nal­ités du cinéma alter­natif français), comme ce débat intéres­sant entre Christophe Gans et la masse, boum !



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