UGC Illimité


COGAN (KILLING THEM SOFTLY), Andrew Dominik (2012)

« Une classe affolante »

Certains films sont aussi vite oubliés que vus. Cogan en fait partie. C’est pas nul pourtant, ni bon, ni mauvais. Andrew Dominik, le néo-zélandais, avait réalisé un film de tueur qui tuait il y a de ça 10 ans, ça s’appelait CHOPPER. Ici, Brad Pitt, soit-disant au climax de sa carrière, joue à Lorenzo Lamas et est l’élément rebelle au sein d’une organisation mafieuse qui bat de l’aile. Ça parle beaucoup, trop peut-être. Trop Tarantino. C’est le loserdome, comme en témoigne le gros Jame Gandolfi jadis nettoyeur, qui n’est plus capable de rien tirer à part des putes bon marché dans sa chambre d’hôtel. Et tout le long du film, quelque soit le lieu, ces téléviseurs allumés qui diffusent le bruit Obama. Il faudra attendre la dernière scène pour entendre la punchline tant attendue de Jackie Cogan, personnification du cauchemar américain, « America is not a country it’s a business ». Pas sûr que les spectateurs marchent.

« Après Rien et Rien II »

Ahahah. Qui subventionne ça ?

LA CHASSE (JAGTEN), Thomas Vinterberg (2012)

« Grand Prix Cinéma ELLE »

Enfin un film vu au cinéma qui frappe, et ce malgré le consensus. Thomas Vinterberg est fort, très fort. Victime d’un grand vide entre FESTEN et SUBMARINO, il revient au top avec JAGTEN, et l’acteur danois n°1, Mads Mikkelsen. On dirait que celui-ci a joué le bon samaritain toute sa vie tellement il est bien dans son rôle d’instit honnête et ouvert. Mais comme toujours dans les films scandinaves, l’univers lisse composé de vêtements pour le froid et de décoration d’intérieure contraste radicalement avec les esprits torturés de ses habitants. Une enfant confie à sa maîtresse que Lucas lui a montré son zizi et qu’il était tout dur. Faux, évidemment. En quelques heures, l’hypothétique geste rigolo de l’instituteur se transforme en attouchement sur fillette, Lucas est mis au ban et son existence devient un cauchemar. Les scènes de supermarché sont particulièrement viles, « on te vend rien à toi, dégage ». Rien ne sera plus jamais comme avant, le danger plane toujours au-dessus de la tête du non-coupable. Automne, fusil, mental d’acier; un cocktail qui fonctionne merveilleusement bien. A bas l’enfant roi !

MANIAC, Franck Khalfoun (2012)

« Après La Colline a des Yeux et Piranha »

Dire que William Lustig en personne a tenu à produire le remake merdique de son chef d’œuvre, tout fout décidément le camp. En fait, dès que la nouvelle tomba que Elijah Wood remplacerait Joe Spinell dans le rôle du tueur-scalpeur new-yorkais, il fallait se douter que ça allait être naze. Après, la rumeur courut que tout était tourné en angle subjectif, bon bon. Mais finalement, on ne met pas longtemps à voir ne nos propres yeux le surjeu de Frank, qui se bat pour exister dans ce film plus grand et plus malsain que lui. Puis Caroline Munroe c’était autre chose que ce prototype de parisienne arty en la personne de Nora Arnezeder. Nora quoi ? Et puis Rob qui essaie de nous pondre du sous John Carpenter pour nous faire oublier la terreur sonore de Jay Chattaway. Et puis quelle idée de tourner le film à Los Angeles… Et puis ce gore continuel qui sert à rien, trop de sang ne tue plus rien. Et puis cet accident de bagnole débile à la fin… Aaah. Joe Spinell, reviens donc enculer tout ça !

INTO THE ABYSS, Werner Herzog (2011)

« Un conte de vie, un conte de mort. »

Texas or bust ! Ici, chaque personnage défonce du début à la fin. Sauf que ceci n’est pas un film. Je n’avais jamais vu de documentaire d’Herzog, sûrement par mauvaise conscience cinéphile, pour ne jamais avoir à le citer, comme il est aussi insupportable de citer Tarkovski lorsqu’on est étudiant en cinéma. Werner débarque à Conroe (à pied, en vélo?), Texas, et apporte du drame à travers son objectif, les esprits des âmes peuplant cette cité sont similaires au Vietnam. Prison, crime, drogue, familles décomposées, logements insalubres, tournevis enfoncés, larmes tatouées, regard démoniaque, voilà ce à quoi doit faire face Herzog et ses petites questions innocentes. Le film commence comme un complément d’enquête, mais la débilité des faits nous fait vite basculer dans la démence mesurée. Tous les témoignages sont à faire chialer du cow-boy, à l’image de cet ancien gardien de prison, chargé d’accompagné les condamnés à mort, qui a fini par démissionner pour s’asseoir dans la nature et regarder les oiseaux. Ou comme la sœur de la victime coupée du monde avec ses photos de famille, famille décimée un par un par la maladie ou la malchance. Un plaidoyer contre la peine de mort certes, mais surtout contre le meurtre de sang froid pour pouvoir rouler en Camaro. Ah, le rêve américain…

FOXFIRE (CONFESSIONS D’UN GANG DE FILLES), Laurent Cantet (2012)

« Après Ressources Humaines et L’Emploi du Temps »

Foxfire est un film mignon. Comme « Entre les murs » que je n’ai pas vu mais que je peux quand même qualifier de mignon. Laurent Cantet semble maintenant vouloir faire carrière chez les américains. Il a adapté le roman fictionnel de Joyce Carol Oates et ne pouvait pas faire pire que sa version de 1996 avec Angelina Jolie dans le rôle principal. Tout le désarroi culturel des années 90 peut tenir dans ce film. Ici, Cantet actualise son propos et s’assure un public concerné en utilisant coup sur coup: une gangs story, des déguisements de sorcières, de la peinture rouge, une nature sauvage, une mythification des années 50, des revendications féministes, animalières et anti-racistes, manque plus qu’un groupe d’indie-pop en sourdine et une pancarte pour le mariage gay. L’association des fugueuses n’est pas crédible longtemps. Si elles ont pu échapper à l’école, aux parents, à l’autorité, les affres de la vie ménagère les rattrapent vite. Pendant 2h23 (oui quand même), elles batifolent entre elles avant de se disperser à la suite d’une prise d’otage ridicule. Trop de bons sentiments Laurent, définitivement.

TOURISTES (SIGHTSEERS), Ben Wheatley

Mortels randonneurs !

On dirait un épisode de South Park écrit par un humoriste anglais. Kill List ne m’avait pas plus emballé que ça, je voulais donner une deuxième chance à Ben Wheatley, qui a au moins la décence de réaliser des films assez courts, ça change de ces putains d’américains. Ce film tourne autour de 3 pôles: les petits chiens, le cul et les caravanes. Une fille un peu arriérée embarque avec son nouveau petit ami barbu dans une tournée britannique des musées, au grand dame de sa mère mal en point. Le couple adepte du camping va bientôt tomber dans une frénésie meurtrière. Tout part n’importe comment à la suite d’un sacrifice de poulet autour d’un feu de camp. La majorité des citoyens qui les emmerde vont être tués, écrasés, abattus. Oui, comme dans GOD BLESS AMERICA… Même violence inutile et sans saveur. A retenir: la carapode, la scène du crayon géant, les beaux paysages qui matchent avec les tonsures rousses et cette fin, belle et cruelle.

THE MASTER, Paul Thomas Anderson (2012)

« Coupe Volpi »

Les pets de Joaquin Phoenix dans ses gros pantalons amples ne font pas grand chose pour alléger la lourdeur du nouveau film de P.T. Anderson. J’aurais préféré le voir rapper qu’entendre les ritournelles de Philipp Seymour Hoffman, aux sourcils plus roux que jamais. Les tirades existentielles de Lancaster Dodd n’ont d’ailleurs ni queue ni tête, modulant sa pensée au gré de ses envies (« ouh regardez comme les sectes sont débiles »), même son éditeur n’y croit plus. Seul Freddie Quell, fait semblant d’adhérer à « La Cause » et défend son créateur coûte que coûte. On se demande d’ailleurs ce qui peut lier les deux lurons à part l’alcool. Son charisme fascine, mais encore ? Entre temps, Freddie a marché d’un mur à une vitre pendant des jours, fait l’amour à du sable, composé des cocktails à 70°, s’est battu avec des flics, a voyagé, puis est revenu à la case départ. Anderson filme bien et réel, tout le monde joue bien et réel, mais pour un rendu à entrées multiples dont le chemin finit toujours sur une erreur 404. Aussi énigmatique que cette scène où toutes les femmes de 17 à 77 ans dansent nues dans le salon. Est-ce aussi long et inutilement chiant qu’un livre de Ron Hubbard ? Dieu seul le sait.

UGC Illimité 2 (Hiver 2013)
UGC Illimité 3 (Printemps 2013)
UGC Illimité 4 (Été 1973)
UGC Illimité 5 (Automne 2013)

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