LAISSEZ BRONZER LES CADAVRES (2017)

Sur le papier, j’étais la cible privilégiée du troisième et dernier long-métrage du couple Hélène Cattet et Bruno Forzani. Déjà, c’est une adaptation d’un roman de Jean-Patrick Manchette et Dieu sait que c’est touchy. Les dernières en France remontent à l’ère de la Série Noire et du POLAR80, a l’époque où Alain Delon donnait l’impression d’avoir racheté le back catalogue de l’écrivain. Elles étaient toutes plus ou moins ratées, et jamais aussi pessimistes et nihilistes que le matériau de base. En 2015, La Position du tireur couché a été de nouveau adaptée, par un certain Pierre Morel, avec Sean Penn et Idris Elba (ouais ouais). Je n’ai pas vu ce Gunman, mais je ne crois pas avoir loupé grand-chose. Bref, Laissez bronzer les cadavres !, premier roman de Manchette (et Jean-Pierre Bastid), récit ultra-précis, à la fois ensoleillé et glacial, d’un hold-up et du siège qui s’en suit chez une peintre et ses « amis », a longtemps été considérée inadaptable jusqu’à ce que les deux cinéastes franco-belges ne s’y collent. Après Amer et L’étrange couleur des larmes de ton corps, plutôt des « expérimentations » voire des « expériences visuelles et sonores » que des films classiques, autant inspirés par le giallo que par la photo ou les arts plastiques : fans de polar, de western et de violence esthétisée attendaient ce projet au tournant.

Eh bien, Laissez bronzer m’a clairement cassé les couilles. Dès le début, j’ai compris ce qui m’avait fatigué dans le cinéma d’effets qui est le leur, et leurs deux premiers films me sont revenus en tête, cette succession de plans millimétrés qui ne servent jamais la continuité du film. Poseur ? Bof, on s’en fout. Gaspard Noé ironique ? Pas loin. Le montage au hachoir pouvait pourtant scier à merveille au roman, se déroulant sur une seule journée/nuit, avec les points de vue de chaque protagoniste à un moment donné, mais putain, les répliques sorties de la bouche des acteurs (« Ici on n’aime pas trop les flics ni la société ») tombent toutes à plat. Ce n’est pas Elisa Löwensohn et ses seins refaits, ni Bernie Bonvoisin qui coure tout nu, encore moins Stéphane Ferrara (L’homme mythique de La Nuit du risque) qui donnent du crédit à un certain humour noir. Là on nage dans le potache. C’était voulu ? Bah tant pis. Ne suis-je plus assez jeune, rock, engagé, pour apprécier ce cinéma de franc-tireur ? Possible, dernièrement je me suis plus éclaté devant les recherches bancales de Clouzot entreprises il y a 50 ans sur La Prisonnière que sur les multiples plans organico-scientifiques de Laissez Bronzer. Toute cette tarte tarantinesque frise l’indigestion. De cette intro cartoon à la scène de fellation le long d’un porc pendu et sanguinolent (thrash !) en passant par tout ce cuir qui craque (rock !), ces flingues qu’on branle (punk !) et ces incartades occultes sorties de leur manche mais pas de Manchette (une meuf crucifiée qui pisse sur un mec, yes !), le film ne dure qu’1h30 mais qu’il est laborieux d’arriver à son terme. Je laisse l’excès là où il est. Désolé, ce ne sera pas encore pour cette fois.

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