UGC Illimité 3


ONLY GOD FORGIVES (2013, Nicolas Winding Refn)

Ryan Gosling marche. Ryan Gosling est assis. Ryan Gosling regarde à droite. Ryan Gosling joue la peur. Ryan Gosling est énervé. Ryan Gosling est déguisé en Toxic Avenger. Non ce n’est pas une pub Levi’s c’est le nouveau Refn. La fascination du cinéaste danois pour la violence atteint ici son paroxysme dans un enchaînement de découpages ‘sulfureux’. Doit-on pleurer ou pleurer ? Prostituées de 15 ans éventrées, yeux crevés, boîte crânienne explosée. C’est l’arche de Gaspard Noé avec David Lynch qui rame. Bangkok filmée comme Tokyo au son de Cliff Martinez. Mais ça ne fait pas tout… Les chansons locales sont cools. Yayaying Rhatha Phongam est mimi. Kristin Scott Thomas affreuse ! Mais son dialogue (oui personne ne lui répond) est à chaque fois drôle. Il n’y a d’ailleurs que 5 ou 6 échanges durant 1h30, et c’est chaud de baser tout son film sur la face de son acteur principal (Drive?) quand celui-ci a un regard de labrador ! Aaaah. Heureusement que Vithaya Pansringarm joue du sabre (Hara-Kiri à l’envers, balaise) et nique tout le monde entre deux scènes d’introspection sur fond rouge. Problème: Kurt Sloane peut t-il sauver le dealer Ryan ? Moralité: Tu seras punis par où tu as pêché. (PS: Le film est dédié à Alejandro Jodorowsky, lol.)

MAMA (2013, Andrés Muschetti)

Ça fait des semaines que parmi la masse de merdes qui sort chaque semaine, présentée par des affiches toujours aussi laides et des bandes-annonces aussi indigestes que les affiches sont laides, rien n’illumine l’œil. Cessez les subventions ! Arrêtez le déversement ! Rétablissez la censure ! En attendant l’explosion du cinéma, et puisque le soleil n’arrive pas, on se contente d’aller voir le film d’horreur (le divertissement plutôt que la culture) qui semble le moins pire du moment, non pas Evil Dead, l’autre. Raté. Les types ne savent même plus quoi inventer pour rameuter du monde, alors ils foutent Guillermo Del Toro en gros, alors qu’il est juste producteur. Et tout allait correctement (pendant 1h) avant que l’auteur ne se prenne pour Tim Burton. Un cabanon dans les bois, un fantôme tourmenté, des enfants sauvages, un vortex gluant, des papillons noirs, un squelette de bébé, un teckel, une bassiste de rock en t-shirt de groupe (Jessica Chastain Superbus), un dessinateur au chômage, voilà les ingrédients. C’est pas très terrifiant, ni drôle, juste un peu original. Ça vaut pas Sinister !

MUD (2012, Jeff Nichols)

Je crois que je n’aime pas le cinéma en fait, j’ai trouvé ce film pour enfants. Qu’est ce que j’ai loupé ? J’ai bien vu le t-shirt illégal Fugazi de Neckbone (on voit que ça pendant 30mn), le petit dur, calqué sur le River Phoenix de Stand By Me, comme pas mal de trucs. Niveau Indé je suis OK. J’ai aussi vu les trous manufacturés « Urban Outfitters » dans les habits. On me la fait pas à moi. J’ai vu aussi les problèmes de la vie, le divorce des parents, les déceptions avec les filles, contrastés par l’amitié à toute épreuve et l’amour filial. J’ai vu ces scènes de nature naturelles, cheveux aux vents, couchers de soleil. Tiens j’ai vu cette scène à l’arrière du pick-up 2 fois, vous aussi ? J’ai vu Michael Shannon mais moins que les pecs de Matthew McConaughey. J’ai vu des scènes d’action très drôles, comme ces chasseurs de primes presbytes et cette piqûre de serpent suivie d’un rodéo à moto poignant (avec pantin). Suis-je dénué de (bons) sentiments ? J’ai entendu cet accent du sud fatiguant et cette musique country-pop gênante. J’ai pas vu de chef d’œuvre, juste un film correct et très long au milieu d’un océan de films pires mais un peu plus courts.

ILL MANORS (2012, Ben Drew)

Le rappeur Plan B, celui qui porte un t-shirt Skrewdriver sans savoir ce que c’est, oui lui, vient de réaliser un vrai film, précédé d’un double album du même nom, qui passe bien mieux à l’image (Oi Mike Skinner). Ben Drew a notamment joué le voyou dans Harry Brown et quelques autres trucs estampillés « Arnaques, crimes et bottes Nike ». Même délire ici. Ce film m’a aussi rappelé un peu RAGE de Newton Aduaka parfois, en beaucoup moins bien. Mais malgré le fait qu’il soit trop long et que tout devient trop noisettes vers les 2 tiers (vas- y que je te rajoute des personnages et des embrouilles à tire-larigot), le résultat n’est pas désagréable. Tous les acteurs (Kirby!) peu ou inexpérimentés sont prêts (excepté Nick Sagar peut-être). Pas mal de scènes beaufs mais l’humour chav rattrape le tout (voir ce jet de bébé complètement surréaliste). La psychogéogaphie mélangée au crack, au trottoir et à twitter, bienvenue dans l’Angleterre de 2013.

BERBERIAN SOUND STUDIO (2012, Peter Strickland)

Bon c’est une conspiration ou quoi ? Comment on peut avoir de si bonnes idées entre les mains et si mal les exploiter Monsieur Strickland ? Parce que faire évoluer tout son film autour d’un bruiteur de film d’horreur sans jamais en voir une seule image, sans savoir pourquoi, sans en sortir, c’était bien parti. Dans ce huis-clos loufoque, un ingénieur-musicien anglais reproduit à l’aide de légumes italiens et d’ustensiles divers les sons inhérents au genre. Splash. Tout est dans l’aspect sonore (rappelez-vous AMER), l’absence de musique, l’omniprésence des bruits, si bien que le reste passe complètement à la trappe. Méta-horreur mon cul. C’est quoi cette araignée ? Je suis claustrophobe, je veux sortir de ce film qui ne va nulle part, telle cette doubleuse en cabine se faisant avaler par le néant. C’est beau, la secrétaire est belle, mais j’attendais plus du studio berbère.

ALPS (2011, Giorgos Lanthimos)

Je laisse la parole à Nietzsche pour celui-là, je peux plus… « La lutte contre la fin en l’art est toujours une lutte contre les tendances moralisatrices dans l’art, contre la subordination de l’art sous la morale. L’art pour l’art* veut dire: « Que le diable emporte la morale ! » — Mais cette inimitié même dénonce encore la puissance prépondérante du préjugé. Lorsque l’on a exclu de l’art le but de moraliser et d’améliorer les hommes, il ne s’ensuit pas encore que l’art doive être absolument sans fin, sans but et dépourvu de sens, en un mot, l’art pour l’art — un serpent qui se mord la queue. « Être plutôt sans but, que d’avoir un but moral ! » ainsi parle la passion pure. Un psychologue demande au contraire: que fait toute espèce d’art ? ne loue-t-elle point ? ne glorifie-t-elle point ? n’isole-t-elle point ? Avec tout cela l’art fortifie ou affaiblit certaines évaluations… N’est-ce là qu’un accessoire, un hasard ? Quelque chose à quoi l’instinct de l’artiste ne participerait pas du tout ? Ou bien la faculté de pouvoir de l’artiste n’est-elle pas la condition première de l’art ? L’instinct le plus profond de l’artiste va-t-il à l’art, ou bien n’est-ce pas plutôt au sens de l’art, à la vie, à un désir de vie ? — L’art est le grand stimulant à la vie: comment pourrait-on l’appeler sans fin, sans but, comment pourrait-on l’appeler l’art pour l’art ? »

SAMSARA (2011, Ron Fricke)

Après avoir vu ce genre de film, deux réactions s’offrent à vous. 1: La Nature est une reine de beauté, ce monde est merveilleux, quelle chance d’y vivre et d’y découvrir de nouvelles choses chaque jour. 2: Cette planète est le plus grand repère d’enculés de tout l’univers, ça fait 200 ans qu’on est en train de tout niquer et ça ne fait qu’empirer alors autant en finir maintenant. L’exécution de la deuxième réaction pourrait à terme renverser la situation et privilégier la réaction une. « À méditer ».

LORE (2012, Cate Shortland)

Le meilleur pour la fin, enfin, le seul rescapé de cet holocauste culturel devrais-je dire. Ce film est tout ce que ceux plus haut ne sont pas. Violent en dedans. Les protagonistes sont des enfants mais le film est destiné à un public adulte, sensé et détaché d’Hollywood. Son histoire est tragique mais ne tombe jamais dans le drame facile et larmoyant. Sa photographie vintage est belle (attention au cliché instagram tout de même). Certaines scènes sont typiques du genre horrifique, malines, mais ceci n’est pas un film d’horreur. Même si la Forêt Noire sert de décor à ce survival post-WWII. Vati et Mutti ont disparu, les enfants sont livrés à eux-mêmes. Nazis et familiés sont envoyés à leur tour dans des camps, américains, c’est la débâcle, il faut fuir. Naviguant entre camps de rescapés, fermes reculées, cachant leur identité, les 5 têtes blondes vont apprendre les atrocités commises par les leurs en les vivant eux-mêmes. Accepter la vérité est un combat, dont la finalité est laissée en suspend jusqu’à la toute fin. Un film cruel, sans Patrick Bruel, qui aborde la guerre 39-45 d’un tout autre angle. Tiens, la Swastika a été photoshopée sur l’affiche française. « Lorsque ta vie est un mensonge, qui peux-tu croire ? »

UGC Illimité 1 (Hiver 2012)
UGC Illimité 2 (Hiver 2013)
UGC Illimité 4 (Été 1973)
UGC Illimité 5 (Automne 2013)

8 Commentaires

  1. Alfred

    Qui a de l’éthique a la trique, qui n’en n’a pas est honteux(logique).
    Prière de rentrer dans ta province et de vivre moins con que ce que tu racontes, penseur de mes couilles du monde transpositioniste sur strapontin.

  2. Ben

    Ah ben ça me rassure de voir que je ne suis pas le seul à ne pas comprendre le déferlement unanime de louanges sur « Mud », j’avais aussi l’impression d’avoir raté quelque chose. Un bon film (assez gentillet et balisé) ouais; un chef d’oeuvre par le mec qui serait le renouveau du cinoche ricain, je vois pas…

  3. Forêt

    Le meilleur truc dans Berberian Sound Studio c’est, sans déconner la bande son.
    Only God Forgives est bien malgré les références lourdingues à d’autres films Ryan Gosling est le Joe Dallesandro next generation et ça fonctionne ce coup ci.

  4. Nom

    Je me permets une petite remarque reloue, après tout. On voit qu’il y a toujours zéro commentaire sous les articles consacrés à la musique et à la littérature. Par contre quand ça parle cinéma tout les Alfred en mousse nous donnent leur avis. Le cinéma c’est leur truc !

  5. Alfred

    Mon truc c’est de débusquer les Gide en puissance, d’autant plus simple quand on écrit ses phrases comme on fait de la céramique de réhabilitation pour femme frigide (en revanche je n’ai rien contre la frigidité et l’encourage même dans ton cas), pas foutu de célébrer la vie mais suffisamment convaincant pour travailler dans le packaging où une glorieuse carrière l’attendrait, sa nature le portant visiblement à imaginer des boîtes de gâteaux pour sociétés fatiguées (Pasolini & autres merdes). « Sous les articles consacrés à la littérature, à la musique, Debord polipocket etc » : il faut se répéter maintes fois cette phrase pour parfaitement en saisir toutes les nuances de grossièreté : charitable et enthousiaste miasme de bourgeoisie atrophiée, fière, endiablée, roulant comme un bourrelet sous les trémoussements de coups de bite fallacieux et bien entendu écœuré par la grandeur sublime à jamais impénétrable. Mais bon, ça fait de beaux « sujets » lol.

  6. Nom

    C’est moi ou on ne comprend réellement rien à ce que tu essayes de dire avec tes phrases de 5 lignes, banane ?

  7. Alfred

    Je vois je vois, t’es du genre à apprécier l’art comme le sexe, parce qu’on t’a dit que c’était bien. Écoute machin, j’y peux rien si tu ne connais du bonheur que l’écho déformé que tes idoles de pacotille veulent bien te laisser entendre (faut-il t’avertir de ce que tu ressens ?), à défaut de t’infliger une tension insoutenable qu’on nomme inspiration. Tu es plus accessible que la moyenne, ton humanité se réveille à chaque instant. Bien bien. J’ai un secret pour toi…
    approche…
    tu n’as pas de haine
    seulement des désirs tristes.

    Bonjour je suis le démiurge de tes murges.

    (cache-toi, objet)

  8. Nom

    J’ai l’impression que tout se mélange un peu dans ton cerveau. Moi j’ai simplement dit que toi et beaucoup d’autres vous nous fatiguiez avec vos commentaires sur le cinéma, l’art des bananes françaises. Après visiblement les voix dans ta tête te parlent d’autre chose.

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