Le Quatrième Monde

« L’affranchissement fut un événe­ment his­torique: ce fut l’émancipation des serfs et des esclaves, la décoloni­sa­tion du Tiers Monde, et, dans nos sociétés, les diverses fran­chises: celles du tra­vail, du vote, du sexe, des femmes, des pris­on­niers, des homo­sex­uels – aujourd’hui partout acquises. Les droits sont partout acquis. Virtuelle­ment, le monde est libéré, il n’y a plus à se bat­tre pour rien. Mais en même temps des groupes entiers se déser­ti­fient de l’intérieur (les indi­vidus aussi). Le social les oublie, et ils s’oublient eux-mêmes. Ils tombent hors champ, zom­bies voués à l’effacement et aux courbes sta­tis­tiques de dis­pari­tion. C’est le Qua­trième Monde. Des secteurs entiers de nos sociétés mod­ernes, des pays entiers du Tiers Monde tombent dans cette zone déser­ti­fiée du Qua­trième Monde. Mais alors que le Tiers Monde avait encore un sens poli­tique (même si ce fut un échec mon­dial reten­tis­sant), le Qua­trième Monde lui n’en a pas. Il est trans­poli­tique. Il est le résul­tat du dés­in­téresse­ment poli­tique de nos sociétés, du dés­in­téresse­ment social de nos sociétés avancées, de l’excommunication qui frappe juste­ment les sociétés de com­mu­ni­ca­tion. Ceci est val­able à l’échelle du globe. »

Amérique, Jean Bau­drillard, 1986.
Légende: Beau Tra­vail, Claire Denis, 1999.

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