Travail Famille Retraite

« Je ne voulais pas devenir ce qu’étaient les autres, les gens. Ils me foutaient la trouille. Si vrai­ment il n’y avait que ça, le boulot, la famille, les gosses, la vieil­lesse et le trou au bout, alors c’était le dés­espoir. A moins d’offrir ça au petit Jésus, mais juste­ment, le petit Jésus, y’en avait plus. Je croy­ais, je voulais de toutes mes forces croire à une vie autre, à une vie libre, bien à moi, une vie de vagabondage dan­gereux mais aimable dans le cher fouil­lis vert, mater­nel et nourricier.

Si les gens vivent leurs tristes vies de cons dans ces mornes pays de cons, c’est parce qu’ils ont la trouille. Il leur faut la Sécu­rité, le Con­fort et la Dig­nité. Voilà ce que je pen­sais. Ils n’aiment pas se fatiguer, ils bouf­fent comme des vaches, ils boivent l’apéro, ils dis­cu­tent de con­ner­ies à perte de vue, ils jouent aux courses, ils s’intéressent au foot­ball, ils pren­nent du bide sans se dégoûter d’eux-mêmes, ils s’en foutent d’être moches répug­nants mous dégueu­lasses pourvu qu’ils aient une cra­vate, de se faire chier dix heures par jour et toute la semaine et toute la vie pourvu qu’ils aient la paye et le cinoche avec Maimaine le samedi.

J’avais eu un pre­mier con­tact, bref mais bru­tal, avec le tra­vail. Le vrai, le tra­vail d’usine. J’en étais resté épou­vanté. Je m’en suis jamais remis. »

Les Ritals, François Cavanna, 1978.
Légende: Du Levande, Roy Ander­s­son, 2007.

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