Italia Violenta

Un attroupement dans la rue. Un corps gît sur le pavé. Soudain, une rafale de pistolet-mitrailleur. 2 motards casqués en noir surgissent de nulle part, et tuent quelques innocents au passage. Sirène stridente: un policier zélé et moustachu se lance à leur poursuite dans sa Fiat pourrie. Bienvenue en Italie ! Ou plutôt bienvenue dans le film policiesque, le polar criminel à l’italienne. Un genre très populaire dans les années 70, assurant la relève du western spaghetti en déclin, plus parlant et accessible que le giallo ou le macaroni combat qui sévissaient à la même période.

On peut dire que l’ère poliziotteschi s’étend de 1968, avec Banditi a Milano de Carlo Lizzani, jusqu’à 1980 environ et le Luca il Contrabbandiere de Lucio Fulci. Durant cette grosse décennie, la recette braquage/otage/trahison/traque/matraque va se répéter jusqu’à la parodie, d’où la fin du genre qui cède sa place à l’horreur. Loi des cycles. Beaucoup moins ‘atmosphérique’ que les films américains dont il s’inspire (Dirty Harry, The French Connection), le poliziotteschi va droit au but, frappe au visage et possède peu de temps morts. Une autre conception de la finesse. Des réalisateurs comme Fernando Di Leo, Umberto Lenzi ou Enzo G. Castellari ont donné leur noblesse au style, d’autres comme Stelvio Massi lui ont carrément dédié leur vie.

« TU VAS PARLEEEER ****** ?!! »

Oliver Reed, Klaus Kinski, Alain Delon, John Saxon, Jack Palance, Marcel Bozzufi, Charles Bronson, tous en ont au moins tourné un. Et se sont ajoutés aux cadors locaux: Tomas Milian, Franco Nero, Fabio Testi, Maurizio Merli, Mario Adorf, Adolfo Celli ou Gastone Moschin (pas vraiment des acteurs aux gueules porte-bonheur). Les femmes, euh, comment dire ? Machoooos. Le charisme des types, la violence surréaliste des scènes (pour ne pas prononcer l’horrible mot ‘cartoon’) et les bande-sons qui frôlent le génie ou l’ironie (Stelvio Cipriani, Goblin, les fréros De Angelis), voire les deux en même temps, contribuent à faire du genre un pur divertissement conscient.

Oui, conscient. A la base, les réals ritals veulent montrer l’état de leur Botte, ligotée entre mafia, politiciens corrompus, police laxiste, banditisme, drogue, terrorisme et blue-jeans. Seul espoir en guise d’exutoire ? Le vigilante cop. Flic vengeur et haut dessus des lois (personne ne les respecte de toute façon) à l’image de Eastwood aux USA et… Bébel en France (bomber magnum gueule de travers) sensé rétablir l’ordre et soulager les victimes. Une alternative brutale au guide touristique. Dernière chose, tout poliziotteschi possède sa course-poursuite, clé de voûte de tout polar qui se respecte. Le modèle en la matière étant pour moi la folle scène de Napoli Violenta, vue du casque de moto, classique.

– Un listing complet film par film: CLUB DES MONSTRES
– Une playlist violenta indispensable: FUNKY FROLIC
– Un documentaire musclé à venir: EUROCRIME!

QUELQUES POURSUITES (à pied, à main armée, à moto, à voiture)

LA MALA ORDINA (1972, Fernando Di Leo) – L’Empire du Crime
LA POLIZIA RINGRAZIA (1972, Steno) – Execution Squad
TONY ARZENTA (1973, Duccio Tessari) – Big Guns
LA POLIZIA INCRIMINA LA LEGGE ASSOLVE (1973, Enzo G. Castellari) – High Crime
IL CITTADINO SI RIBELLA (1974, Enzo G. Castellari) – Street Law
ITALIA A MANO ARMATA (1976, Marino Girolami) – Flic en Jean
NAPOLI SI RIBELLA (1977, Michele Tarantini) – Calibre Magnum
NAPOLI SPARA! (1977, Mario Caiano) – Assaut Sur la Ville

MILANO ODIA, LA POLIZIA NON PUO SPARARE (1974)

Deux morceaux choisis. Le premier, Milano Odia (alias La Rançon de la Peur ou Almost Human) de Umberto Lenzi est un canon du genre. Tomas Milian, ici looké entre Serpico et Liam Gallagher (il prend même des pilules, mod à fond), est ici plus insupportable que jamais ! Petit voyou de merde, il rêve d’envergure et entraîne ses deux acolytes (dont Ray Lovelock, chanteur et casseur de charme) dans ses conneries. Au même moment, le sinistre Henry Silva mène l’enquête sur de nombreux crimes non-élucidés qui ont subitement lieu à Milan. Milan qui est d’ailleurs (devant Naples, Rome et Turin) le paysage criminel préféré du cinéma italien de l’époque.

Quelques meurtres et viols plus tard, Giulio Sacchi revient avec une idée lumineuse: séquestrer la fille du riche patron où travaille sa meuf (qu’il jettera sans scrupule du haut d’une falaise) pour gagner beaucoup d’un coup. Appât du gain jusqu’à la mort. Sans aucune morale, le tête à tête final obligatoire scelle le tout. Dialogues crus et drôles, musique Morricone, seins à l’air, réalisation à 100 à l’heure, Umberto Lenzi est définitivement le patron du genre.

UOMINI SI NASCE, POLIZIOTTI SI MUORE (1976)

L’essai de Ruggero Deoddato en la matière (qui signera plus tard le très malsain La Maison au Fond du Parc ainsi que vous savez quoi) vaut aussi le coup d’œil. On prend Ray Lovelock et on recommence, et il chante cette fois, lors de la sublime intro du film. La Dolce Roma. Ballade homosensuelle en moto avant que tout bascule. Une femme est traînée par les cheveux sur 50 mètres de trottoir pour un sac à main qui ne veut pas venir. Poursuite. C’est parti. Flics en jean et sans casque contre bandits masqués. Fred & Tony (tout est connoté je vous dis) appartiennent au squad d’élite de Rome, dirigé en sous-sol par Adolfo Cieli, le capitaine. Ce qui en gros leur donne le droit de buter qui ils veulent tant qu’ils ne laissent pas de trace. Tout ça pour le bien des enquêtes, évidemment. Justice sans sommation, et sans bavures, enfin ça peut arriver. Les loulous ne se gênent pas non plus pour profiter des témoins, comme cette partie de jambes en lit volée à Sofia (ou Silvia) Donisio. Ruggero le vicieux ! Irrévérent, sale et méchant. Live Like a Cop, Die Like a Man est son titre anglais. Du grand art-ction.


2 Commentaires

  1. Castellari

    T’as pas une bonne adresse genre La Caverne Des Introuvables pour choper des films un peu plus obscurs ??

    Bon y’a My Duck Is Dead qui est bien, mais si tu as d’autres sources je suis preneur.

  2. ROD

    Ils tombent tous les uns après les autres. OLD MOVIES DOWNLOAD était bien.